Alors que Free Mobile est présent depuis plus de 10 ans en France, il se prépare à déployer de la 2G sur le territoire. Il dispose de ses premières (centaines) d’autorisations et peut désormais passer à la mise en service des sites. Free Mobile dispose pour rappel d’un contrat d’itinérance sur le réseau 2G et 3G d’Orange, jusque fin 2022.
L’Agence nationale des fréquences a publié son observatoire du déploiement des réseaux mobiles pour le mois de janvier. C’est un rendez-vous mensuel, avec une nouveauté de taille durant ce mois de janvier.
5G, 4G et 3G continuent de suivre leur chemin
Il y est bien évidemment question de 5G, pour ce qui est des autorisations et des sites techniquement opérationnels. Depuis le lancement de cette nouvelle technologie, l’Arcep a pour rappel décidé de prendre la main pour ce qui est des sites ouverts commercialement.
Les opérateurs se divisent toujours en deux catégories : d’un côté Free Mobile qui mise sur les 700 MHz en plus de la bande cœur de 3,5 GHz pour arriver à une large couverture des populations, de l’autre Bouygues Telecom, Orange et SFR qui préfèrent les 2 100 MHz. Depuis le lancement de la 5G, aucune autorisation n’a été délivrée sur les 1 800 MHz, tous opérateurs confondus.
Sur les 3 500 MHz, les opérateurs sont assez proches les uns des autres : entre 4 084 (Free Mobile) et 5 412 (Orange) autorisations, pour 2 691 (Free Mobile) à 2 937 (Orange) sites actifs techniquement. Pour ce qui est des sites commercialement ouverts, les chiffres de l’Arcep commencent à dater puisque les derniers sont de fin septembre 2021. Nous avons demandé au régulateur quand arrivera la prochaine mise à jour.
Sur la 4G, pas grand-chose à signaler non plus : les opérateurs continuent d’obtenir des autorisations et d’activer des sites sur l’ensemble des fréquences dont ils disposent, sauf les 800 MHz pour Free Mobile puisque l’opérateur n’a pas remporté d’enchères sur cette bande de fréquence.
On descend encore d’un cran avec la 3G où les quatre opérateurs continuent de déployer leurs réseaux sur les bandes 900 et 2 100 MHz. Orange est toujours en tête avec plus de 27 000 sites en service, suivi par Bouygues Telecom et SFR avec un peu plus de 23 000 et enfin Free Mobile, qui ferme la marche avec un peu moins de 22 000.
L’ANFR délivre 360 autorisations 2G à Free Mobile
La principale nouveauté se trouve dans le tableau de la 2G. Hé oui, cette technologie est encore utilisée en France, même si elle tend à disparaitre doucement. Alors que Free Mobile n’avait aucune autorisation sur 900 et 1 800 MHz, l’opérateur a obtenu ses 360 premières sur les 900 MHz, « essentiellement en Gironde », précise l’ANFR. La liste complète est disponible en open data.
Par contre, aucun site n’est mis en service pour le moment. Nous avons demandé à l’opérateur quels étaient ses plans pour la suite, mais il n’a pas souhaité répondre à nos questions.

La 2G de la discorde entre les quatre opérateurs
La question de la 2G chez Free Mobile est revenue sur le devant de la scène début 2020, lorsque l’opérateur annonçait sa volonté de prolonger l’accord d’itinérance avec Orange, aussi bien sur la 2G que sur la 3G. Après l’avoir examiné, l’Arcep donnait son feu vert en octobre 2020… malgré la grogne de Bouygues Telecom et SFR qui étaient farouchement opposés à cette prolongation.
Dans son plaidoyer, Free Mobile mettait en avant « le besoin de bénéficier d’une couverture 2G au même titre que les autres opérateurs de réseaux mobiles ». SFR lui répondait qu’il ne tenait qu’à lui de déployer de la 2G : « Les fréquences sont neutres technologiquement et il ne tient encore une fois qu’à Free Mobile d’investir pour allumer la 2G sur les fréquences dont il dispose déjà ».
Free Mobile « n’a pas investi pour assurer une bonne couverture sur tout le territoire, a besoin de s’appuyer sur le réseau d’Orange pour pallier ses carences », ajoutait la marque au carré rouge. « Cette prolongation de l’accord d’itinérance entre Free Mobile et Orange octroie à Free Mobile un avantage concurrentiel inacceptable et induit des effets gravement anticoncurrentiels préjudiciables sur le marché mobile ».
Bouygues Telecom avançait des arguments différents, mais avec la même finalité (refuser cette prolongation) : « si l’Arcep autorisait la prolongation de l’accord 2G alors même qu’il n’est plus justifié au regard de la taille du parc de terminaux, elle risquerait d’inciter Free Mobile à maintenir un réseau sous-dimensionné en lui garantissant "un filet de sécurité voix" ».
Sans donner de chiffres précis, Bouygues Telecom expliquait que la « proportion de terminaux 2G ne saurait être qualifiée de significative ». L’opérateur proposait une alternative à Free Mobile pour se « passer » de la 2G : « On observera également que le prix de vente des terminaux 3G a largement chuté depuis 2016 si bien que Free Mobile peut opérer à moindre coût la migration de la part résiduelle de ses abonnés 2G ».
Cette histoire d’itinérance était remontée jusqu’au Conseil d’État qui, fin 2021, ne trouvait rien à redire : aucun élément n’indiquait que « la prolongation jusqu'au 31 décembre 2022 de l'accord litigieux aurait des effets anticoncurrentiels ». En conséquence de quoi, Bouygues Telecom et SFR ne sont ainsi « pas fondées à soutenir que l'Arcep aurait commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation ».
L’accord d’itinérance 2G et 3G de Free Mobile sur le réseau d’Orange est donc prolongé jusqu’à la fin de cette année… pour le moment ?
Oui, Free peut déployer de la 2G s’il le souhaite
La question en creux était de savoir si Free, arrivé après le lancement de la 2G, pouvait déployer son propre réseau 2G. L’Arcep nous avait confirmé que c’était le cas : « les autorisations des opérateurs mobiles sont effectivement neutres, elles ne prescrivent généralement pas une technologie obligatoire et elles ne font pas obstacle au déploiement d’autres technologies par les opérateurs, y compris Free Mobile, tant que les obligations assorties aux autorisations, notamment en termes de performance minimale du réseau, sont respectées par les opérateurs ».
« Les choix technologiques relèvent ensuite des opérateurs, qui peuvent être amenés à prendre en compte notamment des aspects techniques et économiques, au regard de leur portefeuille global de fréquences, dans le respect des obligations et des droits liés à leurs autorisations », nous expliquait le régulateur.
Il aura donc fallu attendre début 2022 pour que Free Mobile – qui vient de fêter son 10e anniversaire – s’intéresse (enfin ?) à la 2G pour son propre réseau. Les premières autorisations confirment la position de l’Arcep ainsi que celle de SFR pour qui il ne tenait effectivement qu’à Free Mobile de déployer de la 2G.
À quand l’extinction de la 2G en France ?
La fin de la 2G arrivera un jour, c’est une certitude, mais il est encore trop tôt pour se prononcer sur le calendrier même si cela a débuté il y a plusieurs années aux États-Unis et que l’extinction de la 3G se prépare déjà. Chez Orange, « l'utilisation de la 2G baisse fortement et des technologies alternatives peuvent prendre en charge ses usages. D'ici à 2025, en Europe, on peut envisager une extinction de la 2G, au moins pour le grand public », expliquait Stéphane Richard en 2020.
En attendant, les opérateurs peuvent déjà réutiliser tout ou partie de leurs fréquences 2G pour d’autres technologies (c’est ce qu‘on appelle le refarming). C’est le cas depuis longtemps des 1 800 MHz pour de la 4G par exemple.