Empreinte écologique et durée de vie des smartphones, neufs ou reconditionnés

Un smartphone a-t-il autant de vie qu’un chat ?
Mobilité 12 min
Empreinte écologique et durée de vie des smartphones, neufs ou reconditionnés
Crédits : luza studios/iStock

Après 26 entretiens (opérateurs, fabricants, distributeurs…), l’Arcep dévoile son observatoire du renouvellement des terminaux mobiles et des pratiques commerciales de distribution. L’occasion de faire le point sur ce double marché – neuf et reconditionné – en pleine expansion et de tordre le cou à certaines idées reçues.

Dans son rapport, le régulateur des télécoms reprend à son compte diverses études sur l’empreinte environnementale du numérique, qui « représenterait 3 à 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) ». En France, selon des chiffres d’une mission d’information du Sénat, « l’empreinte carbone du numérique représente 2 % de l’empreinte nationale, avec un risque d’augmentation de 60 %, atteignant ainsi 6,7 % de l’empreinte nationale d’ici 2040 ». L’Arcep évidemment prend soin d’ajouter des pincettes de rigueur, rappelant (à juste titre) que l’empreinte du numérique est « difficile à évaluer précisément ».

Dans le cadre de sa feuille de route « Numérique et Environnement », le gouvernement a demandé au régulateur des télécoms de réaliser « une analyse des pratiques commerciales de téléphones mobiles subventionnés et de leur impact, notamment au regard des autres modèles de vente ».

Un des buts était de voir si les téléphones subventionnés poussaient davantage au renouvèlement que les autres modes de commercialisation. Sans attendre, on peut dire que non : « les données disponibles ne permettent pas de distinguer un lien significatif entre mode de distribution et durée de vie des terminaux mobiles ».

L’empreinte écologique des smartphones dans le numérique

Si les téléphones sont les seuls analysés dans le présent rapport, ils ne représentent que 11 % des émissions totales des GES du numérique. Ce chiffre mérite que l’on s’attarde sur son calcul.

Si l’on prend l’empreinte écologique du numérique dans son ensemble, les terminaux (au sens large) représentent 81 %. Les réseaux (fixes et mobiles) comptent pour 5 %, tandis que les 14 % restants proviennent des centres de données. 

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Revenons sur les 81 % que représentent les terminaux : les smartphones sont les troisièmes contributeurs de cette catégorie avec 13 %, dernière les ordinateurs portables à 14 % et les télévisions à 23 %. Les smartphones représentent donc 13 % de 81 %, soit 11 % environ du total. CQFD.

Les téléphones portables représentent un autre enjeu : « l’extraction minière nécessaire à la production des smartphones, qui est consommatrice d’énergie, engendre un épuisement des ressources et a donc un impact environnemental majeur », explique l’Arcep en se basant sur un rapport de l’ADEME. Un constat également valable pour les télévisions et les ordinateurs portables, même si la miniaturisation y est moins importante.

Cette analyse « souligne également que la petite taille des composants et les alliages complexes qui constituent les téléphones rendent le recyclage et la réutilisation des matériaux très difficiles, ou encore que la production de ces équipements se concentre dans des pays largement carbonés ». Au final, la production des smartphones représente 75 % de l’impact du produit, contre 25 % pour son utilisation et sa consommation d’énergie.

35 à 45 % des smartphones vendus par les opérateurs

L’Arcep dresse un état des lieux des smartphones sur le marché. Le volume des ventes serait de 21 millions en 2020. Les mobiles neufs en représentent 75 % et « n’ont cessé de diminuer depuis 2016 (-5 % en moyenne par an), et plus intensivement en 2020 en raison de la crise sanitaire (-8 %) ». Le reste sont des produits reconditionnés (désormais soumis à la redevance copie privée) et d’occasion.

Selon une étude GfK reprise par le gendarme des télécoms, « sur les 16 millions de smartphones vendus neufs en France, la moitié (49 %) a été commercialisée par les opérateurs en 2020. En intégrant les téléphones mobiles classiques vendus neufs, téléphones mobiles reconditionnés ou vendus d’occasion, l’Arcep estime que la part de téléphones vendus en 2020 par les opérateurs sur le marché grand public est comprise entre 35 % et 40 % ».

En s’appuyant sur les données du reconditionneur Recommerce, le rapport explique que « 4,4 millions de téléphones de seconde main ont été achetés en 2020 en France ». Dans ce segment, le marché de l’occasion représenterait 36 %, en baisse de 10 % sur un an, montrant ainsi l’importance prise par le reconditionnement (qui est donc à 64 %). Recommerce est optimiste pour la suite car, selon son étude annuelle, la société « estime en effet que 50 % des Français envisagent d’acheter un mobile reconditionné auprès d’un professionnel ». 

Si les opérateurs vendent principalement des smartphones neufs, ils proposent depuis quelque temps déjà des produits reconditionnés. Sur ce marché, ils ne représentent néanmoins que 6 % du volume, bien souvent en partenariat avec des spécialistes du domaine.

Dans tous les cas, « l’ensemble des acteurs économiques interrogés considèrent ce marché avec intérêt. Les quatre grands opérateurs de communications électroniques proposent des terminaux reconditionnés. Ils proposent également parfois des offres subventionnées sur des terminaux reconditionnés », indique l’Arcep.

La location ne serait pas spécialement plébiscitée

Quel que soit le smartphone (neuf ou reconditionné), il est généralement possible de l’acheter comptant ou de payer en plusieurs fois (parfois sans frais). La durée varie généralement entre trois mois et deux ans. Il y a aussi deux autres types d’offres : la location longue durée ou la location option d’achat (LOA). La nouvelle formule Free Flex entre dans la seconde case.

Selon les retours de l’Arcep, « le système de la location n’est pas le système le plus plébiscité par les consommateurs, car, d’une part, ces derniers seraient très attachés à conserver la propriété de leur terminal et, d’autre part, ce modèle ne serait pas nécessairement intéressant économiquement à long terme ». Dans le cas de Free, l’offre revient au final plus chère qu’un achat, mais elle permet de lisser le montant sur deux ans. 

« D’après un des acteurs rencontrés, le consommateur pourrait ainsi éventuellement bénéficier des derniers modèles de terminaux à un coût inférieur à celui qu’il aurait payé en rachetant régulièrement (tous les ans par exemple) un terminal neuf. Selon le même acteur, cet effet s’inverserait à plus long terme (autour de 18 à 24 mois) ; la somme des mensualités dépasserait alors bien souvent le montant nécessaire à l’achat du téléphone. D’autres acteurs ont indiqué que le coût de la location d’un terminal était généralement supérieur à celui de l’achat », explique le régulateur.

Pourquoi change-t-on de smartphone ?

En reprenant les résultats de son baromètre du numérique, l’Autorité indique que « 67 % des détenteurs de smartphones déclarent changer de smartphone alors que celui-ci fonctionne encore ». Deux raisons sont principalement mises en avant : le fonctionnement partiel (37 %) et l’envie de changer (25 %).

Dans le premier cas, il peut s’agir de défaillances dues au consommateur (chute, casse…), mais aussi « d’obsolescences matérielles (durée de vie de la batterie ou mémoire insuffisantes), logicielles (indisponibilité des mises à jour) ou culturelles (désuétude du terminal) ». Pour ce qui est de l’envie de changer, le marketing des constructeurs, des opérateurs et des revendeurs y est certainement pour quelque chose. 

Comme les chats, les smartphones ont plusieurs vies

L’Arcep a ensuite cherché à estimer la durée de vie moyenne des terminaux. Pour cela, trois indicateurs sont à distinguer : 

  • durée d’usage individuel : « laps de temps pendant lequel le produit est effectivement utilisé par un seul utilisateur avant que celui-ci ne le remplace par un autre produit ».
  • durée d’utilisation totale : « somme des différentes durées d’usage individuel ; durée totale où l’appareil est utilisé aux mains de différentes personnes ».
  • durée de vie : « durée totale de la fabrication de l’appareil neuf à son passage au statut définitif de déchet, quel que soit l’état de l’appareil (en état de fonctionnement ou non). Cette durée de vie est supérieure à la durée d’utilisation totale, car elle inclut le laps de temps entre la fin de la fabrication et l’achat neuf ainsi que les possibles périodes de stockage ou de transition avant mise au rebut définitive de l’appareil ».
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23 à 40 mois en France pour l’usage individuel

En France, la durée d’usage individuel des smartphones varie entre 23 et 40 mois selon les études, 40 mois étant celle indiquée par les opérateurs à l’Arcep. « Cette durée semblerait s’accroitre ces dernières années, mais la disparité des chiffres estimés et l’évolution des usages rendent les conclusions difficiles », reconnait le régulateur.

Afin de réduire l’empreinte environnementale des smartphones, une approche serait donc de prolonger leur durée d’utilisation totale. Cela pourrait se décomposer en deux parties : « en agissant sur le renouvellement, mais aussi sur le reconditionnement des terminaux mobiles ».

Il faut ainsi avoir une vision globale pour être efficace : « Agir sur un seul type d’acteur ou un modèle de distribution ne permet donc pas de saisir le sujet du renouvellement des terminaux dans son entièreté », affirme l’Autorité.

La durée s’allonge, mais la 5G pourrait changer la donne

Elle a donc cherché à obtenir des chiffres sur le renouvellement des smartphones : « Sur la période allant de 2013 à 2019, quelles que soient les sources, le rythme de renouvellement des terminaux mobiles semble avoir ralenti. La durée d’usage individuel se serait allongée de 6 à 12 mois selon les méthodes de calcul, passant par exemple de 19 à 26 mois d’après l’étude Kantar World Panel ou de 26 à 37 mois d’après Strategy Analytics ». Si les chiffres ne sont pas les mêmes, les tendances sont identiques.

Cette augmentation pourrait être la conséquence d’une prise de conscience écologique des consommateurs – notamment chez les plus jeunes – et/ou d’un ralentissement de l’innovation. Des études prévoient par contre une accélération du renouvellement sur les années 2023 à 2025 à cause de la 5G et de « l’appétence des utilisateurs pour la dernière génération mobile ». Rappelons que la 4G(+) continuera d’exister pendant encore très longtemps, comme c’est actuellement le cas de la 2G et de la 3G.

Il s’agit là de l’usage du smartphone par un consommateur, mais le téléphone peut aussi avoir plusieurs vies (occasion ou reconditionné) : « la durée d’utilisation totale des terminaux mobiles pourrait vraisemblablement atteindre cinq voire dix ans », indique l’Arcep. 

Smartphone subventionné ou non : quel impact sur la durée de vie ?

Selon le baromètre du régulateur, le type de contrat – subventionné ou non – semble « avoir un lien avec la durée de détention des smartphones » : 63 % des clients ayant acheté leur smartphone chez un distributeur le gardent pendant moins de 2 ans, contre 69 % dans le cas d’un smartphone subventionné.

La différence s’estompe rapidement : 83 à 86 % des utilisateurs déclarent détenir leur smartphone depuis moins de trois ans, quel que soit le contrat. Pour l’Arcep, cela « semble indiquer que si la durée moyenne d’utilisation des détenteurs d’un contrat subventionné est plus faible que celles des autres équipés, l’écart reste limité ».

L’analyse des données transmises par les opérateurs « corrobore ce résultat et tend également à souligner que si cette corrélation existe, elle semble limitée en termes de durée d’utilisation : l’ancienneté de l’ensemble des smartphones actifs sur les réseaux serait, en moyenne, de 32 mois contre 29 mois pour les smartphones subventionnés ».

Concernant les smartphones de seconde main, l’Arcep ne note aucune « différence significative entre la durée de détention d’un smartphone acquis neuf et celle d’un téléphone de seconde main ». 63 % les conservent moins de deux ans, qu’ils soient neufs ou d’occasions. On tombe à 83/84 % au bout de trois ans.

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Des constats glanés durant les entretiens

Autre conclusion intéressante : les informations auxquelles l’Arcep a eu accès « ne permettent pas à ce stade d’identifier de relation nette entre le subventionnement et des catégories socio-professionnelles déterminées ». Une manière de tordre le cou à une croyance populaire qui veut que le subventionnement permette à des ménages à faibles revenus d’accéder à des terminaux mobiles. La baisse des forfaits sans engagement et l’étalement de l’achat jusqu’à 24 mensualités sont des alternatives souvent intéressantes.

Le régulateur se lance ensuite dans une compilation d’idées et constats qui lui ont été transmis, aussi bien pour augmenter la durée de vie que pour réduire l’empreinte écologique (les deux allant de pair). Pêle-mêle, citons les campagnes de communications lors des lancements de nouveaux modèles, le rythme de sortie des produits, la sensibilisation des consommateurs, la transparence des prix, la réparabilité, etc. Il ne s’agit que d’un inventaire à la Prévert, sans recommandations ou positions officielles de l’Autorité.

Le reconditionnement en trois étapes

Enfin, la dernière partie du rapport concerne les trois étapes clés du reconditionnement. La première concerne la collecte des terminaux, qui est limitée en France « du fait du comportement des consommateurs qui, bien souvent, gardent leur téléphone mobile plutôt que de se tourner vers des filières de réemploi ou du reconditionnement ».

Il y a ensuite les interventions techniques liées au reconditionnement et la vente des terminaux. Sur ce dernier point, l’Arcep se fait l’écho des acteurs du reconditionné qui ont « régulièrement souligné leur crainte de l’instauration d’une redevance pour copie-privée sur les terminaux reconditionnés qui, pour eux, viendrait réduire la viabilité des acteurs économiques, notamment s’ils n’adressent que le marché français ».

Deux pistes d’amélioration sont évoquées : « L’augmentation de la garantie légale de conformité pour les téléphones mobiles et également pour les téléphones mobiles reconditionnés a été mise en avant par certains des acteurs rencontrés comme un levier majeur qui permettrait de rassurer le consommateur dans ses achats ». Il est également question de « disposer d’éléments de traçabilité des différentes vies d’un terminal et de ses réparations » avec au moins « la première date d’achat du terminal ».

Ces changements pourraient avoir un triple effet : « assurer une plus grande transparence de l’information sur la nature du produit et donc permettre un meilleur suivi de la durée d’utilisation des terminaux, mais aussi rassurer le
consommateur sur la réalité du marché reconditionné, et faire prendre conscience qu’un téléphone de 5-6 ans peut très bien fonctionner s’il a été entretenu ».

Des travaux seraient en cours sur ce sujet dans le prolongement de la loi « anti-gaspillage » relative « à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire » (AGEC), selon l’Arcep.

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