Lutte contre le terrorisme sur Internet : la stratégie de l’escalade

La petite tête qui monte qui monte
Droit 4 min
Lutte contre le terrorisme sur Internet : la stratégie de l’escalade
Crédits : Andy445/iStock

Dans la lutte contre le terrorisme, les géants des services en ligne multiplient les témoignages pour traquer la diffusion de ces contenus. Oscillant entre le wagon de queue et la locomotive, le ministère de l’Intérieur français leur demande malgré tout davantage d’efforts.

Facebook, Microsoft, Twitter et YouTube, la plateforme d’hébergement de vidéo de Google, annoncent la création d’un forum mondial contre le terrorisme. Cette instance est motivée par le souhait de ces géants de travailler ensemble et partager leurs technologies pour lutter contre ces contenus en ligne. Une manière de plus de répondre aux critiques systématiquement adressées après chaque attentat.

Les premiers sujets d’étude sont déjà fixés au sein de ce centre : « nos entreprises travailleront ensemble pour affiner et améliorer les travaux techniques conjoints existants, telle la Shared Industry Hash Database ».

Du réchauffé

À dire vrai, il n’y a rien de nouveau, cette base de données a déjà été créée par ces mêmes acteurs en décembre dernier. Elle vise à mettre en commun les empreintes numériques des contenus déjà évincés de leurs serveurs (notre actualité) pour en faciliter le traitement par l’ensemble des hébergeurs.

Certes, ces acteurs promettent aussi de nouvelles techniques de classification des contenus par utilisation de l’apprentissage machine (machine learning). Mais l’essentiel de l’annonce sent un peu le réchauffé : le communiqué officiel évoque des contrediscours, « déjà mis en place », de « meilleures pratiques » alors que « nous nous associons déjà à des organisations comme le Center for Strategic and International Studies, l’Anti-Defamation League et la Global Network Initiative ». Bref, l’enjeu est que ce forum « formalisera et structurera les domaines de collaboration existants et futurs entre nos entreprises tout en favorisant la coopération avec les PME des nouvelles technologies, la société civile, les universitaires, les gouvernements et les organes supranationaux tels l'UE et l'ONU ».

Des manifestations bruyantes

Ces derniers mois, ces grands acteurs ont multiplié les manifestations bruyantes pour expliquer à qui veut l’entendre qu’ils sont tout sauf passifs dès lors qu’il s’agit de lutter contre le terrorisme. Pas plus tard que la semaine dernière, Facebook et YouTube apportaient d’autres témoignages de cette implication, évoquant un savant dosage entre intelligence artificielle et traitements humains pour éviter la propagation des contenus illicites.

Toujours en juin, la Commission européenne, un œil externe, avait dressé un bilan de son accord avec Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft. Ces quatre mastodontes s’étaient là encore engagés à examiner et traiter en moins de 24 heures les signalements adressés contre les discours haineux. Bruxelles saluait une évolution dans laquelle « le nombre de signalements examinés dans un délai de 24 heures est passé de 40 % à 51 % au cours de la même période de six mois. Facebook est toutefois la seule entreprise à atteindre pleinement l'objectif d'examiner dans la journée la majorité des signalements reçus ». 

Malgré ces efforts affichés, le ministère de l’Intérieur français a appelé hier encore « les opérateurs internet à aller plus loin à travers notamment l'utilisation d'outils de détection automatique », estimant déjà « que des mesures législatives pourraient être envisagées au niveau de l'UE pour compléter ce dispositif, si nécessaire ».

Et celui-ci de profiter de cet échange avec Julian King, commissaire européen chargé de l'Union de la sécurité, pour rappeler également « l'importance de trouver des solutions techniques aux défis posés par le chiffrement dans le cadre d'enquêtes pénales ».

Raboter centimètre après centimètre le statut des intermédiaires

Du réchauffé là aussi : cette ligne a déjà été évoquée avec Theresa May dans le cadre d’un plan antiterroriste commun entre la France et le Royaume-Uni, rêvant de filtrage, liste noire, liste blanche et accès aux données chiffrées. Mais plutôt que de saluer ces potentiels progrès, l'essentiel est d'accentuer la pression sur les épaules des intermédiaires du Net avec pour effet, sinon pour objectif, de raboter centimètre après centimètre, le statut particulier réservé à ces acteurs.

Rappelons que leur rôle est canalisé par une directive de 2000 sur la société de l’information. Si ces acteurs n’ont pas d’obligation générale de surveiller les flux passant entre leurs mains, ils doivent supprimer sans attendre les contenus qualifiés de manifestement illicites. Cette législation avait été envisagée à l’époque pour préserver d’autres fondamentaux que la sacro-sainte sécurité : la liberté d’expression et la liberté d’entreprendre. Rendre les intermédiaires plus directement responsables des contenus qu’ils ne peuvent surveiller, c’est préparer les ingrédients d’une remise en cause de ces deux autres piliers.

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