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[Tribune] Pour un meilleur apprentissage de l'informatique à l'école

Par Philippe Latombe, député MoDem
Droit 5 min
[Tribune] Pour un meilleur apprentissage de l'informatique à l'école
Crédits : skynesher/iStock

Dans une tribune, le député MoDem Philippe Latombe salue la création du CAPES section numérique et sciences informatiques, mis en place cette annéeUne tribune qui intervient alors que France Digital plaide, parmi ses 25 propositions pour une stratégie européenne, en faveur d’une formation à l’IA de tous les publics et à tous les âges. 

Il était attendu par beaucoup depuis quarante ans : le CAPES section Numérique et Sciences informatiques a enfin vu le jour. Les premiers enseignants stagiaires devraient entrer en fonction dès la rentrée prochaine, une très bonne nouvelle qui tend à passer inaperçue en ces temps de pandémie.

Comme le soulignait à juste titre l’an dernier sur France Culture, le directeur général des ressources humaines du ministère de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, « tout citoyen en devenir doit pouvoir disposer d'un bagage minimal en numérique. Il y a des enjeux de compréhension du monde. »

Or, comme chacun sait, une discipline n’existe vraiment que lorsqu’elle est incarnée par des enseignants qui lui sont entièrement dédiés. Pourtant, se réjouir de la consécration de cette nouvelle spécialité n’exclut pas de penser qu’il aura fallu attendre beaucoup (trop) de temps et qu’il en faudra encore beaucoup (trop), pour qu’un nombre suffisant de professeurs formés irriguent de leur savoir l’ensemble des établissements de notre pays.

En attendant, l’accès à la culture informatique reste dépendant des compétences acquises (ou pas) à titre personnel, au bon vouloir (ou pas) des enseignants en place, et au matériel mis à disposition (ou pas) des élèves. Cela laisse la part belle à l’à-peu-près et aux inégalités. À la fin du secondaire, les compétences informatiques des jeunes Français sont inévitablement hétéroclites, livrées aux hasards du parcours scolaire de chacun, se limitant dans la majorité des cas à savoir pianoter sur un clavier pour accéder à Google et aux réseaux sociaux, à ses risques et périls.

C’est oublier que l’informatique est avant tout une culture et un langage à visée universelle, essentiels à maîtriser si l’on veut, volens nolens, « être au monde ». Comme le précise Gilles Dowek, informaticien, chercheur à l’INRIA, « il y a deux façons d'être au monde avec les objets informatiques : on peut être des utilisateurs ou des concepteurs. À partir du moment où l'un de nous écrit une page web, il devient créateur ».

J’irai plus loin encore avec ce principe atemporel et universel énoncé par François Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Il serait inconséquent de laisser les jeunes grandir sans leur donner les outils leur permettant de comprendre le fonctionnement, le pourquoi, le comment et les risques inhérents à un monde prétendument  virtuel, mais surtout profondément intrusif quant à nos destinées individuelles et collectives. Si l’on veut identifier les risques, il me semble indispensable de les identifier, et cela passe par une solide connaissance du sujet.

« Une formation complète aux sciences numériques »

Il est donc essentiel que l’ensemble des élèves reçoive une formation complète aux sciences numériques. Et cela doit commencer dès le début de la scolarité. Le langage informatique doit faire partie du socle commun de connaissances, au même titre que les langues maternelles et étrangères, les mathématiques ou l’histoire. Il ne suffit pas de mettre en place, comme cela a été fait, des programmes qui resteront lettre morte, si un nombre suffisant d’enseignants n’est pas en mesure de les mettre en œuvre ou si le matériel fait cruellement défaut.

La programmation informatique fait certes partie des programmes du primaire et du collège depuis la rentrée 2016. Au primaire par exemple, les élèves sont censés apprendre à « programmer les déplacements d’un robot ou d’un personnage sur écran » ou à « construire une figure simple ». Quelle  est la réelle effectivité de ces apprentissages ? Un professeur des écoles de Loire Atlantique m’avouait dernièrement être l’un des seuls à les pratiquer. Il estimait qu’ils n’étaient vraisemblablement pas plus de 10 % dans ce cas. Et la Loire Atlantique n’est vraisemblablement pas un cas isolé !

Lorsqu’en 2012,  l’Estonie a décidé de généraliser peu à peu l’apprentissage du codage informatique dès le primaire, ses dirigeants ont bien précisé qu’ils n’avaient pas l’ambition de créer une nation de programmeurs et de développeurs, voire de hackers. Ils ont pensé pouvoir ainsi développer chez les jeunes un sens logique qui vaut plus que la simple application de la technologie numérique. Ils ont souhaité donner à tous la capacité de s’approprier les nouvelles technologies, de ne pas en être des utilisateurs passifs, voire même captifs. Ils ont constaté depuis que, commencé de bonne heure, cet enseignement avait la faculté susciter des vocations, sans distinction de genre et de milieu social, pour des secteurs d’activité où l’offre est forte, pour des métiers offrant des opportunités, notamment à des personnes handicapées.

Numérico-béats vs Utilisateurs éclairés

En France, le débat fait rage depuis des années. Les uns pensent qu’il faut d’abord développer l’esprit critique des enfants et que la culture informatique, lieu de tous les dangers, ne doit venir que bien après. Les autres souhaitent que l’apprentissage des nouvelles technologies, qui développe le sens logique, commence de bonne heure. Mais que vaut l’esprit critique sans logique ? Et la réciproque est tout aussi pertinente. Il ne s’agit bien évidemment pas de former des cohortes de « numérico-béats », bien loin de là, mais des utilisateurs éclairés.

En attendant, pendant que les « numérico-sceptiques » s’adonnent à leur sens critique, un petit pays comme l’Estonie grimpe allègrement dans les classements PISA, tandis que nous dégringolons inexorablement. De là à penser qu’il y a peut-être une relation de cause à effet… Cela mérite au moins qu’on s’y attarde.

En attendant, notre pays continue à manquer de programmeurs et de développeurs. Ces profils particulièrement recherchés appellent des aptitudes intellectuelles spécifiques qui échappent à toute prédisposition sociale, culturelle ou de genre. L’apprentissage de la programmation informatique participe ainsi de l’égalité des chances, de l’égalité homme-femme, de l’insertion et de la promotion sociale et l’école, passage obligé, devrait constituer par essence le lieu privilégié où peuvent se repérer ces jeunes talents.

Enfin, la crise actuelle nous montre combien nous sommes dépendants des nouvelles technologies. Le rétropédalage étant inconcevable, faisons en sorte que ce soit pour le meilleur. Et cela passe avant tout par l’éducation.

60 commentaires
Avatar de Salamandar Abonné
Avatar de SalamandarSalamandar- 04/06/20 à 15:37:06

France Digital plaide, parmi ses 25 propositions pour une stratégie européenne, en faveur d’une formation à l’IA de tous les publics et à tous les âges.

Entre le nom et la proposition, ça a l'air d'être une bande de branquignols qui ne savent oas de quoi ils parlent....

Avatar de spidermoon Abonné
Avatar de spidermoonspidermoon- 04/06/20 à 16:27:12

Il suffira d'un plan "informatique pour tous", avec des tablette Archos Made in France à la place des TO5 et on sera rapidement en tête de liste...ou pas :D

Avatar de plop97 INpactien
Avatar de plop97plop97- 04/06/20 à 16:33:59

En espérant que ça soit pas une formation aux outils Microsoft...

Avatar de Hesperion Abonné
Avatar de HesperionHesperion- 04/06/20 à 16:36:21

Pour moi l'adjectif "digital" est associé, en français, au nom "doigt".
J'en déduis que chez France Digitale, ils ne connaissent pas leur propre langue. Il aurait fallu dire "France numérique".

A moins que ce soit réellement une France plein de doigts dont il s'agit mais du coup, je suis passé à côté de la chose !:D

Avatar de SuXiNeTTe Abonné
Avatar de SuXiNeTTeSuXiNeTTe- 04/06/20 à 16:49:50

Ouais, enfin bon y a 30 postes en france cette année, sachant que la matière est enseignée depuis cette année (cf. Le dessin de flock). Effet d'annonce à la va comme j'te pousse comme pour le reste des actions de ce ministère...

Avatar de lansing Abonné
Avatar de lansinglansing- 04/06/20 à 16:57:52

Si la bonne idée du "codage en école primaire" pouvait être remplacée par des trucs essentiels, de manière à arriver au collège en sachant lire/écrire...

Avatar de renaud07 INpactien
Avatar de renaud07renaud07- 04/06/20 à 18:27:36

+1

J'en peux plus de toutes ces fautes d’orthographe parfois tellement grosses qu'on se demande comment ils se sont dit que ça s'écrivait ainsi...

Je veux bien qu'on fasse des fautes de grammaire en oubliant un s ou ne pas (ou mal) accorder un verbe, mais être infoutu d'écrire un mot correctement, alors qu'on a le correcteur avec un simple clic droit, ça me rends fou.

À croire que c'est fait exprès :roll:

Édité par renaud07 le 04/06/2020 à 18:29
Avatar de JD Abonné
Avatar de JDJD- 04/06/20 à 18:37:58

Bon... en tant qu'enseignant, dès le titre je me suis méfié. Après la lecture de cette tribune, mes craintes étaient bien fondées.

Les premiers enseignants stagiaires devraient entrer en fonction dès la rentrée prochaine, une très bonne nouvelle qui tend à passer inaperçue en ces temps de pandémie.
30 postes sont ouverts au concours du CAPES NSI en 2020... 30 postes... Or Philippe Latombe parle d'une bonne nouvelle passée inaperçue mais ce sont ces 30 enseignants qui passeront inaperçus dans les lycées de France.

le directeur général des ressources humaines du ministère de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, « tout citoyen en devenir doit pouvoir disposer d'un bagage minimal en numérique. Il y a des enjeux de compréhension du monde. »
Tout d'abord, dès qu'un DGRH de l'En dit un truc, en général c'est une connerie... Ensuite, le gars parle d'un "bagage minimal en numérique"... désolé mais cela ne veut rien dire. Enseigner l'informatique n'a rien à voir avec l'acquisition d'un "bagage minimal en numérique".

C’est oublier que l’informatique est avant tout une culture et un langage à visée universelle, essentiels à maîtriser si l’on veut, volens nolens, « être au monde ».
Franchement c'est n'importe quoi! Pour EXISTER, il faudrait MAÎTRISER l'informatique... Euh, sérieux? Dans ce cas, les 99% habitants de cette planète ne sont pas des êtres humains, c'est ballot!

Comme le précise Gilles Dowek, informaticien, chercheur à l’INRIA, « il y a deux façons d'être au monde avec les objets informatiques : on peut être des utilisateurs ou des concepteurs.
Donc soit utilisateur soit concepteur; on a pas d'autre choix. Encore une fois, c'est n'importe quoi et cette fois ça vient de Dowek! Le seul objectif réaliste (mais très difficile à atteindre) pour l'ensemble des élèves est de former des utilisateurs éclairés dans le domaine de l'informatique.

À partir du moment où l'un de nous écrit une page web, il devient créateur ».
Pfff... que dire, on va en créer à la pelle des "créateurs" de page web affichant "Hello, world!"...

J’irai plus loin encore avec ce principe atemporel et universel énoncé par François Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Il serait inconséquent de laisser les jeunes grandir sans leur donner les outils leur permettant de comprendre le fonctionnement, le pourquoi, le comment et les risques inhérents à un monde prétendument virtuel, mais surtout profondément intrusif quant à nos destinées individuelles et collectives.
Il a donc fallu attendre le 6ème paragraphe pour lire quelque chose de censé; mieux vaut tard de jamais.

Si l’on veut identifier les risques, il me semble indispensable de les identifier, et cela passe par une solide connaissance du sujet.
Là ça se discute, pourquoi chacun de nous devrait être capable "d'identifier les risques" dans le domaine de l'informatique? C'est super complexe d'identifier les risques même pour des experts. Comprendre ces risques seraient déjà un objectif très ambitieux.

Il est donc essentiel que l’ensemble des élèves reçoive une formation complète aux sciences numériques.
Encore une fois, Philippe Latombe a du mal à choisir. Quelle est la définition de "sciences numériques"? J'imagine qu'il ne pense pas à la définition de sciences numériques donnée sur wikipédia : Les sciences numériques ont pour objet la construction de modèles mathématiques et de méthodes d'analyse quantitative, en se basant sur l'utilisation des sciences du numérique, pour analyser et résoudre des problèmes scientifiques.

Et cela doit commencer dès le début de la scolarité. Le langage informatique doit faire partie du socle commun de connaissances, au même titre que les langues maternelles et étrangères, les mathématiques ou l’histoire.
Je ne vois pas l'intérêt d'imposer cet apprentissage dès le début de la scolarité alors que des élèves entrent encore au collègue sans savoir bien lire ou écrire le français...

Quelle est la réelle effectivité de ces apprentissages ? Un professeur des écoles de Loire Atlantique m’avouait dernièrement être l’un des seuls à les pratiquer. Il estimait qu’ils n’étaient vraisemblablement pas plus de 10 % dans ce cas. Et la Loire Atlantique n’est vraisemblablement pas un cas isolé !
Les 2ème et 3ème phrase sont contradictoires. Si les enseignants du primaire n'enseignent pas l'informatique aux enfants, c'est peut-être qu'ils ne sont pas formés et/ou qu'ils pensent que c'est une connerie...

Ils ont souhaité donner à tous la capacité de s’approprier les nouvelles technologies, de ne pas en être des utilisateurs passifs, voire même captifs.
Ça veut quoi "s'approprier les nouvelles technologies"? Concrètement, comment on enseigne ça? Par ailleurs, "voire même" ça pique les yeux dans une tribune... À croire que les enseignants du primaire de ce député ont passé trop de temps à lui faire déplacer un robot sur un parcours...

Mais que vaut l’esprit critique sans logique ? Et la réciproque est tout aussi pertinente.
Sous-entendre qu'il n'est pas possible de développer un esprit logique sans apprentissage de l'informatique est une connerie...

Il ne s’agit bien évidemment pas de former des cohortes de « numérico-béats », bien loin de là, mais des utilisateurs éclairés.
Ce député n'arrive vraiment à pas se décider... Quel est l'objectif? "Maîtriser" l'informatique, former des "créateurs" ou bien former des utilisateurs éclairés. Le dernier objectif sera déjà très très compliqué à atteindre.

En attendant, pendant que les « numérico-sceptiques » s’adonnent à leur sens critique, un petit pays comme l’Estonie grimpe allègrement dans les classements PISA, tandis que nous dégringolons inexorablement.
Philippe m'a tuer! Argumentation du niveau d'une huître. Ceux qui ne pensent pas comme lui sont directement classés comme « numérico-sceptiques ». Enfin ce député affirme, sans démonstration, une corrélation entre le classement PISA et l'apprentissage de l'informatique... Le classement PISA est de la grosse connerie, il suffit de savoir que les élèves des pays ne sont pas évalués sur les mêmes sujets et que les intervalles de fluctuation des résultats des pays s'intersectent presque tous... Autant classer les pays à un jeu de flèchettes!

En attendant, notre pays continue à manquer de programmeurs et de développeurs.
Euh... donc c'est ça l'objectif? Répondre au manque de programmeurs et de développeurs pour les entreprises? Si

L’apprentissage de la programmation informatique participe ainsi de l’égalité des chances, de l’égalité homme-femme, de l’insertion et de la promotion sociale et l’école, passage obligé, devrait constituer par essence le lieu privilégié où peuvent se repérer ces jeunes talents.
Le passage obligatoire dans tout discours politique de "l'égalité des chances" et blablabla. J'ai enseigné de nombreuses années en éducation prioritaire et ça n'est pas l'apprentissage de l'informatique qui va changer les inégalités béantes de notre société.

Enfin, la crise actuelle nous montre combien nous sommes dépendants des nouvelles technologies.
Utiliser la crise actuelle comme argument me semble très déplacé.


Voilà... cette tribune est complètement déconnecté de la réalité de l'enseignement.
L'apprentissage de l'informatique, oui. Dès le primaire? Non.
Quel objectif pour l'ensemble d'une génération? Former des utilisateurs éclairés et non des créateurs ou des experts.
Des enseignants formés? Oui. Avec 30 enseignants formés par an, on peut toujours attendre.

Édité par JD le 04/06/2020 à 18:42
Avatar de Paul Muad'Dib Abonné
Avatar de Paul Muad'DibPaul Muad'Dib- 04/06/20 à 19:21:51

JD a écrit :

Bon j'hésitais à lire la tribune vu la probabilité de lire le bla-bla habituel et ton commentaire et ses multiples citations m'ont fait un bon résumé ^^

Apprendre l'informatique - si par là on entend apprendre les bases de la programmation/codage - dès l'école primaire c'est grotesque et inutile.
Beaucoup trop d'enfants au primaire ont trop de lacunes (graves) en français/mathématiques/histoire-géographie pour monopoliser des heures d'enseignement à un sujet tel que l'informatique à cet âge (et encore il y a le problème d'avoir des enseignants maitrisant le sujet).

Aborder ce sujet au collège c'est un minimum et encore quand on voit ne serait-ce que l'échec de l'enseignement de l'anglais. Même en l'ayant systématisé dès la 6ème, combien de jeunes une fois au lycée et une 10aine d'années d'apprentissage de l'anglais ne maitrisent pas vraiment cette langue xD

Malheureusement cette tribune est pleine de poncifs et ne propose rien de concret et surtout de pertinent.

Édité par Paul Muad'Dib le 04/06/2020 à 19:24
Avatar de yl INpactien
Avatar de ylyl- 04/06/20 à 19:39:21

Paul Muad'Dib a écrit :

Apprendre l'informatique - si par là on entend apprendre les bases de la programmation/codage - dès l'école primaire c'est grotesque et inutile.
Beaucoup trop d'enfants au primaire ont trop de lacunes (graves) en français...

 
En même temps, s'il s'agit de langage en pratiquer un qui vous renvoie dans les cordes sur toute approximation peut apporter aux autres matières "classiques", certes à ne pas négliger on est bien d'accord: Des compétences sur un CV bourré de faute allant illico à la poubelle, cela n'a pas de sens!

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