L'affaire Instagram, des leçons à retenir

Des leçons ou des rappels

L'affaire Instagram, qui pourrait (ou non ?) exploiter sans votre consentement vos photos, est intéressante à plus d'un titre. Tout d'abord, elle rappelle que si vous ne payez pas pour un service, c'est généralement que vous n'êtes pas le client, mais le produit. Ensuite, elle montre la puissance d'emballement du réseau internet, dans le bon  et mauvais sens...

instagram

Vous êtes le produit 

Les adages concernant les services gratuits sur internet sont connus. Il y a le fameux « quand vous ne voyez pas le service, c'est que vous êtes le produit », ou encore « si vous n'êtes pas le client, c'est que vous êtes le produit ». Et il y a aussi la variante citée en introduction : « si vous ne payez pas pour un service, c'est que vous n'êtes pas le client, mais le produit ».

Ces aphorismes ne sont néanmoins pas toujours vrais. Il y a bien sûr le cas des services basés sur des associations et des organismes. Wikimedia, qui édite l'encyclopédie libre Wikipédia, en est le meilleur exemple. Il y a aussi le cas des services internet qui ne génèrent aucun bénéfice, voire qui perdent de l'argent, et où les publicités sont absentes. Mais ces derniers sont généralement subventionnés par les autres activités de l'éditeur. Google et Microsoft proposent ainsi ce genre de services, même si l'utilisateur est parfois le produit, dès lors que ses données sont utilisées ailleurs.

 

Le summum de l'utilisateur/produit est évidemment le réseau social. Si des services payants existent, c'est bien entendu l'utilisateur lui-même qui est la valeur numéro un du réseau. De Facebook à Twitter en passant par Google+, Tumblr, LinkedIn et Viadeo, même si ces deux derniers sont un peu à part du fait de leur orientation professionnelle. Et bien entendu, les applications gratuites qui se basent sur leur popularité et le social font partie de cette catégorie, dont Instagram.

À vous de mesurer le risque 

Cette affaire a ainsi le mérite de mettre en avant un fait banal : dès lors que vous utilisez un service gratuit, vous prenez le risque que vos données soient utilisées à vos dépends. L'un utilisera vos photos, l'autre lira vos emails, et lui analysera et exploitera vos achats, vos goûts, et même votre orientation sexuelle et votre religion dans certains pays (pour ceux l'autorisant). Tout ce que vous donnez pourra être exploité, point. Si vous ne voulez pas que ce soit exploité, gérez ça vous-même via votre propre serveur, votre propre blog, etc. Sinon, le risque demeurera toujours, même s'il sera souvent minime voire sans conséquence. Mais il existera.

 

Aujourd'hui, utiliser Internet sans connaitre cette notion est un non-sens et un manque de conscience évident. C'est comme ne pas connaître les règles élémentaires de la Nétiquette. C'est penser que la centralisation des données n'est pas sans conséquence. C'est ne pas savoir que le droit sur internet est équivalent à celui de la vie réelle. C'est se croire anonyme derrière son écran. C'est oublier qu'internet laisse des traces et que les effacer n'est pas toujours facile. C'est croire que télécharger gratuitement un film récent sur un site à l'allure de blog est légal.

 

Sans conscience de tous ces faits, l'usage même d'Internet est un danger en soi.

La presse très (trop ?) réactive

Enfin, l'autre constat de cette affaire Instagram est l'emballement soudain sur internet, que ce soit du côté des médias au sens large (journalistes et blogueurs) et du côté des internautes eux-mêmes. Les titres des articles publiés ces derniers jours par certains de nos confrères et blogueurs ont de quoi étonner : « FUYONS – Comment sauver vos photos hors d’Instagram et fermer votre compte » titrait ainsi Big Browser (Le Monde) mardi, « Supprimer son compte Instagram… et sauvegarder ses photos » conseillait Fredzone ce même jour. « En vue d'une monétisation, Instagram modifie ses règles et choque » s'offusquait pour sa part l'AFP, à coup de réactions tirées de... Twitter. « Instagram vous donne des boutons, supprimez votre compte simplement ! » affichait Gizmodo le lendemain. « Instagram a-t-il signé son arrêt de mort ? » s'est demandé carrément Le Point.

 

Le nombre d'articles sur le sujet a été particulièrement élevé à travers le monde, et voir autant de conseils pour quitter un service est particulièrement rare, même si Instagram n'est pas le premier à générer ce type de polémiques. Il n'empêche qu'une telle vague d'opposition n'arrive pas tous les jours, particulièrement dans les médias, qui plus est concentrée en quelques heures à peine. Rarement la presse a été si prompte à réagir d'une telle façon. La sècheresse des bonnes actualités probablement.

 

Cette vague anti-Instagram a toutefois eu quelques articles contradictoires. Dès le 18, Éric Dupin de Presse Citron s'est ainsi étonné de tout cet émoi sur le web, alors que finalement, tout ceci était tout de même un peu du déjà-vu. Le lendemain, Matthieu Stefani pour Le Plus (du Nouvel Obs) titrait « Instagram et ses CGU : beaucoup de bruit pour pas grand chose », suivi par PC World, qui s'est tout simplement demandé s'il fallait vraiment céder à la panique.

 

Cette question est légitime, mais toutefois annihilée dès lors que la presse cède elle-même à la panique en annonçant l'apocalypse et la fin du monde avant l'heure, telles des marionnettes dirigées par des Mayas. Si les médias s'affolent, les lecteurs ne peuvent qu'en faire de même, l'effet de masse faisant son œuvre. Après tout, si tout le monde le dit, c'est que c'est vrai et donc qu'il y a matière à paniquer. Non ? Une logique à méditer sérieusement.

 

Le doute, l'une des armes principales du journaliste (et du citoyen)

Enfin, concernant l'emballement médiatique, nous pouvons noter que l'affaire Instagram n'a pas été la seule à marquer la semaine. La vidéo de l'aigle royal emportant un enfant dans le parc du Mont Royal à Montréal a fait un buzz incroyable, avec plus de 22 millions de vues au moment où nous rédigeons ces lignes, soit deux jours à peine après sa mise en ligne. Or cette vidéo, qui n'est qu'un faux réalisé par des étudiants, a été reprise par de nombreux grands médias (français et étrangers) tout à fait sérieusement, certains n'émettant aucun doute, prenant pour acquis ce film soi-disant amateur... Si les effets spéciaux sont certes excellents, la naïveté de certains de nos confrères est tout de même inquiétante. Et là encore, il y a de quoi méditer.

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