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Edge : Microsoft se résigne et choisit Chromium, avec de nombreuses conséquences

Du bon, du moins bon, du pas bon
Logiciel 7 min
Edge : Microsoft se résigne et choisit Chromium, avec de nombreuses conséquences

En choisissant Chromium pour rebâtir Edge, Microsoft abandonne clairement la bataille et cherche à se simplifier la vie. La décision pose des questions techniques et fonctionnelles. Mais avec la disparition d'un concurrent, la position de Google se renforce encore, au regret de Mozilla.

La rumeur n’aura pas eu le temps de faire débat. À peine l’idée d’un abandon d’EdgeHTML commençait-elle à faire son chemin que Microsoft confirmait la nouvelle : oui, Edge va bien être reconstruit sur la base de Chromium.

Microsoft marche donc dans les pas d’Opera avant lui. Mais chez le père de Windows, ce choix aura des conséquences nettement plus importantes. Au-delà d’une décision technique répondant à des impératifs commerciaux, certains évoquent déjà les risques que cette bascule fait peser sur le web.

Adieu EdgeHTML, salut Blink

Prévoyant de lancer une préversion de ce nouvel Edge en début d’année prochaine, Microsoft travaille manifestement sur le projet depuis un bon moment. Sa participation récente au code de Chromium sur sa compatibilité ARM64 prend un sens nouveau. 

C’est tout le socle du navigateur qui change avec l’utilisation de Chromium, qui constitue pour rappel la base open source de Chrome chez Google. La société de Mountain View en est bien sûr le principal participant. Microsoft jette ainsi aux orties son moteur de rendu maison, EdgeHTML, et va se servir de Blink, comme déjà plusieurs autres navigateurs, dont Opera et Vivaldi. Un dépôt sur GitHub a d'ailleurs été créé pour l'occasion.

On ne sait pas encore dans quelles proportions Microsoft va garder l’interface et les fonctionnalités actuelles d’Edge. On imagine que l’éditeur souhaitera rendre la transition aussi transparente que possible, ses choix ergonomiques des trois dernières années étant teintés de prudence. Puisque EdgeHTML a le même rendu que les autres navigateurs pour une bonne partie des contenus, la bascule serait alors douce pour l’utilisateur.

Plateformes : une lutte plus équilibrée pour Microsoft

Mais ce ne sera que le sommet de l’iceberg, car les conséquences seront multiples. Pour le navigateur lui-même, c’est une compatibilité potentielle assurée avec tous les systèmes d’exploitation pris en charge par Chromium.

Microsoft a déjà confirmé que Windows 7 et 8.1 seraient tout de suite dans la boucle, avec une version macOS prévue pour plus tard. En théorie, rien n’empêche l’éditeur de proposer par la suite une mouture sous Linux.

La lutte avec d’autres navigateurs multiplateformes deviendra donc un peu plus égale. Les actuels utilisateurs d’Edge pourront continuer à se servir du compte Microsoft pour synchroniser leurs données et récupérer ainsi leur environnement : favoris, données de navigation, mots de passe, extensions, etc.

Encore faudra-t-il qu’Edge propose de quoi faire la différence, car il se retrouvera dans la nasse des navigateurs ayant tous la même base, seules les fonctionnalités pouvant démarquer. Face à un Chrome dont l’intégration avec le compte Google et ses multiples services est un puissant argument marketing, il faudra frapper fort.

Windows 10 1809 October EdgeWindows 10 1809 October Edge

La séparation du navigateur et de Windows

Le changement va également permettre à Microsoft de séparer son navigateur de Windows, une vieille rengaine qui trouvera ici un début de réalisation. La promesse faite pour Edge n’a jamais été tenue : le mettre à jour via le Windows Store comme n’importe quelle application.

L’annonce est cette fois claire : « Edge sera maintenant diffusé et mis à jour pour toutes les versions supportées de Windows à un rythme plus fréquent ». Microsoft ne se risque pas à préciser davantage. On sait que Chromium est mis à jour environ une fois toutes les six semaines. Le nouvel Edge pourrait donc en faire autant, comme Opera et Vivaldi. À condition que la firme adapte ses processus d’ingénierie logicielle, mais on imagine qu’elle sait ce qui l’attend avec un tel choix.

Cela signifie également un navigateur (beaucoup) plus indépendant de Windows, ce qui – là encore – ne sera pas sans conséquence. Tout éditeur souhaitant en effet publier son application dans le Store doit se servir actuellement d’EdgeHTML si des fonctions de navigation web sont présentes.

Ce qui annonce très probablement un changement radical d’attitude sur ce point l’année prochaine. La situation, pour l’instant, va quand même rester en l’état, Microsoft ne souhaitant pas démarrer tous les travaux en même temps. EdgeHTML va donc être abandonné, mais supporté pendant encore des années, une autre promesse de Microsoft. À terme bien sûr, c’est bien Blink qui règnera dans le Windows Store.

L’approche retenue par Redmond ne pouvait de toute façon pas fonctionner. Lié au cœur du système, Edge n’évoluait surtout qu’avec les mises à jour majeures semestrielles de Windows 10. Conséquence : sur le seul système où il était utilisable, Edge était de plus fractionné, puisque les entreprises notamment peuvent repousser – voire sauter complètement – les fameuses Updates du système. L’arrivée des versions mobiles pour Android et iOS allait dans le bon sens, mais trop tard.

Il aurait fallu dès le départ proposer un navigateur séparé, installable sur tous les Windows en cours de support, les plateformes mobiles et si possible un maximum de systèmes concurrents. En clair, ne pas perdre plus de trois ans à essayer d’imposer un moteur dans un monde qui avait très fort à faire.

Microsoft, participant actif du projet Chromium

Avec la décision de Microsoft, le projet Chromium se retrouve soutenu par deux des cinq GAFAM. Personne ne craindra donc pour son avenir, si tant est que le support seul de Google ne suffise pas.

Plus concrètement, cela signifie une participation active de Microsoft dans le code. Les traces récentes d’activité sur la compatibilité ARM64 étaient donc un signe bien plus vaste que le seul besoin d’avoir un Chrome optimisé pour la plateforme Windows on ARM. Ce code rejaillira de fait sur tous les navigateurs basés sur Chromium, dont (encore une fois) Opera et Vivaldi.

Au-delà des améliorations que Microsoft pourrait porter vers Chromium et son moteur Blink se pose la question des fonctionnalités. Avec Edge, l’éditeur faisait ce qu’il voulait. Avec Chromium, les décisions seront collégiales. On ne sait donc pas pour l’instant ce qu’il va advenir de capacités particulières d’Edge, surtout dans le domaine de la sécurité. Par exemple, sa faculté à être lancé dans un environnement virtualisé pour couper court à tout risque lié à la navigation.

Notez que rien n’empêcherait Microsoft de partir dans sa propre direction avec dérivé (fork) de Blink. Après tout, ce dernier est un fork de Webkit, créé par Google qui ne s’entendait plus avec Apple sur les priorités de développement du moteur.

Isolé, Mozilla regrette la décision de Microsoft

La bascule vers Chromium entraine pour Google la disparition d’un concurrent, même mineur. Le triomphe de Chromium n’est pas considéré cependant d’un bon œil par tous. Mozilla, en particulier, s’en inquiète dans un billet de blog.

Chris Beard, directeur général de Mozilla Corp., comprend que d’un « point de vue commercial, la décision de Microsoft semble avoir du sens ». Et pour cause : « Google est si près du contrôle quasi total de l'infrastructure de nos vies numériques que continuer de le combattre pourrait s'avérer peu rentable ».

Pour le responsable, le choix de Microsoft ne peut que mener au renforcement de Google, donc à un étouffement d’Internet tel que nous le connaissons. « Mozilla est en concurrence avec Google non pas parce que c'est une bonne occasion de faire des affaires » pointe Beard, mais « parce que la santé d'Internet et de nos vies numériques dépendent de la concurrence et du choix ».

Le principal risque pour Mozilla ? On le devine aisément : un affaiblissement du rôle du W3C (le consortium où sont édictés les standards du web) et l’envie chez les développeurs web de se concentrer sur une base et un moteur représentant une grande majorité d’utilisateurs, puisque Chrome écrase déjà la concurrence. Chris Beard ajoute : « C'est ce qui s'est passé lorsque Microsoft disposait d'un monopole sur le marché des navigateurs au début des années 2000 avant la sortie de Firefox », signalant que le danger pourrait se reproduire.

On soulignera toutefois une différence de taille. Quand Firefox 1.0 a débarqué, il faisait souffler un vent de fraicheur face à un Internet Explorer 6 certes sclérosé, mais surtout dont le code était fermé. Ce n’est pas le cas de Chromium, dont tout un chacun peut inspecter le développement et la direction prise.

Mozilla, qui a profité de la récente conférence Qualcomm pour confirmer qu’une mouture ARM64 de son navigateur pour Windows verrait bien le jour, demande donc aux internautes de jeter « un nouveau coup d’œil à Firefox », qui a « considérablement évolué depuis les 18 derniers mois ».

D’un strict point de vue concurrentiel, on peut se demander d’ailleurs si Microsoft n’a pas considéré la possibilité d’utiliser Gecko et le reste des éléments de Firefox pour rebâtir Edge. Voilà une décision qui aurait provoqué une véritable onde de choc.

61 commentaires
Avatar de SebGF Abonné
Avatar de SebGFSebGF- 08/12/18 à 08:17:53

D’un strict point de vue concurrentiel, on peut se demander d’ailleurs si Microsoft n’a pas considéré la possibilité d’utiliser Gecko et le reste des éléments de Firefox pour rebâtir Edge. Voilà une décision qui aurait provoqué une véritable onde de choc.

Outre le choix purement commercial et politique, j'ai aussi l'impression que Chromium est facilement "forkable" tout en bénéficiant de ses évolutions.
Quand je vois Vivaldi (de mon regard externe) qui indique dans ses releases être passé à Chromium xxx, j'ai grosso merdo l'impression que le dev du navigateur c'est une branche qui est régulièrement rebased depuis la master sur laquelle une surcouche s'applique.
Il y a le fait aussi que l'IHM est développée avec du langage web, ce qui doit apporter une certaine facilité j'imagine.

Est-ce que Gecko aurait eu la même souplesse ? Je sais qu'il y a des forks de Firefox, mais ne saurais dire si c'est aussi aisé de l'utiliser pour construire son propre brouteur que Chromium.

Après, je regrette ce choix, tout comme j'ai regretté pour Opera à l'époque et qu'aujourd'hui j'ai du faire cette concession avec Vivaldi. J'ai beau avoir du voir Edge 3 fois dans ma vie, la domination de Google sur le Web ne fait que de s'appuyer et ce n'est jamais une bonne nouvelle.

En gros, il ne reste plus que Blink, Webkit (dont est issu Blink) et Gecko ? Apple étant très indépendantiste, je doute que Safari embraye, donc Mozilla est clairement dans la merde face à deux aussi puissantes compagnies. Sauf si elles la maintiennent sous perf histoire d'avoir une concurrence fantoche pour faire plaisir aux autorités.

Avatar de GlamSlam INpactien
Avatar de GlamSlamGlamSlam- 08/12/18 à 08:50:16

Webkit n'a rien de dangereux, surtout sinon le compare à IE de l'époque.

Le fait d'avoir un moteur commun qui évolue en même temps simplifiera la vie des développeurs et des utilisateurs...

Avatar de PtiDidi Abonné
Avatar de PtiDidiPtiDidi- 08/12/18 à 09:07:47

Le soucis c'est plutôt l'écosystème qui va être moins compétitif et du coup moins innovant.
Un tres bon article sur le sujet (en anglais)https://css-tricks.com/the-ecological-impact-of-browser-diversity/

Avatar de dvr-x Abonné
Avatar de dvr-xdvr-x- 08/12/18 à 09:28:09

Le changement de direction peut être.. Ils cherchent la facilité et encore plus de bénéfices. C'est clairement un aveu d'impuissance et de facilité, je trouve, d'adopter Chromium pour MS.
Autant Opera, on peut le comprendre, c'est une petite structure par rapport à MS et Google, autant MS, ils baissent les bras un peu vite.

"Il aurait fallu dès le départ proposer un navigateur séparé, installable sur tous les Windows en cours de support, les plateformes mobiles et si possible un maximum de systèmes concurrents."

 Très clairement !!!

Édité par dvr-x le 08/12/2018 à 09:28
Avatar de Trit’ Abonné
Avatar de Trit’Trit’- 08/12/18 à 09:31:24

SebGF a écrit :

Est-ce que Gecko aurait eu la même souplesse ? Je sais qu'il y a des forks de Firefox, mais ne saurais dire si c'est aussi aisé de l'utiliser pour construire son propre brouteur que Chromium.

On peut pas vraiment le savoir, dans la mesure où les deux principaux forks de Firefox (on ne compte pas Iceweasel ou GNU Icecat, qui n’existent qu’à cause de désaccords sur la licence et le fait que le nom « Firefox » et son logo sont des marques déposées, mais qui sont des clones synchronisés avec Firefox) ont été conçus par refus des évolutions imposées par Mozilla :

  • Waterfox : fork créé par refus de l’abandon des extensions XUL (lesquelles ont été de toute façon supprimées de la boutique d’extensions de Mozilla, donc il n’a plus de raison d’être, surtout qu’il reste bloqué sur une base FF56, largement obsolète aujourd’hui en termes de sécurité).
  • Palemoon (et son fork Moonchild sur les BSD) : encore pire que Waterfox, car non seulement il fut créé par refus de l’abandon des extensions XUL et refus aussi des extensions WebExtensions, mais aussi par refus du passage à l’interface Australis (et sur HTML5test, il dépasse pas le niveau de prise en charge HTML5 de FF29, sorti en 2015…).

Bref, à ce jour, si on ne considère que les navigateurs potables (donc exit les deux horreurs du dessus), il ne restera plus que Firefox comme navigateur utilisant autre chose que WebKit/Blink sur PC/Mac et Android. Pour combien de temps ?

Avatar de L4igleNo1r INpactien
Avatar de L4igleNo1rL4igleNo1r- 08/12/18 à 10:03:39

Le code de EdgeHTML sera-t-il libéré ? Je trouve que sa serait bien, il y a peut-être des choses simpa à récupérer dedans.

Avatar de Commentaire_supprime Abonné
Avatar de Commentaire_supprimeCommentaire_supprime- 08/12/18 à 10:27:40

D’un strict point de vue concurrentiel, on peut se demander d’ailleurs si Microsoft n’a pas considéré la possibilité d’utiliser Gecko et le reste des éléments de Firefox pour rebâtir Edge. Voilà une décision qui aurait provoqué une véritable onde de choc.

JVachez is dead... :troll::troll::troll::troll::troll:

Plus sérieusement, c'est un bilan mitigé. D'un côté, Microsoft n'a plus le droit de vie ou de mort sur le monde numérique en général et Internet en particulier, mais de l'autre, c'est Google qui le remplace...

Trit’ a écrit :

Bref, à ce jour, si on ne considère que les navigateurs potables (donc exit les deux horreurs du dessus), il ne restera plus que Firefox comme navigateur utilisant autre chose que WebKit/Blink sur PC/Mac et Android. Pour combien de temps ?

Il est bien là l'enjeu. Remettre un troisième voire un quatrième concurrent dans la boucle. Qui va s'y coller ? Apple avec Safari ? Je verrais bien un ou deux challengers se lancer. Le problème, c'est qui est-ce qui en a envie + les moyens ? À suivre, du moins l'espère...

Avatar de dylem29 INpactien
Avatar de dylem29dylem29- 08/12/18 à 11:01:37

Les options pour remplacer Google sont légions.

Sur mobile, suffit d'installer un LineageOS avec un F-Droid.L
Sur PC, utiliser Qwant, ownCloud, avec un Firefox.

Ce n'est pas ce qu'il y a de mieux, mais je ne pense pas que ce soit pire qu'à l'époque d'IE6.

Avatar de Ricard INpactien
Avatar de RicardRicard- 08/12/18 à 11:03:40
Édité par Vincent_H le 10/12/2018 à 10:14
Avatar de dylem29 INpactien
Avatar de dylem29dylem29- 08/12/18 à 11:07:49
Édité par Vincent_H le 10/12/2018 à 10:14
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  • Introduction
  • Adieu EdgeHTML, salut Blink
  • Plateformes : une lutte plus équilibrée pour Microsoft
  • La séparation du navigateur et de Windows
  • Microsoft, participant actif du projet Chromium
  • Isolé, Mozilla regrette la décision de Microsoft
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