Suite aux sollicitations de la députée écologiste Isabelle Attard, le gouvernement commence à dévoiler le détail de ses dépenses en logiciels, qu'ils soient libres ou propriétaires. Le ministère de l'Agriculture vient en effet de se plier à l'exercice. Le Quai d'Orsay et trois ministères qui lui sont rattachés ont eux aussi répondu à l'élue, sans toutefois donner de chiffre précis.
Isabelle Attard, à l'Assemblée nationale.
Le 28 mai dernier, Isabelle Attard questionnait individuellement chacun des 37 ministres du gouvernement Ayrault. L’objectif de la députée écologiste ? Connaître les suites ayant été données à la circulaire du Premier ministre sur l’usage du libre dans l’administration. L’élue souhaitait tout particulièrement obtenir une précieuse information de la part des différents ministères : quelles étaient leurs dépenses annuelles en logiciels pour la période 2008-2012. La parlementaire avait d’ailleurs pris le soin de demander à ce qu’une distinction soit faite entre les montants correspondants aux logiciels propriétaires et ceux relatifs aux logiciels libres.
Cette semaine, les premières réponses sont arrivées.
Le ministère des Affaires étrangères explique à Isabelle Attard qu’il n’est tout simplement pas capable de lui donner de montant précis. Le Quai d’Orsay dit ne pas avoir « de comptabilité analytique séparant les investissements logiciels, propriétaires ou en libre. La plupart des systèmes d'information mixent les composants propriétaires et libres dans leur architecture technique ». Dès lors, Laurent Fabius indique à la députée que « le décompte comparé entre les deux familles de logiciels, sur la période 2008-2012 n'est pas possible ».
Le Quai d'Orsay affirme ne pas pouvoir donner de chiffres
Si aucun chiffre, même global, n’est finalement donné, l’élue écologiste aura tout de même réussi à obtenir certaines informations. On apprend ainsi que « la suite bureautique LibreOffice est installée systématiquement sur les postes de travail informatiques », en parallèle toutefois à la suite propriétaire de Microsoft : Office. « Une solution de PC portable sécurisé a été élaborée avec un socle système Linux Ubuntu » ajoute le Quai d’Orsay. Il est également indiqué que les sites institutionnels du ministère sont développés à partir du logiciel libre SPIP.
D’une manière plus générale, le Quai d'Orsay dresse un bilan de ses efforts en matière de logiciels libres depuis plusieurs années. « Dès 2005, le ministère des affaires étrangères a orienté la stratégie de développement de son système d'information à partir de logiciels libres » clame Laurent Fabius, s’appuyant sur la filière de développement ACUBE, laquelle est « entièrement basée sur des solutions ouvertes », mais aussi sur HORNET, présentée comme « la dernière génération de cette filière ». Cette dernière « répond aux exigences du référentiel général d'interopérabilité et d'accessibilité pour les administrations », précise le Quai d’Orsay.
Trois ministères, tous rattachés au Quai d’Orsay, ont également adressé la même réponse à Isabelle Attard : le ministère délégué au Développement, celui de la Francophonie, et celui des Français de l’étranger.
Plus de deux millions d'euros de dépenses logicielles pour l'Agriculture en 2012
Le ministère de l’Agriculture s’est néanmoins fait plus bavard, et a surtout accepté de dévoiler combien il avait dépensé entre 2008 et 2012 à la fois pour ses logiciels propriétaires (bureautique et infrastructure), mais aussi libres. En 2008, la Rue de Varenne affirme ainsi avoir déboursé pour 790 000 euros de logiciels propriétaires, et rien du tout en logiciels libres. Deux ans plus tard, on en est à 2,305 millions d’euros pour les logiciels propriétaires, et 154 000 pour les logiciels libres. L’année dernière, ces montants étaient de 1,914 million et de 174 000 euros.
À noter que selon la Rue de Varenne, « plus de 95 % des dépenses d'infrastructures concernent les logiciels de base de données (SAP Sybase), les logiciels décisionnels (SAP Business Objects, dans le cadre de l'accord cadre interministériel) et les logiciels de virtualisation (VmWare) ». S’agissant de l’irrégularité manifeste des dépenses ressortant au travers du tableau ci-dessus, le ministère de l’Agriculture indique que ceci « s'explique par les renouvellements de marchés, associés à des engagements pluri-annuels ». Concernant les dépenses en logiciels libres, l’essentiel des dépenses « concernent l'assistance à la mise en oeuvre et le support de la gestion électronique de document (Nuxeo), du gestionnaire de flux (Bonitasoft), de système d'exploitation (Red Hat) et de logiciels de supervision (Nagios/Centreon) » est-il précisé.
Enfin, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, détaille tout comme son collègue du Quai d’Orsay les efforts engagés par son ministère au cours des dernières années en matière de logiciels libres. « Le ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt met en oeuvre depuis plus de 10 ans une stratégie technique faisant un large usage de composants libres, affirme ainsi le ministre. Le recours à ce type de logiciels est systématiquement étudié tant sur les plans techniques qu'économiques (en coûts complets). Le recours à un logiciel libre ou à un logiciel propriétaire est décidé au terme de ces études ». En dépit d’une « très forte homogénéité du système d'information », la Rue de Varenne affirme utiliser la suite Open Office depuis 2008 (même s’il n’est pas précisé si une suite propriétaire telle qu’Office est parallèlement installée) et avoir généralisé le format OpenDocument.
Alors que la réponse du ministère de l’Agriculture n’était pas encore publiée, l’April, l’association de promotion du libre, saluait hier l’exercice « de transparence et de présentation des actions en faveur du logiciel libre » auquel commençaient de se plier les ministères. Malgré certaines lacunes, l’organisation estimait que celui-ci restait intéressant. « L'April attend avec impatience les réponses des autres ministères » terminait l’association.