Les Français seraient-ils devenus technophobes ?

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Les Français seraient-ils devenus technophobes ?
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Alors que le ministère de l'Intérieur a répertorié 174 sabotages d'infrastructures de télécommunications (5G ou non) depuis le début de la pandémie, une étude révèle que de plus en plus de citoyens dans le monde, et tout particulièrement en France, perdent confiance dans la technologie (ainsi que dans les médias et les élites).

Le 1er avril dernier (et ce n'était pas un poisson), France Inter révélait qu'« un an après les appels à s'en prendre aux équipements de télécommunication, relayés par des sites internet associés par le ministère de l'Intérieur à l'ultragauche, 174 infrastructures ont été prises pour cible, dont la majorité en milieu rural » : 137, soit plus des trois-quarts des cibles, dégradées ou détruites dans 52 % des cas par incendie.

Le 2 avril 2020, Indymedia Nantes relayait un communiqué d'« actions directes » intitulé « En mai fais ce qui te plait-un appel au conflit » appelant à « déclarer la guerre à la normalité si nous ne voulons pas mourir d'un ennui aseptisé ».

L'appel reposait sur deux constats, et une hypothèse : « Premièrement qu'il n'est plus question d'attendre une quelconque masse qui viendrait à s'éveiller pour l'affronter. Deuxièmement que le moment semble propice pour attaquer ».

L'hypothèse soulignait de son côté que « Cela ressemble à un pari intéressant pour les ennemis du pouvoir. Se saisir de l'occasion et voir ce qui pourrait se passer. (...) Nous ne savons absolument pas ce que cela pourrait produire. Et c’est précisément pour cela qu'il faudrait impérativement le tenter ».

Confinés dans un bulle domotique

Ils émettaient un certain nombre de propositions, visant à s'attaquer aux « forces du contrôle », ainsi qu'aux infrastructures de télécommunications :

« A l'heure où tout le monde ou presque travaille/étudie/partage/se détend/s'instruit/s'insurge/fais du sexe/... face à un écran, que ce passerait-il si quelques cables de fibres optiques sous une trappe faciles d'accès étaient sabotés ?

A l'heure où tout le monde ou presque « communique » au travers de téléphones. Commande/ ordonne/planifie/organise pour produire (et parfois pour militer) ou « prends soin » via des applications ou des coups de fils incessants, que se passerait-il si des antennes relais situées dans des endroits parfois fort peu fréquentés étaient rendues inopérantes ?

A l'heure où tout le monde ou presque vit confiné dans un bulle domotique connectée à la matrice comme un ersatz de vie que se passerait-il si un pylone haute tension facile d'accès venait à tomber par terre ? »

À l'époque, plusieurs guides prodiguèrent même, relève France Inter, « des conseils afin d'éviter toute interpellation, le premier d'entre eux étant d'agir sur des infrastructures isolées, peu protégées et donc facilement accessibles (là aussi, des guides détaillent les endroits sous vidéosurveillance, ainsi que la localisation des postes de police ou des gendarmeries les plus proches) ». Ce qui explique, notamment, la surreprésentation des cibles en milieu rural.

Les départements les plus touchés sont la Haute-Garonne, l'Isère, l'Ardèche, la Drôme et les Bouches-du-Rhône. Ce bilan du ministère de l'Intérieur dit avoir recensé « d'importants préjudices liés à ces actions, notamment des coupures de réseau dans de nombreuses communes, ainsi que des conséquences sur le fonctionnement des services jugés d'utilité publique ».

26 interpellations, pour 14 faits

Pour autant, en un an, seules 26 personnes ont été interpellées dans le cadre des enquêtes concernant ces sabotages, pour 14 faits. Or, souligne France Inter, « leurs profils montrent que la motivation n'est pas toujours uniquement de mettre hors d'état de fonctionner des équipements soupçonnés d'être un instrument de surveillance et d'asservissement des masses » :

« Au-delà de ces convictions politiques, certains semblent avoir agi par peur de la collecte des données personnelles, par crainte des ondes, par refus de la pollution visuelle, ou en raison de la perte de valeur de leur habitation se trouvant à proximité des infrastructures. »

Le ministère de l'Intérieur note par ailleurs « un nombre croissant d'actions contre les infrastructures liées à la 5G, qu'il s'agisse des équipements techniques, ou des équipements commerciaux » :

« Cette mobilisation, qualifiée de "large", va de l'opposition apolitique de certains aux mouvements politisés. Alors que les Français font un usage intensif d'internet, en ces temps de confinement et de télétravail, le réseau de la fibre optique est également de plus en plus pris pour cible, notamment en raison de la facilité à y accéder. »

Le ministère relève en outre que cette situation n'est pas propre à la France, « certains groupes allant même jusqu'à échanger leurs "conseils" d'un pays à l'autre ». Ainsi, en Europe, la Belgique, l'Italie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont également été confrontés à une série d'incendies de pylônes de télécommunication lors du printemps 2020.

57 % pensent que les journalistes les induisent en erreur

Le baromètre annuel de la confiance d'Edelman – une agence conseil en communication qui mesure, depuis 21 ans, l’évolution de la confiance dans les institutions et figures d’autorité sociétales – montre qu'au-delà de ces faits divers (qui, d'après le sociologue Pierre Bourdieu, « font diversion »), la France serait devenue l'un des pays les plus technophobes.

Il ne s'agit certes que d'un sondage, administré en ligne entre les 19 octobre et 18 novembre 2020 « auprès d’un échantillon global de 33 000 répondants à travers 28 pays dans le monde », à raison de « 1 150 répondants âgés de 18 ans et plus et représentatifs de la population sur des critères d’âge, sexe et région d’habitation », par pays.

Mais son édition 2021 n'en évoque pas moins « une "infodémie", une surabondance d’informations exactes et d’informations fausses, tant en ligne que dans les médias traditionnels, au coeur d'une crise de leadership ». À l'en croire, « la confiance envers les institutions politiques et les médias est fortement ébranlée », Edelman évoquant même « une défiance mondiale généralisée » :

« Après un an de crise sanitaire, les figures d’autorité sont fortement questionnées en France. »

37 % seulement des Français interrogés faisaient confiance aux médias, à égalité avec les Britanniques. Seuls le Japon (36 %) et la Russie (29 %) enregistrent un taux inférieur, loin derrière les 45 % d'Américains, 52 % d'Allemands et 70 % de Chinois interrogés.

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Si 61 % des Français interrogés disent faire confiance aux scientifiques, le recul est de 17 points, contre un taux de 52 % à leurs employeurs, mais seulement 33 % aux journalistes (-5 points), 33 % « les PDG » (-7 points) et 24 % les dirigeants religieux (-5).

« Plus inquiétant encore, les figures d'autorité [sont] remises en cause », déplore Edelman, au point que « 1 Français sur 2 est convaincu que les élites politiques et économiques le trompent » : 57 % déclarent que « les journalistes et reporters tentent délibérément d’induire les gens en erreur en déclarant certaines choses qu'ils savent être fausses ou exagérées ». Ce qui serait également le cas de 55 % des « dirigeants de notre gouvernement », 51 % des chefs d'entreprise.

En outre, 61 % estiment que « les médias ne sont pas suffisamment objectifs et ne font pas preuve d’impartialité », et 55 % que « la plupart des organes de presse sont plus soucieux de soutenir une idéologie ou une position politique que d’informer le public ».

Les citoyens français seraient en outre seulement 18 % à avoir une bonne « hygiène informationnelle » (qu'Edelman évalue grâce à des critères comme l’intérêt pour l’actualité, la consultation de plusieurs sources d’information, la vérification systématique des informations et de l’intégrité de la source, et le partage d’informations vérifiées), 33 % une hygiène modérée et 49 % une mauvaise hygiène.


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Edelman constate à ce titre « un parallèle entre le niveau d’éducation informationnelle et l’hésitation à se faire vacciner : les Français avec une bonne "hygiène informationnelle" sont 16 points plus susceptibles de se faire vacciner (62 % vs. 46 %, contre respectivement 70 et 59 au niveau global) ».

En outre, seuls 39 % des Français interrogés (-8 points par rapport à mai 2020) se disaient prêts à partager avec le gouvernement des données personnelles et de localisation afin de lutter contre la pandémie, contre 55 % en moyenne (-6 points), et juste devant le Japon (34 %, -10 points).

De l'infodémie à la technophobie

Le volet « confiance dans la technologie » de son baromètre révèle en outre une nette montée en puissance de la technophobie, tout particulièrement en France. Alors que, au niveau mondial, la technologie était « le principal secteur de confiance » depuis le lancement du baromètre il y a 21 ans, avec « un écart de 30 points entre la technologie et le business en général (77 % contre 47 %), l'écart est désormais inférieur à dix points (68 % pour la technologie, 59 % pour les entreprises en général) » :

« La technologie est maintenant tombée en dessous de 60 % de confiance pour la première fois aux États-Unis, en France, au Japon et au Royaume-Uni. 84 % des répondants se disent inquiets de perdre leur emploi, et plus de la moitié se disent inquiets que les entreprises les remplacent par des robots ou de l'IA.

59 % des employés de la technologie ont déclaré qu'ils sont maintenant plus susceptibles qu'il y a un an de participer à des manifestations sur le lieu de travail s'ils ne sont pas d'accord avec une politique d'entreprise (...), et le souhait des employés en technologie de pouvoir continuer à travailler à distance s'est considérablement accru (+42 points). »

La France est, des 27 pays interrogés (les Nigérians ne l'ayant pas été), celui qui exprime le plus de défiance envers la 5G, le taux de confiance n'étant que de 33 %, en chute de 18 points par rapport à 2020 (contre 58 % au niveau mondial, en chute de 7 points) et l'Internet des objets (37 %, en chute de 14 points par rapport à 2020, contre une moyenne de 59 %, en chute de 7 points).

La France est également l'avant-dernier pays, devant le Royaume-Uni, en termes de confiance dans l'intelligence artificielle (38 %, -8 points par rapport à 2020, contre 57 % en moyenne, -6 points), la réalité virtuelle (32 %, -14 points, contre 55 %, -6 points), ainsi que devant la Russie pour ce qui est des « cleantech » (auxquelles 47 % feraient confiance, -10 points, contre 65 %, -4 points).

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Pour autant, 73 % des Français n'en estimeraient pas moins que le changement climatique entraînera sécheresses, élévation du niveau de la mer et autres catastrophes naturelles, la France se situant, pour le coup, à un point de la moyenne de 72 % des 27 pays interrogés.

Alors que la France faisait partie des 20 pays (sur 22) où, en 2016, la technologie était le secteur dans lequel les personnes interrogées avaient le plus confiance, le nombre de pays n'est plus que de 7 en 2021. En outre, la France fait partie des 5 pays enregistrant un taux de confiance de moins de 60 %, à égalité avec les États-Unis, et juste devant le Japon, le Royaume-Uni et la Russie.

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Les hackers font aussi peur que la Covid

Avec un taux moyen de confiance de 68 %, la technologie n'en reste pas moins, et paradoxalement, le secteur industriel inspirant le plus de confiance aux personnes interrogées, malgré une chute de 9 points en 10 ans, et de 7 points en seulement un an.

Et ce, alors même que plus de la moitié des personnes interrogées dans 19 des 28 pays craignent que l'automatisation, entre autres innovations, ne leur fasse perdre leur travail, dont 50 % des Français (-5 points par rapport à 2020, contre 52 % en moyenne, -1 point).

Edelman attribue cette baisse de confiance au fait que l'an passé, notre relation aux technologies a été « compliquée », entre l'explosion de théories conspirationnistes et de désinformations sur les réseaux sociaux – la fameuse « infodémie » – mais également les nombreux articles et polémiques autour des biais en matière d'intelligence artificielle et de risques en terme de données personnelles, de vie privée et de technologies de surveillance, notamment.

Edelman encourage les PDG à être plus transparents sur ces questions, à faire preuve de plus d'empathie, afin de répondre aux craintes exprimées, et à s'engager plus activement afin de résoudre les problèmes sociétaux.

84 % des personnes interrogées déclarent être inquiètes de perdre leur travail, et 53 % en avoir peur. À titre de comparaison, ils étaient respectivement 72 et 40 % à s'exprimer de la sorte au sujet du changement climatique, mais seulement 65 et 35 % à craindre de tomber malade de la Covid-19.

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Signe que la pandémie a décidément changé la donne, ils étaient en outre 68 et 35 % à se dire inquiets ou avoir peur des hackers et des cyber-attaques, mais également 61 et 32 % à craindre de perdre leurs libertés en tant que citoyens.

Les Français interrogés sont encore plus apeurés : ils se disent en effet quasiment (72 %) aussi inquiets des risques de piratage et de cyber-attaques que du changement climatique (73 %). Et ils ont tout autant peur (65 %) de contracter la Covid-19 que de perdre en libertés...

Comparé à l'an passé, leurs priorités sont d'améliorer nos systèmes de santé et éducatifs, protéger les libertés fondamentales, lutter contre le changement climatique et les fausses informations.

A contrario, 50 % des personnes interrogées estiment qu'il est « plus important », par rapport à l'an passé, de lutter contre la pauvreté et le fossé économique et social, et seulement 45 % à mentionner la discrimination et le racisme.

La confiance en l’exécutif atteint son plus bas

Edelman avait par ailleurs interrogé un groupe de 11 pays en mai 2020 : alors que le gouvernement était l'institution ayant le plus haut taux de confiance en mai 2020, il avait reculé de 8 points en janvier 2021, contre -6 pour les médias et les ONG, et -3 pour le business.

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Alors que la « bulle de confiance » du printemps 2020 « a explosé », relève Edelman, « en France, la confiance dans le gouvernement tient le cap malgré tout ».

La France était en effet, en novembre dernier, le seul pays où la confiance dans le gouvernement avait continué à progresser, avec un taux en hausse de 2 points en janvier 2021 alors que le taux baissait voire chutait drastiquement, y compris dans des pays bien moins touchés par la pandémie tels que la Chine (-13 points), le Royaume-Uni (-15) ou la Corée du Sud (-17).

Or, et depuis, la confiance en l’exécutif aurait « atteint son plus bas niveau depuis le début de la crise », d'après les Français interrogés par le cabinet d’études et de conseil Elabe, probablement du fait des retards en matière de vaccination, de la troisième vague de contaminations et du troisième reconfinement afférent, ainsi que des errements de la politique sanitaire du gouvernement.

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Alors que 48 % des Français interrogés disaient faire confiance au gouvernement pour lutter efficacement contre l’épidémie de coronavirus fin novembre (contre 41 % fin mars 2020, après l'annonce du premier confinement), ils n'étaient plus que 31 % le 24 mars 2021, une semaine avant l'annonce du troisième confinement.

À l’égard des mesures annoncées pour freiner l’épidémie de Covid-19, une majorité des Français interrogés considéraient en effet qu’elles :

  • Ne sont pas cohérentes (74%)
  • Ne sont pas efficaces pour lutter contre l’épidémie (73%)
  • Ne sont pas simples à comprendre (65%), une critique encore plus présente dans les 16 départements concernés par les nouvelles mesures de restriction (72%)
  • Ne sont pas justes (65%)
  • Et ne prennent pas en compte le bien-être psychologique et physique des Français (60%)

La technologie reste toujours le principal secteur de confiance

L'étude d'Edelman relève par ailleurs qu'en janvier 2021, c'est le « business » qui est devenu l'institution en laquelle les citoyens de 18 des 27 pays interrogés avaient le plus confiance, avec un taux moyen de 61 % (+2 points, devant les ONG (57 %, -1), les gouvernements (53 %, +3) et les médias (51 %, +2).

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Le « business » est même devenu la seule institution à être perçue comme à la fois « compétente » et « éthique ». Les employés des entreprises financières et technologiques étaient en outre ceux qui faisaient le plus confiance en leurs employeurs (83 %, +1 point par rapport à 2020).

Ils sont aussi ceux qui se disent les plus susceptibles d'exprimer leurs objections à leur direction, voire de manifester sur leur lieu de travail comparé à l'an passé. Dans le même temps, « l'employeur devient la seule valeur refuge face à la crise sanitaire » :

« 66 % des Français affirment croire les informations qui émanent de leur employeur (...) et 66 % souhaitent que les dirigeants, et particulièrement les CEO, deviennent leaders du changement. »

Or, et paradoxalement, « la crédibilité du PDG est au plus bas de tous les temps dans plusieurs pays, dont le Japon (18%) et la France (22%), ce qui rend le défi des PDG encore plus aigu alors qu'ils tentent de résoudre les problèmes d'aujourd'hui ».

Accessoirement, les personnes interrogées font plus confiance (61 % au niveau global, 66 % en France) aux informations émanant de leurs employeurs qu'à celles émanant du gouvernement (58 contre 63 %), des médias (57 contre 67 %), des grandes entreprises (48 contre 46 %), de la publicité (46 %) et des réseaux sociaux (39 %).

Edelman s'étonne à ce titre de constater que si la technologie reste toujours le principal secteur de confiance, l'écart est passé de 30 points (77 contre 47 % pour le business) en 2012 à moins de 10 (68 contre 59) aujourd'hui.

Cette perte de confiance est particulièrement prononcé aux États-Unis (-13 %) et en Chine (-16%), alors même que cela va « à l'encontre des performances étonnantes des entreprises de la technologie en bourse et de notre dépendance collective à l'égard de la technologie pour alimenter le travail à distance et le commerce électronique », mais également du poids respectif de ces deux pays en la matière.

« La théorie du libertarianisme s'avère être un échec; il est dans l'intérêt du secteur technologique de rendre des comptes de la manière la plus transparente que possible », conclue Edelman.

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