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Brave : entre défense de la vie privée et philosophie publicitaire, un manque de finition

Le blocage des publicités n'excuse pas tout
Logiciel 20 min
Brave : entre défense de la vie privée et philosophie publicitaire, un manque de finition

Ces dernières années, Brave a fait office de véritable trublion dans le petit monde des navigateurs, entendant bousculer durablement le modèle économique de la publicité en ligne. Mais s'il ne manque clairement pas d'arguments, son équipe doit faire attention à une trop forte spécialisation, entre autres erreurs.

La sortie de Firefox en 2004, face à un Internet Explorer 6.0 profondément sclérosé, a provoqué une nouvelle guerre des navigateurs, qui dure encore. Mais la prise en charge des standards du web, alors le cheval de bataille, a laissé sa place à d’autres thématiques et éléments de comparaison, le point étant considéré comme « réglé ».

Avec le temps, la règle du jeu a changé. Chrome l’a largement prouvé en amenant sur le champ de bataille les performances. Quand tous les navigateurs ont rivalisé d’optimisations, à grand renfort de benchmarks, on a parlé sécurité et consommation. Aujourd’hui, les feux de la rampe se tournent vers la vie privée.

Lire notre comparatif de navigateurs :

Ce thème a ceci de particulier qu’il jette un éclairage cru sur la politique des éditeurs en matière de gestion des données personnelles. C’est le fil conducteur de notre série de dossiers, où Firefox joue le mètre-étalon.

Mais si certains navigateurs se détachent du lot, nous n’avons encore examiné aucun dont la vie privée soit le véritable mantra, avec une orientation complète des fonctions dans ce domaine. C’est ici qu’intervient Brave. Un acteur qui a une autre particularité : un modèle économique et une tendance aux partenariats qui sortent du lot.

La navigation vue par le créateur du JavaScript

La première version stable du navigateur est sortie en 2016. L’entreprise éponyme a été créée par nul autre que Brendan Eich, créateur du JavaScript et cofondateur de Mozilla, qu’il avait quitté l’année précédente. Une levée de 7 millions de dollars plus tard, il annonçait ses ambitions : créer un navigateur qui préserverait vraiment la vie privée.

Ce positionnement était d’autant plus intéressant que cette thématique ne se limite pas à des mesures passives contre les dispositifs de pistage. Brave voulait aller beaucoup plus loin, tout en se montrant éthique. Basé sur Chromium, son code est open source, ce qui est loin d’être le cas des autres produits réutilisant cette base.

Pourtant, les premières préversions furent très tièdement accueillies. Comme nous l’avions relevé à l’époque, le navigateur était lourd. Lent à se lancer, globalement peu réactif, il réinventait la roue sur de nombreux points et intégrait un grand nombre d’extensions. Le résultat technique n’était guère brillant.

La situation a ensuite changé, et de manière radicale. Le Brave actuel ressemble très largement à Chrome et s’est débarrassé de nombreux éléments qui existaient déjà. Aujourd’hui, le navigateur est comparable à Chrome ou Edge en matière de temps de lancement et de consommation des ressources. Il ne fait pas d’efforts particuliers dans ce domaine, ses préoccupations et forces vives étant clairement ailleurs.

Vie privée : Brave sort l'artillerie lourde

Disons-le d’emblée, Brave se veut une référence dans la protection de la vie privée. Les moyens mis en œuvre sont nombreux, et l’utilisateur doit s’attendre à des différences de comportements sur les sites visités, même si le résultat variera très fortement en fonction des habitudes de chacun.

Ne cherchez pas de réglage général à la manière de ce que proposent Edge et Firefox : Brave bloque par défaut tous les traqueurs et publicités qu’il détecte. Il est à ce niveau sans aucune pitié, et on comprendra mieux pourquoi quand nous aborderons la manière dont le navigateur veut redistribuer les cartes de la monétisation.

Le blocage est si complet que même Next INpact, sur lequel Privacy Badger (EFF) ne détecte rien, y présente tout à coup cinq « trackers » bloqués... prudence donc sur ces chiffres parfois « gonflés ».

Brave publicitésBrave publicitésBrave publicités

La « violence » du blocage sera saluée par les uns, critiquée par les autres. Le vrai problème serait plutôt une absence par défaut de paramètres. Le blocage se base en effet sur des listes habituellement (dés)activables.

Mais Brave fait l’impasse sur ce point, et il faut chercher pour découvrir une page « brave://adblock » où l'on trouve des éléments complémentaires à cocher, de type Easylist FR. De listes principales, il n’est point question. On peut quand même cocher plusieurs listes et ajouter des filtres personnalisés. Le navigateur prévient : plus vous en sélectionnerez, plus les performances pourront s’en ressentir (le problème n’est ni nouveau, ni spécifique à Brave).

Il propose cependant des réglages que tout internaute sensibilisé aux questions de vie privée et de sécurité espère trouver. Dans la section Protections, les traqueurs intersites sont ainsi bloqués par défaut, de même que les connexions sont automatiquement basculées en HTTPS, remplissant le rôle de l’extension HTTPS Everywhere de l’EFF.

Par défaut, seuls sont bloqués les cookies intersites, mais on peut changer rapidement ce réglage, comme dans tous les navigateurs (tous les autoriser ou tous les bloquer). De même, tout ce qui a trait au fingerprinting est bloqué. Activer la vue avancée du panneau de vie privée permet l’accès à d’autres informations et réglages lorsque l’on se trouve sur un site.

On clique alors sur l’icône tête de lion à droite de la barre d’adresse pour y accéder. On peut notamment y voir une capacité dont nous avons déploré l’absence dans tous les navigateurs testés jusqu’à présent : la coupure complète de tous les scripts. Cette action, lourde de conséquences pour de nombreux sites – qui peuvent alors ne plus fonctionner – reste extrêmement pratique pour s’assurer qu’aucun code douteux ne s’exécute.

Brave panneau vie privéeBrave panneau vie privée

Le panneau permet de couper également la protection pour le domaine actuel, un réglage cette fois courant. Un compteur affiche le nombre d’éléments bloqués, dont la liste est consultable. On peut réactiver ces éléments.

Mais contrairement à Privacy Badger qui autorise une gestion fine à trois niveaux pour chacun, Brave ne permet que de tous les autoriser ou les bloquer. On peut bien sûr supprimer l’ensemble des cookies enregistrés jusqu’à présent. Il va d’ailleurs plus loin que la plupart des concurrents et possède une fonction que l’on retrouve dans Edge : la suppression à la fermeture du navigateur. Comme chez Microsoft, on peut sélectionner ceux que l’on veut voir partir à la poubelle.

L’une des spécificités de Brave est en outre d’intégrer Tor. Le navigateur possède ainsi un mode de navigation classique, un mode de navigation privée (toutes les données locales de navigation sont effacées à la fermeture de la fenêtre) et un mode spécifique à Tor, accessible via le menu général en haut à droite ou le raccourci Alt + Maj + N.

La fenêtre ainsi ouverte n’affiche aucune différence graphique avec celle de navigation privée. Dans la barre des tâches, l’icône ne se cumule cependant pas avec la classique, même si (là encore) elles sont strictement identiques :

Brave Tor

La fenêtre Tor ne se distingue que par la mention du réseau en haut à droite, juste à côté du menu général. Pour le reste, on ne reviendra pas sur le fonctionnement de Tor, qui permet de renforcer largement l’anonymat en ligne, au prix d’une navigation plus lente. Notez en tout cas que la protection fournie par Brave est active dans les trois modes.

Brave a également la bonne idée de proposer des boutons dédiés dans les options pour les services Google, Facebook, Twitter et LinkedIn. Les trois premiers sont actifs par défaut, autorisant les connexions sur les sites tiers, tandis que LinkedIn est coupé. Si vous n’avez que faire des tweets intégrés et autres fonctions des réseaux sociaux, vous aurez le plaisir de tout désactiver.

On trouve le même système de profils que Chromium, avec les mêmes limitations. Dans un navigateur se voulant entièrement tourné vers la vie privée, on aurait apprécié une protection de ces profils, par code PIN, mot de passe ou gestion d’un support matériel (biométrie ou clé de sécurité).

En matière de vie privée, l’entreprise se veut également très active sur le plan juridique, ce qui sert aussi sa communication. Mi-mars, elle a ainsi attaqué Google pour avoir enfreint le principe de limitation des données du RGPD. Fin avril, elle dénonçait la faiblesse des moyens accordés aux autorités de contrôle européennes (la CNIL et ses consœurs) pour faire respecter le RGPD, que l’entreprise estime être « en danger d’échec ». Rappelons enfin que depuis septembre 2018, Brave utilise Qwant comme moteur de recherche par défaut.

Malheureusement pour Brave et sa réputation presque sans tache jusqu’ici, une polémique est apparue ces derniers jours. Des utilisateurs ont remarqué que certaines adresses tapées dans la barre vers Binance U.S, Ledger, Coinbase et d’autres sites liés aux échanges de cryptomonnaies étaient autocomplétées avec un code d'affiliation.

Bien que les partenariats soient une pratique courante pour les navigateurs, Brendan Eich a reconnu que l’équipe avait fait fausse route et va supprimer ces ajouts. Même si Brave a reconnu très rapidement la faute et donc sa responsabilité, il faudra veiller à ce que ce genre d’impair ne se reproduise pas. « C'est promis » a ajouté Eich, répondant activement sur Twitter depuis, conscient que de tels faux pas peuvent rapidement briser une réputation. 

Monétisation : supprimer des pubs, ajouter des pubs

Voici la partie la plus spécifique de Brave : la manière dont le navigateur bloque toutes les publicités. L’entreprise entend changer le modèle actuellement en cours, où quelques sociétés concentrent les revenus publicitaires. Un modèle basé sur un suivi toujours plus importants des habitudes de navigation, les internautes se sentant pistés où qu’ils aillent.

Comment ? En... remplaçant les publicités des sites par les siennes, Brave disposant de son propre réseau publicitaire, mais son fonctionnement est très différent de l’habituel. Pour personnaliser ces contenus, le navigateur télécharge une fois par jour une liste des publicités disponibles. Il la compare alors localement avec l’historique de l’utilisateur pour personnaliser ce qui sera affiché. Les habitudes de l’utilisateur ne sont donc pas transmises à un serveur.

Un système présenté comme  une récompense des sites pour leur nombre de visiteurs. Mais certains éditeurs voient ce système d'un mauvais œil, Brave se plaçant « de force » sur leur site, prenant sa commission au passage.

Brave bat monétisation

L’argent généré est redistribué sous forme de récompenses pour les sites visités. L’ensemble est basé sur une cryptomonnaie spécifique, appelée BAT (Basic Attention Token), utilisant la blockchain Ethereum.

Sa gestion se veut ainsi décentralisée et transparente, garantie de protection de la vie privée pour l’utilisateur. Le nom vient tout simplement « d’attention » portée par l’internaute aux sites qu’il visite. Il y a deux manières d’engranger des BAT : en visualisant les publicités distribuées par Brave ou en ajoutant soi-même de la cryptomonnaie dans le portefeuille local, qu’il faudra créer pour l’occasion. Ce dernier est basé sur Uphold, sur lequel il faudra créer un compte.

Précisons que ce portefeuille, une fois créé sur un appareil, ne pourra pas être synchronisé avec d'autres (nous en reparlerons). En outre, l’inscription sur Uphold nécessite une pièce d’identité valide.

Brave bat monétisation

Dépenser des BAT se fait là encore de deux manières : une automatique, basée sur un pourcentage d’attention pour chaque site, et sous forme de « pourboire ». Rien n’empêche d’ailleurs de faire les deux.

L’utilisateur reste maître à bord, pouvant ne pas participer du tout à ce réseau en désactivant ce système de récompense. Il ne gagnera alors aucun BAT et se contentera d’une navigation sans publicités. Le calcul des BAT à envoyer aux sites compatibles (qui doivent donc s’enregistrer auprès de Brave) se fait localement, anonymement et une fois par mois.

Les pourboires peuvent être de 1, 10 ou 100 BAT, la valeur du jeton étant actuellement de 0,23 dollar. Sachez d’ailleurs que s’il est possible d’ajouter des BAT manuellement via Uphold, l’inverse est également vrai. La plateforme prévoit d’ailleurs de lancer une carte de paiement Mastercard basée sur cette cryptomonnaie. Brave touche 15 % de commission.

En plus du temps passé sur un site, ce dernier peut recevoir une somme mensuellement, définie par l’utilisateur là encore. Il s’agit bien sûr d’une option. Parmi les autres proposées, citons la quantité de publicités que l’on veut voir par heure, ou encore combien de temps passer sur une page pour la compter comme une visite. Brave pousse loin la réflexion.

Brave bat monétisation

Actuellement, de nombreux regards se tournent vers ce trublion qui entend remettre en cause un système bien établi, mais que beaucoup considèrent comme ayant fait son temps. Brave revendique depuis peu 15 millions d’utilisateurs actifs, sans que l'on sache combient gagnent et distribuent de BAT, et ce que les éditeurs en récoltent.

On est loin bien sûr d’un Chrome ou même d’un Firefox, mais une augmentation de ce chiffre pourrait accélérer le mouvement. La réflexion autour d’une juste rémunération n’est pas près de s’arrêter, tant elle fait trembler une bonne partie du web, soutenu uniquement par la publicité.

Sécurité : rien de plus, rien de moins que Chrome

La sécurité n’est guère un problème pour Brave. La base Chromium lui assure une robustesse sur laquelle le navigateur capitalise en ajoutant quelques mécanismes. On retrouve donc la précieuse isolation mémoire, chaque onglet disposant de sa petite sandbox. On connait les avantages et inconvénients. Il ne peut ainsi y avoir que des accès strictement contrôles entre deux onglets, gommant de nombreux vecteurs d’attaques.

La contrepartie est une plus grande consommation de mémoire, que l’on retrouve dans tous les dérivés de Chromium. Sur ce point cependant, Brave compte sur le fait qu’aucune publicité classique n’est affichée sur ses pages, celles qu'il ajoute se voulant beaucoup plus légères. Sur un ordinateur, la différence peut paraître minime, mais elle fera toute la différence sur un smartphone, beaucoup moins puissant et donc plus sensible à l’affichage de ces contenus.

Brave prend en charge les protocoles U2F (FIDO) et WebAuthentication (FIDO2), lui ouvrant les portes des solutions biométriques intégrées dans les machines, et surtout des clés matérielles, comme la gamme Titan de Google (à partir de 45 euros) ou encore celles de Yubico, qui dispose d’ailleurs d’une page dédiée au navigateur.

On peut reprocher à Brave son manque de nouveautés dans le temps (nous y reviendrons), mais le navigateur n’en est moins très rapide à apporter des corrections. En fait, il est très régulièrement mis à jour, en moyenne au moins une fois par semaine. C’est un excellent point, la réactivité sur les correctifs de sécurité étant primordiale. C’est d’ailleurs un domaine dans lequel, pour l’instant, nous n’avons croisé aucun mauvais élève.

Brave permet l’enregistrement des mots de passe, comme n’importe quel autre navigateur, mais sans les synchroniser entre plusieurs machines. Dans le cas où vous utiliseriez plusieurs appareils, le recours à un gestionnaire comme BitWarden, Dashlane ou LastPass reste obligatoire pour retrouver vos mots de passe partout. Comme d’habitude, nous conseillons l’utilisation de ces services, qui offrent d’autres capacités, dont celle de générer des mots longs et aléatoires.

Comme évoqué précédemment, Brave force par défaut les connexions HTTPS, pour les sites paresseux qui auraient des versions sécurisées de leurs pages mais n’y basculeraient pas automatiquement. C’est le seul navigateur à le faire par défaut. Il n’y aura ainsi pas besoin d’installer l’extension HTTPS Everywhere.

Les extensions intégrées

Plusieurs extensions sont intégrées nativement, que l’on peut en fait surtout qualifier de modules. On trouve par exemple Hangouts pour autoriser ou non le partage d’écran et d’autres fonctions dans la messagerie de Google, IPFS Companion, la compatibilité Chromecast, Tor, WebTorrent ou encore Widevine. Seuls IPFS Companion et Media Router (Chromecast) sont coupés par défaut. Notez pour Widevine qu’il ne fait qu’autoriser les sites à demander la permission de l’installer. Le composant DRM n’est pas directement présent dans le navigateur.

Base Chromium oblige, on s’attend à ce que Brave puisse obtenir d’autres extensions. C’est le cas, un lien renvoyant directement vers le Chrome Web Store. On pourra alors y installer des compléments exactement comme si l’on était sur Chrome. Il n’y a pas, contrairement à Edge, Firefox ou Opera, de sélection particulière mise en avant, ou de module à installer d’abord pour rendre le navigateur compatible.

Brave extensions

Interface et fonctions générales

Voilà un domaine dans lequel Brave ne se distingue pas. Au contraire, l’interface est plombée par des problèmes importants de traduction. L’utilisateur francophone en aura rapidement un aperçu lors du premier lancement du navigateur, quand l’assistant lui demande de paramétrer certains aspects.

« Brave utilise analyse de produit entièrement privée » est un bon échantillon de ce qui attend parfois. Un tel manque d’effort a de quoi laisser pantois. Il faut donc s’attendre à un drôle de micmac, les paramètres mélangeant allègrement français parfois approximatif et anglais. Dans la partie dédiée au portefeuille notamment, trop peu de textes sont traduits.

Vu la complexité du sujet et la volonté de Brave de faire changer les habitudes, il nous semble urgent de faire un sérieux effort de traduction. Mention spéciale au choix du thème dans les paramètres. Si « Dark » a bien été traduit par Sombre, « Light » a été traduit en… « Léger ».

Brave traductionBrave traduction

Côté fonctions, Brave ne propose rien de particulier, du moins tant que l’on sort du domaine de la vie privée et de la sécurité. Tous les efforts du navigateur sont tournés vers ces domaines et il ne fait guère d’effort sur le reste.

Même le mode Lecteur est minimaliste. Il s’agit du même que Chromium, sans fioriture. On peut changer la police, la couleur de fond de page et la taille des caractères, mais ne demandez pas plus, notamment la longueur des lignes. Dommage également que le bouton ne soit pas accessible directement depuis la droite de la barre d’adresses, comme la plupart des autres navigateurs.

Synchronisation et applications

Voilà sans doute l’un des points les plus rébarbatifs de Brave : la synchronisation. En l’état, elle ne prend en charge que l’historique. C’est très loin d’être suffisant pour nombre d’internautes, habitués à récupérer leur environnement complet quand ils changent de machine.

Si l’on plonge un peu plus dans les détails, on voit que l’actuelle v1 du moteur Sync a visiblement été mal codée. Brave ne cache rien de la situation, précisant clairement – quand on cherche un peu – que nombre de bugs empêchent actuellement le moteur de faire correctement son travail.

Dans les semaines qui viennent, Sync v2 débarquera dans les préversions du navigateur, apportant cette fois une synchronisation beaucoup plus complète, notamment des favoris et des mots de passe. En l’état, il est donc difficile d’utiliser Brave sur plusieurs appareils, puisque même la liste des favoris n’est pas reprise. On attend donc impatiemment l’arrivée de cette v2 qui devrait régler un élément bloquant pour une partie du public.

C’est d’autant plus dommage que les applications mobiles pour Android et iOS sont de très bonne facture. Elles ont le bon goût de proposer globalement les mêmes fonctions de sécurité et vie privée que la version Desktop, elle-même disponible sous Linux, macOS et Windows.

Si vous êtes habitué à Chrome ou Safari, il y a de bonnes chances que Brave vous paraisse nettement plus rapide dans l’affichage des pages. Non pas que le moteur comporte un code magique, mais puisque les publicités ne s’affichent pas, les SoC des smartphones sont beaucoup moins sollicités. Un utilisateur d’Edge/Firefox en mode Strict ou d’Opera aura moins de surprises de ce côté.

La reprise des fonctions va jusqu’aux portefeuille et BAT. Comme indiqué précédemment, il faudra cependant faire attention à la version dans laquelle vous créez le portefeuille. Sync v2 devrait prendre en charge ce dernier, mais en attendant mieux vaudra le créer et le gérer depuis l’appareil que vous utilisez le plus pour naviguer.

Brave mobileBrave mobileBrave mobileBrave mobileBrave mobileBrave mobileBrave mobile

On retrouve de nombreuses fonctions pratiques comme la possibilité de couper tous les scripts d’une page depuis l’icône de lion orange à droite de la barre d’adresse. D’ailleurs, l’encart qui apparaît est strictement le même que dans la version Desktop. Seule disparaît l’option pour la vue détaillée, qui permet d’afficher la liste des traceurs bloqués. Mais là aussi, on pourra voir par exemple le nombre de connexions mises à jour en HTTPS.

On remarque également que ces applications mobiles n’ont aucun problème de traduction. Tout est décrit dans un français impeccable, et on a bien le choix entre des thèmes sombre et clair. Ouf.

Globalement, la qualité de ces applications nous paraît supérieure à la version Desktop pour l’instant. Les interfaces et fonctions ont clairement été soigneusement travaillées, procurant un réel plaisir à l’utilisation. Au vu de l’importance des applications mobiles aujourd’hui, on peut comprendre cet effort supplémentaire. Sync V2 y est d’autant plus attendu, car elles sont pour l’instant presque des ilots isolés.

Un navigateur qui en a dans le ventre

L’orientation de Brave est claire, et toutes ses fonctions ou presque sont tournées vers un seul objectif : la vie privée, encore et toujours. La politique de l’entreprise est nette à ce sujet et jusqu'à tout récemment, elle n’avait jamais été prise en défaut. Le navigateur avait même été encensé fin février par une étude universitaire indépendante sur le sujet.

Il est très probable que nombre d’internautes soient attirés par le navigateur pour son aspect javellisant sur les publicités et traceurs, sans réellement se poser la question de ce qu’une suppression brutale des publicités implique pour une bonne partie du web. L’approche adoptée est très différente de ce que proposent par exemple Edge et Firefox, dont le mode Strict va bloquer la grande majorité des traceurs. La disparition des publicités que l’on y observe alors est une conséquence indirecte, ces contenus ne pouvant fonctionner sans leurs traceurs associés.

La philosophie est donc autre : si les publicités n’y faisaient pas appel, elles seraient toujours là. Brave pratique ce que certains ont qualifié de « hold-up publicitaire ». Il casse le système actuel pour instaurer le sien. Les intentions peuvent paraitre nobles, mais cette redistribution brutale des cartes à son profit fera grincer des dents.

Surtout dans cette phase intermédiaire où le navigateur ne sera pas encore assez utilisé pour réellement changer la donne, risquant de provoquer nombre d’hésitations.

Au-delà des questions philosophiques, Brave est en lui-même un bon navigateur, voire un excellent navigateur en devenir. Nous n’avons rien à reprocher aux moutures mobiles, mais la version Desktop devra par contre faire un sérieux effort sur ses traductions et s’enrichir davantage dans les fonctions plus générales.

C’est un reproche lié au rythme des mises à jour. Ou, plus précisément, des mises à jour majeures. La version 1.0 de Brave est sortie en novembre 2019 et le navigateur en est actuellement à la 1.9.76.

Certes une nomenclature ne représente rien en l’état. Firefox 77 vient par exemple de sortir avec des nouveautés mineures. Mais dans le cas de Brave, le numéro de version représente bien la situation générale. Le socle technique a été renforcé, des apports importants en sécurité ont été faits (notamment FIDO2 et WebAuthn), certains aspects ont été simplifiés, mais le navigateur ne rivalise pas avec ses concurrents sur le reste.

Cerise (déconfite) sur le gâteau, l’état actuel de la synchronisation pourrait bien être un vrai « no go » pour nombre d’internautes intéressés. En tout cas pour une utilisation comme navigateur principal. Brave doit donc se dépêcher, car les concurrents sont très actifs et adoptent progressivement une démarche inverse : ils possédaient les fonctions, ils s’orientent maintenant petit à petit vers la vie privée.

L'idée d'un web sans pistage sera pour beaucoup une belle promesse, mais on sait à quel point l’inertie est forte dans le domaine des logiciels. Il faudra, pour retenir les utilisateurs, faire au moins aussi bien que les autres dans les fonctions de base, tout en maintenant la réputation de champion de la vie privée, en dépit de la récente erreur de parcours.

27 commentaires
Avatar de tazvld Abonné
Avatar de tazvldtazvld- 08/06/20 à 11:34:39

A priori, Brave vient de se faire "choper" à ajouter des liens affiliés dans l'auto complétion de la barre d'adresse (vers des sites de cryptomonnaies). Réaction : houpsi, c'est une erreur

Avatar de 314r Abonné
Avatar de 314r314r- 08/06/20 à 11:44:11

Hello,

Juste un mot sur le passage 
"En... remplaçant les publicités des sites par les siennes, Brave disposant de son propre réseau publicitaire..."

 Ce n'est clairement pas le cas, mais c'est ce qu'affirment régulièrement les détracteurs du navigateur, qui est accusé de "détourner" les revenus publicitaire des sites.

 Par défaut, Brave bloque tout.

 Ensuite, il y a un opt-in pour recevoir des publicités, mais qui ne remplacent pas celles des sites.

 Il s'agit de notifications systèmes qui ne s'affichent pas dans le navigateur et encore moins sur les sites concernés.

 Donc  non, Brave ne se place pas "de force" sur les sites. C'est une grosse nuance.

Édité par 314r le 08/06/2020 à 11:44
Avatar de Commentaire_supprime Abonné
Avatar de Commentaire_supprimeCommentaire_supprime- 08/06/20 à 11:53:45

Des utilisateurs ont remarqué que certaines adresses tapées dans la barre vers Binance U.S, Ledger, Coinbase et d’autres sites liés aux échanges de cryptomonnaies étaient autocomplétées avec un code d'affiliation.

Tiens, il y en a qui utilisent toujours des cryptomonnaies :troll::troll::troll::troll::troll:

Blague à part, l'idée de choisir ses pubs, et vers qui le pognon va, sur le papier, c'est un concept intéressant. Après, pour l'application qui en est faite dans Brave, ça me paraît discutable. Mais bon, je n'ai pas d'idées sur la question.

Avatar de JD Abonné
Avatar de JDJD- 08/06/20 à 12:00:07

Pour NXI, impossible de finaliser les envois de dons :

Ce créateur vérifié de Brave n'a pas encore configuré son compte pour recevoir des contributions des utilisateurs de Brave. Tous les dons que vous enverrez resteront dans votre portefeuille jusqu'à ce qu'il ait terminé ce processus.

Avatar de coco74 Abonné
Avatar de coco74coco74- 08/06/20 à 12:20:04

J'utilisais Brave sur android, ils se sont mis à mettre des images sponsorisées dans la page de nouveaux onglets, j'ai dégagé le navigateur.

Avatar de Jarodd INpactien
Avatar de JaroddJarodd- 08/06/20 à 14:12:54

Depuis le temps que j'en entend parler (surtout en bien), je viens de l'installer, en navigateur secondaire pour l'instant.Je n'ai pas envie de déclasser mon Firefox, mais vu qu'il me déçoit de plus en plus...

Avatar de Vincent_H Équipe
Avatar de Vincent_HVincent_H- 08/06/20 à 14:24:55

Dans quelle mesure ?

Avatar de seboquoi Abonné
Avatar de seboquoiseboquoi- 08/06/20 à 14:30:48

Je l'utilise depuis quelques mois et en suis pleinement satisfait. J'ai désactivé leurs pubs par contre.

Avatar de DanLo Abonné
Avatar de DanLoDanLo- 08/06/20 à 14:45:50

Je seconde la question.

Firefox + Ublock et quelques paramètres, je n'ai jamais eu à m'en plaindre vis--vis de ce qui semble être les points forts de Brave.
Je suppose que c'est sur des usages particuliers du navigateur que je ne dois pas avoir du coup...

Avatar de stranger-46 Abonné
Avatar de stranger-46stranger-46- 08/06/20 à 14:47:02

C'est mon navigateur d’appoint en complément de FF. Plutot sympa.

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