Crucial a plusieurs gammes de SSD M.2 dans sa besace, et ses P5 sont présentés comme plus performants que la moyenne. Vraiment ? Nous avons passé au crible son modèle de 500 Go.
Dans la jungle des SSD, une chose est sûre : on est plus souvent déçu que positivement surpris lorsque l'on compare les performances relevées avec celles promises. Que ce soit pour les modèles où les caractéristiques annoncées ne sont pas toujours tenues, ou les « détails » manquants dans la fiche technique comme la durée d'un cache SLC.
Ces dernières semaines, nous avons analysé différents modèles de 500 Go, comme le Blue SN500 de Western Digital ou le CS3030 de PNY avec un même constat : dans l'entrée de gamme, cette tendance à la « triche » marche à plein régime. Crucial présente sa gamme P5 comme abordable, mais plus véloce que la moyenne. Est-ce le cas ?
Pour le savoir, nous avons commandé un modèle M.2 (PCIe 3.0 x4) de 500 Go (CT500P5SSD8), que le constructeur présente comme capable d'atteindre jusqu'à 3,4 Go/s en lecture et 3 Go/s en écriture. Vendu dans les 70/80 euros avec une garantie de 5 ans, est-il réellement meilleur ? C'est ce que nous avons cherché à savoir.
Crucial n'est pas plus transparent que les autres
Commençons par l'habituel regret : dans sa fiche technique, le constructeur fait aussi peu d'effort que les autres, multipliant le bla bla marketing, avec assez peu d'informations techniques. Ne cherchez par exemple pas le type de Flash NAND utilisée, elle n'est pas mentionnée. On aura surtout droit à de belles promesses et de gros chiffres.
Tout juste apprendra-t-on que l'endurance est de 300 To écrits (TBW), ce qui est plutôt faible. On retrouve en effet cette valeur dans le Blue SN550, contre 800 TBW pour le CS3030 de PNY. De quoi réduire d'autant la durée de la garantie. Crucial promet néanmoins de bonnes performances et une bonne gestion thermique, nous verrons.
Une fois mis à nu, le SSD expose son contrôleur à huit canaux maison (DM01B2) et deux puces de flash NAND TLC à 96 couches (MT29F2T08EQHBFG8-R). Le tout est accompagné d'1 Go de LPDDR4 faisant office de cache (MT53D512M16D1DS-046 IT). Rien n'est précisé concernant le fonctionnement d'un éventuel cache SLC.
Un SSD complet, performant dans les benchmarks
Côté logiciel, on a droit à l'habituel Storage Executive, disponible exclusivement pour Windows (64 bits) bien que reposant sur Java. Plutôt complet, il permet de voir le statut du SSD, sa température, de gérer son overprovisonning ou mettre à jour son firmware et d'accéder à des fonctionnalités spécifiques comme le Momentum Cache.
Il s'agit pour rappel d'utiliser une partie de la mémoire du système comme cache pour le SSD s'il est utilisé pour le système. Le tout est accompagné d'une licence Acronis True Image. Pour le prix, le bundle est donc appréciable.
Comme souvent, les performances annoncées se vérifient dans les benchmarks. On a ainsi bien droit à 3,4 Go/s en lecture et 3 Go/s en écriture. Ses performances sur les petits fichiers sont aussi bonnes, bien que parfois en deçà de ce que nous avions relevé pour le CS3030 de PNY par exemple :
Chauffe et multiples paliers de performances
Ce SSD chauffe par contre beaucoup et affiche vite plus de 60°C, surmonté de son seul autocollant. Il s'approche d'ailleurs plutôt des 70/80°C (dans les benchmarks notamment). Ce, même dans une machine bien ventilée.
On regrette ainsi que Crucial n'ait pas pensé à le livrer avec un dissipateur. Néanmoins, lors de nos tests, nous avons été jusqu'à ventiler le SSD (il ne dépassait plus les 50°C) sans que cela ne change les performances relevées. Cela permettrait néanmoins d'éviter les soucis dans une machine mal refroidie ou d'améliorer sa durée de vie.
Il faut attendre près de 180 Go de copie pour que le P5 de Crucial ne montre ses limites
La bonne surprise vient des débits lors de la copie de fichiers. Là aussi ce n'est pas le plus rapide que nous avons relevé : 1,2 Go/s en lecture/écriture, jusqu'à 1,7 Go/s lorsque l'on en lance plusieurs en simultanée. Mais ce chiffre est tenu sur la durée, ce qui n'était pas le cas avec les deux concurrents que nous avions testés ou le P1.
Ainsi, pour mettre à mal le cache à vide, il nous a fallu attendre près de 180 Go de données transférées. Une fois ce quota dépassé, le SSD stagnait aux alentours de 450 Mo/s. Ce n'est pas parfait, mais c'est bien mieux que beaucoup. Attention tout de même : ce cache se réduit progressivement.
Avec 200 Go de données déjà présentes sur le SSD, il n'était plus que de 50 Go environ. Nous avons alors détecté un second palier de baisse des performances, variant entre 200 et 300 Mo/s. Il semble s'être déclenché lorsque nous avons dépassé la moitié du SSD de rempli lors d'une longue copie.
Avec 400 Go de données rebelote : lors d'une ultime copie de 43,7 Go, on constate une baisse après une vingtaine de Go copiés, puis une seconde rapidement ensuite, avec les deux mêmes paliers : 450 Mo/s puis 200/300 Mo/s.
Au fil du remplissage du SSD, ses débits baissent de plus en plus rapidement, dès 50 Go puis 20 Go copiés
Mi-figue, mi-raisin
De trois modèles de 500 Go que nous avons testé récemment, le P5 de Crucial est le moins décevant. Pour autant, il est loin d'être parfait. Si son bundle logiciel est fourni, on regrette qu'il ne soit pas livré avec un dissipateur. On apprécie sa garantie de 5 ans, mais pas vraiment son endurance qui n'est que de 300 TBW.
Comme ses concurrents, Crucial est peu transparent sur les performances réelles de son produit. Elles sont néanmoins meilleures que la moyenne. Si l'on regarde au-delà des benchmarks, les débits mesurés ne sont pas les plus élevés en pointe, mais ils sont tenus bien plus longtemps, surtout lorsque le SSD est vide.
Si le cache SLC se réduit à mesure que le SSD se remplit, nous l'avons mesuré entre 20 et 200 Go environ selon les cas, ce qui est là aussi plus élevé que la moyenne. Si cela vous suffit, vous pouvez craquer pour ce SSD. Si vous cherchez un SSD capable de tenir ses promesses au-delà de telles limites, faites comme nous : continuez à chercher.