Ariane 6 vs SpaceX : la délicate et importante question de l'autonomie spatiale de l'Europe

Tant que c'est le petit doigt qui se lève...
Tech 4 min
Ariane 6 vs SpaceX : la délicate et importante question de l'autonomie spatiale de l'Europe
Crédits : ArianeGroup

Aujourd'hui se tient la 24e la Conférence européenne interparlementaire sur l'espace (EISC) au Sénat... vaste sujet ô combien important en cette époque troublée. La première table ronde avait comme thème « l'autonomie stratégique européenne pour garantir un accès durable à l'espace ». Nous y étions.

Elle était animée par Claude Raynal, président de la commission des finances. Pour donner le ton, il affirme que « l’Europe ne peut se reposer sur ses acquis ». Si nous avons « pris du retard, des avancées récentes sont néanmoins à signaler ». Ariane 6 d'un côté, Vega-C (qui vient de réaliser son vol inaugural avec succès) de l'autre 

Où en sont les essais sur Ariane 6 ?

Philippe Bapstiste, président du CNES, était le premier à prendre la parole. Il a commencé par un rapide point sur l'avancement des travaux sur Ariane 6. Son « pas de tir qui est quasiment terminé » et les essais du dernier étage vont débuter « dans quelques jours ». Ensuite, il faut finir les essais combinés (avec plusieurs éléments de la fusée et/ou son pas de tir). Bref, il reste encore « quelques mois de travail ». 

Lors de l'annonce d'Ariane 6 (en 2014), la fusée devait arriver en 2020. Elle a été repoussée à plusieurs reprises. Jusqu'au début de l'été, le vol inaugural du prochain lanceur lourd était attendu pour cette année, avant d'être repoussé à « un jour » en 2023, a récemment indiqué Josef Aschbacher, directeur général de l'Agence spatiale européenne. Un retard qui pose problème puisque l'Europe ne peut plus s'appuyer sur les fusées Soyouz suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Penser dès maintenant à la suite 

Même si Ariane 6 n'est pas encore là, Philippe Bapstiste affirme qu'il faut « qu’on commence dès aujourd’hui à réfléchir à la manière dont on va travailler pour la suite ». « Personne ne peut dire si Ariane 6 sera réutilisable » dans ses prochaines évolutions, mais il ajoute aussi que « la question de savoir si on a besoin d’un lanceur réutilisable n’est pas triviale ».

Dans tous les cas, les travaux actuels sont importants pour avoir toutes les cartes en mains le jour venu. On retrouve pour rappel les mêmes choses dans un rapport du Sénat en 2019, issu comme aujourd'hui du groupe de travail « Espace » présidé par Sophie Primas. 

Pour que le réutilisable soit intéressant, il faut avoir une cadence de lancement suffisante. SpaceX peut compter sur les lancements institutionnels pour le compte de la NASA et ses propres satellites Starlink. Stephane Israël, président d'Arianespace, ajoute qu'en Europe la cadence viendra du marché spatial, et pas uniquement des lancements institutionnels qui ne seront pas suffisants. 

« Être fier de ce qu’on a fait »

Stephane Israël, explique que l'alignement des planètes est favorable : « L’équipe européenne et l’équipe française sont très alignées » sur le spatial. 

S'il ne revient pas spécialement sur le retard d'Ariane 6, il affirme que l'on peut « être fier de ce qu’on a fait [...] C’est Ariane qui a envoyé la mission la plus importante de la décennie  », avec le James Web Space Telescope. Cerise sur le gâteau, la précision du lancement est telle que la durée de vie du satellite a été revue à la hausse. « Nous sommes extrêmement respectés et même admirés pour notre fiabilité ». Sur la fiabilité, Ariane 5 n'a en effet plus rien à prouver. 

Stephane Israël en profite pour préciser qu'une nouvelle version Block 2 « 20 % plus puissante » d'Ariane 6 est déjà dans les tuyaux, très certainement avec le moteur P120C+.  Pour rappel, Amazon a signé un contrat historique de 18 lancements avec Arianegroup, dont 16 « par une version améliorée d’Ariane 64 ».

Soyouz est un problème conjoncturel, pas structurel

Sur la question de la Russie et des lanceurs Soyouz, « c’est un problème conjoncturel, pas structurel. On va évidemment surmonter la crise de Soyouz », affirme le patron d'Arianespace. Il ajoute que l'arrêt de l'utilisation de Soyouz par l'Agence spatiale européenne était déjà prévu depuis... 2014. C'est à la fois l'année de validation d'Ariane 6, mais aussi de l'invasion de la Crimée par la Russie. La fin de Soyouz était prévue pour 2023.

Ne pas dépendre de SpaceX

Enfin, Stéphane Israël revient sur le besoin d'autonomie spatiale de l'Europe, et donc de disposer de ses propres lanceurs. Au début, le programme Ariane avait pour but de permettre à l'Europe « de ne pas être dans la main d’un acteur public, ce n'est pas maintenant pour être dans les mains d’un acteur privé », avec SpaceX en ligne de mire. 

La table ronde se termine par une inquiétude par rapport à la constellation Starlink de SpaceX et son occupation de l'orbite basse. L'inquiétude serait de devoir « lever le petit doigt pour demander si on ne va pas déranger la constellation de monsieur Musk » lorsque l'on voudra lancer un satellite. 

Vous n'avez pas encore de notification

Page d'accueil
Options d'affichage
Abonné
Actualités
Abonné
Des thèmes sont disponibles :
Thème de baseThème de baseThème sombreThème sombreThème yinyang clairThème yinyang clairThème yinyang sombreThème yinyang sombreThème orange mécanique clairThème orange mécanique clairThème orange mécanique sombreThème orange mécanique sombreThème rose clairThème rose clairThème rose sombreThème rose sombre

Vous n'êtes pas encore INpactien ?

Inscrivez-vous !