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Le succès de Long March-5 ouvre grand les portes de l’espace à la Chine

Le « GPS » chinois BeiDou bientôt terminé
Tech 5 min
Le succès de Long March-5 ouvre grand les portes de l’espace à la Chine

2020 devrait être une année importante pour la Chine. Le succès du lancement de sa fusée Long March-5 ouvre la voie à l’exploration spatiale habitée et au retour d’échantillons lunaires pour 2020. D‘ici juin, les deux derniers satellites du système de positionnement BeiDou devraient être placés en orbite.

Au cours des derniers mois, les États-Unis et l’Europe ont beaucoup fait parler d’eux dans le domaine spatial. Arianespace a lancé sa 250e fusée Ariane 5 fin novembre et fêtait les 40 ans d’Ariane tout en préparant l’arrivée d’Ariane 6, tandis que SpaceX multiplie les lancements et récupérations avec Falcon 9 tout en préparant les vols habités avec Crew Dragon.

Mais un autre pays compte bien occuper une place importante sur ce marché : la Chine. En plus de son programme d’exploration de la Lune, le pays a lancé avec succès une fusée Long March-5 le 27 décembre. Une étape importante puisque son lanceur n’avait pas décollé depuis près de 30 mois.

Une défaillance du premier étage avait en effet signé une fin de mission prématurée en juillet 2017.

Long March-5 face à Ariane 5, Falcon 9/Heavy et Delta IV Heavy

Long March-5 est un gros lanceur de 57 mètres de haut, 5 mètres de diamètre et 867 tonnes sur la balance. Il est capable d’emporter 25 tonnes de charge utile en orbite basse dans sa version « 5B », sans second étage.

Avec le second étage, la charge utile est de 14 tonnes sur une orbite géostationnaire et de 8,2 tonnes sur une trajectoire d’insertion en orbite lunaire. Un troisième étage Yuanzheng-2 peut être ajouté si besoin en fonction des missions. La China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) explique qu’il sera notamment utilisé pour envoyer des sondes vers d’autres planètes du système solaire.

À titre de comparaison, Falcon 9 ne peut emporter « que » 8,3 tonnes sur une orbite géostationnaire, contre 10,9 tonnes pour Ariane 5 ECA (la plus grosse version), et 14,2 tonnes pour Delta IV Heavy. Pour le moment, Falcon Heavy (Falcon 9 avec deux boosters latéraux) met tout le monde d’accord avec 26,7 tonnes à une altitude de 36 000 km environ.

Deux ans et demi après un échec, Long March-5 prend son envol

Avec plusieurs mois de retard sur le calendrier initial (il était au départ question de l’été 2019), Long March-5 s‘est envolée pour un troisième vol. La mission s’est déroulée sans accroc avec le largage du satellite expérimental de télécommunication Shijian 20 d'un peu plus de 8 tonnes. Une étape importante pour la Chine.

En effet, si le vol inaugural s’était déroulé sans encombre en novembre 2016 – le satellite Shijian 17 était arrivé à bon port – ce n’était pas le cas de la seconde mission qui s’est soldée par un cuisant échec en juillet 2017. Un dysfonctionnement du premier étage un peu moins de six minutes après le décollage a causé la perte du satellite Shijian 18.

La cause avait été identifiée et des correctifs appliqués : « nous avons amélioré la conception, les matériaux et les technologies du moteur » affirme Yang Hujun, concepteur en chef adjoint de la fusée. Il ajoute que cette version retravaillée du moteur a subi plus de dix essais de mises à feu statique pour une durée totale de 50 minutes.

Les Chinois visent Mars, la Lune et la construction d‘une station spatiale 

La Chine en profite pour faire part de ses ambitions : « Le succès du vol ouvre les portes à une série de futurs projets spatiaux pour le pays, y compris l'exploration de Mars, le retour d'échantillons lunaires et la construction de sa propre station spatiale », explique l’agence de presse Xinhuanet en s’appuyant sur les déclarations de Wu Yanhua, directeur adjoint de la China National Space Administration (CNSA).

Nous pouvons par exemple citer les prochaines missions « Chang’e », qui seront réalisées en partenariat avec le CNES. Pour rappel, Chang'e 4 s‘est posé début 2019 sur la face cachée de la Lune et a transmis des photos et un panorama. Une bonne opération pour l’agence spatiale chinoise, car il n‘est pas si facile de se poser sur la Lune… les Indiens ne diront pas le contraire. Après le crash de Vikram, ils pourraient néanmoins retenter leur chance prochainement.

Chang’e 5 doit donc assurer la relève, mais la masse de cet engin est telle qu’il faut un lanceur plus gros que pour Chang‘e 4, et c’est là que Long March-5 entre en piste. De fin 2019, le lancement a glissé à mi-2020 (voire fin 2020). Il faudra ensuite attendre 2023/2024 pour Chang’e 6 qui embarquera des expériences françaises en partenariat avec le CNES.

Probablement durant le premier semestre de l’année, un lanceur Long March-5B (sans second étage donc) devrait décoller avec une capsule chinoise habitable. Si tout se passe comme prévu, les préparatifs pour la construction d’une station spatiale chinoise devraient alors continuer. Le premier module serait baptisé « Tianhe » et pèserait 20 tonnes.

Tous les satellites de BeiDou-3 en orbite avant juin 2020

BeiDou – ou COMPASS – est un système de géolocalisation par satellite, concurrent du GPS américain, du Galileo européen et du GLONASS russe. Il n’est pas nouveau puisque les premiers lancements ont eu lieu dans les années 2000.

Il s’agissait alors d’une expérimentation. Il a été remplacé par BeiDou-2 à partir de 2012, mais la constellation ne permet d’obtenir sa position qu’en Chine et dans des pays limitrophes. Depuis maintenant un an, BeiDou-3 propose des services à l'échelle mondiale, mais sa construction n’est toujours pas terminée.

Actuellement, la constellation compte plus d’une vingtaine de satellites et deux de plus devraient être lancés « avant juin 2020 » sur une orbite géostationnaire, c’est du moins ce qu’affirme le responsable du programme Ran Chengqi, comme le rapporte Associated Press. Il n’est pas question d’un lanceur Long March-5 ici, mais d’un plus petit : Long March-3.

« Beidou-3 sera alors entièrement achevé », ajoute le responsable. Il ne sera par contre pas pleinement opérationnel et il faudra probablement attendre 2035 pour que cela soit le cas indique-t-il.

26 commentaires
Avatar de MoonRa Abonné
Avatar de MoonRaMoonRa- 04/01/20 à 07:58:38

C'est génial chaque pays aura son système.

Avatar de DRunco INpactien
Avatar de DRuncoDRunco- 04/01/20 à 10:55:37

Je dirais que ça offre une redondance, une independence de la politique de chacun des acteurs pour les utilisateurs moyens, et peut-etre une specialisation geographique. C'est pas si mal IMO.

Avatar de Ami-Kuns INpactien
Avatar de Ami-KunsAmi-Kuns- 04/01/20 à 11:32:40

Cela permet de stimuler la concurrence et les avancés technologiques.

Avatar de Quiproquo Abonné
Avatar de QuiproquoQuiproquo- 04/01/20 à 12:20:20

Et c'est un modèle de stratégie de répartition des ressources.

Avatar de SebGF Abonné
Avatar de SebGFSebGF- 04/01/20 à 13:06:24

Ces systèmes ont surtout été motivés par la volonté de se défaire de la dépendance au GPS américain. Le positionnement par satellite est un atout stratégique non négligeable.

Et quand on voit l'imprévisibilité de l'administration US actuelle, ça ne peut que conforter les décisions de ce genre je pense.

Avatar de barlav Abonné
Avatar de barlavbarlav- 04/01/20 à 15:46:06

Un truc me surprend: ils ont des géostationnaires et ne fournissent que l'Asie pour l'instant;
C'est à la fois contre productif pour le militaire, et aussi surprenant quand à leur vision du monde;
pour moi tous les autres systèmes sont basés sur des satellites à déplacements à haute vitesse et une couverture globale du globe.
:keskidit:

Avatar de DRunco INpactien
Avatar de DRuncoDRunco- 04/01/20 à 16:23:19

D'apres wikipedia, ils sont surtout sur des MEO :

The third phase of the Beidou system (BDS-3) will include three GEO satellites, three IGSO satellites, and twenty-four MEO satellites which introduce new signal frequencies (...)

Avatar de deathscythe0666 Abonné
Avatar de deathscythe0666deathscythe0666- 04/01/20 à 19:32:57

Ils ont commencé comme nous avec EGNOS, des satellites pour améliorer le GPS et se faire la main avant de déployer un système global.
C'est cool, ça veut dire qu'on va avoir 4 constellations accessibles avec nos smartphones, donc encore plus de précision.

Et la vision de la Chine dans le monde, c'est avant tout de s'occuper de ses oignons (et ce qui se passe assez près des frontières) plutôt que d'aller casser les burnes au monde entier en considérant qu'on a Dieu pour soi.

Avatar de Ami-Kuns INpactien
Avatar de Ami-KunsAmi-Kuns- 04/01/20 à 22:02:05

Ils conquérent économiquement que militairement pour l'instant.

Avatar de sscrit Abonné
Avatar de sscritsscrit- 05/01/20 à 10:59:33

+1

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