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Sous l'oeil de la Hadopi, l’appétit des 8-14 ans pour « la fast culture »

Harder better faster stronger
Droit 5 min
Sous l'oeil de la Hadopi, l’appétit des 8-14 ans pour « la fast culture »
Crédits : Marc Rees

Que font les très jeunes sur les écrans ? C’est ce qu’a voulu savoir la Hadopi dans le cadre d’une étude qualitative publiée aujourd’hui. Le document, long de 85 pages, a pour objectif de sonder les pratiques des 8-14 ans, la génération dite des « smartphone native » dopée au streaming et à Facebook.

Cette étude menée avec l’institut June Marketing - MSM est l’une des nombreuses initiées par la rue de Texel dans le cadre de sa mission légale d’observation. Une soixantaine de jeunes ont été auditionnés au fil d’entretiens, nourris par des carnets quotidiens où ceux-ci répertoriaient leurs pratiques de consommation.

L’étude fait des constats assez évidents, à savoir qu’un jeune va au fil des années, se tourner plus en plus vers des contenus dématérialisés. À partir de 10 ans, par exemple, ils « n’écoutent plus de CD ni ne regardent de DVD » préférant se gorger des vidéos des YouTubers, abandonnant tout autant les contenus destinés aux enfants pour des « artistes aux textes plus complexes ou plus transgressifs » tels Jul ou Booba. Bref, plus ils grandissent, plus la consommation se dématérialise, plutôt en faveur des accès payants pour les foyers CSP+ et les accès gratuits chez les CSP-.

Appétence pour la fast culture, facile, gratuite, rapide

Sur cette évolution, YouTube est considéré comme le principal canal de découverte. « YouTube façonne les usages et attentes des 8-14 ans en termes de gratuité et d’accès en streaming. Il détermine également le modèle de réussite « au nombre de vues » des artistes, à travers l’exemple des Youtubers, faisant passer au second plan la question des revenus générés par la création. »

La génération réclame d’ailleurs des biens culturels numériques faciles d’accès, gratuits et rapides à consommer. Soit le modèle de la plateforme de Google, notamment. Voilà donc ouverte « l’ère de la fast culture » résume la Hadopi. Ces pratiques parfois compulsives ont aussi des effets sur la question de la valeur qui « ne réside plus tant dans l’œuvre et sa création que dans le service, la mise à disposition, et la praticité de la consommation ». Les salles de cinéma, les concerts, les livres papier et les jeux sur console restent les derniers bastions où la culture est encore valorisée.  

De l’illicite, sans le savoir

« Une très grande majorité des enfants ont des pratiques illicites sans même le savoir » remarque la haute autorité. La question de cette frontière ne se pose d’ailleurs même pas pour ces jeunes : « rien ne leur permet de faire une distinction claire entre une pratique licite et une pratique illicite ». Le concept même de droit d’auteur est qualifié de « lointain ». Constat douloureux pour celle qui tente depuis des années, à coup de labels, de bien identifier les sources d’apparence licites sur les réseaux.

En affinant, « seuls les plus âgés (classes de 4e et 3e) peuvent évoquer le caractère illicite de leurs pratiques », notamment après réception d’un avertissement de la Hadopi, d’une recommandation d’un proche ou des médias. Il reste que « leur souci principal est d’accéder à l’oeuvre qu’ils recherchent, souvent sans se soucier des questions de légalité »

Avec l’âge, la méconnaissance laisse place à l’intuition. Chez des jeunes de 13 et 14 ans, plusieurs critères permettent de flairer une source illicite : des films récents, de la publicité, des contenus de mauvaise qualité ou dont le nom est évocateur K-streaming, Streaming.fr, Gum Gum Streaming, ou le très parlant cpasbien.com. 

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Crédits : Hadopi

« Nom du film + complet + VF »

Néanmoins l’appétence est là. Dès 8 ou 9 ans, le jeune utilise des moteurs avec l’expression « nom du film + complet + VF ». À partir de 10 ans, ils utilisent des convertisseurs de MP3 pour une écoute hors connexion. Au-delà de 13 ans, « les adolescents découvrent des applications plus pratiques pour télécharger de la musique (IMusic, Amerigo, etc.) [et] davantage de sites et services (y compris illicites) de visionnage en streaming sont intégrés à leurs pratiques (PopCorn Time, Voir-films, etc.) »

Avec l’âge donc, les pratiques se densifient, deviennent plus complexes, avec toujours une grosse préférence pour le streaming. Pour les films, le téléchargement définitif est délaissé. Pour la musique, nombreux jeunes connaissent YouTube MP3, YouTube 2 MP3, MP3 Juices, Imusic, Mixerbox, Amerigo, Youzik, tous calibrés pour accompagner leur consommation nomade de musique. Et le pair-à-pair ? Il est tout simplement méconnu.

Conclusion de la Hadopi : « C’est ainsi au début de l’adolescence que les usages illicites s’installent. En se détachant peu à peu de la surveillance parentale exercée sur l’accès à Internet, les enfants construisent leurs propres expériences des pratiques culturelles dématérialisées, et définissent ainsi leur propre rapport à la licéité des contenus consommés – ou absence de rapport, ces notions de contenus licites ou illicites étant floues pour eux ».

Message de la Hadopi aux parents

Sachant que plusieurs jeunes ont fait part de leurs craintes à l’égard de certains risques cyber, tels virus, l’exposition à des contenus inappropriés, le cyberharcèlement, etc., la Hadopi recommande aux parents de mieux valoriser le travail des créateurs, d’expliquer les enjeux financiers tout en accompagnant l’enfant pour l’aider à mieux tracer la frontière entre le licite et ce qui ne l’est pas.

Au-delà, le document pourra surtout être utilisé pour remettre au chaud une mise à jour législative visant les sites de streaming illicite. Un sujet sur lequel la Hadopi travaille de longue date, d'autant qu'elle se retrouve face à un P2P tombé en désuétude pour cette génération en devenir.

 

59 commentaires
Avatar de tpeg5stan Abonné
Avatar de tpeg5stantpeg5stan- 01/06/17 à 15:25:32

 Le concept même de droit d’auteur est qualifié de « lointain »
en même temps, ne pas s'y connaître en droit quand tu as 8 ans, c'est compréhensible. Par contre confondre vol et contrefaçon, copyright et droit d'auteur quand tu es adulte ou pire encore que tu fais de la politique, c'est problématique :transpi:
la Hadopi recommande aux parents de mieux valoriser le travail des créateurs, d’expliquer les enjeux financiers tout en accompagnant l’enfant pour l’aider à se mieux tracer la frontière entre le licite et ce qui ne l’est pas.
et quand on va découvrir que les parents s'y connaissent moins que les enfants ?:roll:

Avatar de jb18v Abonné
Avatar de jb18vjb18v- 01/06/17 à 15:40:49

on peut aussi très bien savoir tracer la frontière mais n'en tenir aucun compte :D

Avatar de atomusk INpactien
Avatar de atomuskatomusk- 01/06/17 à 15:41:23

la Hadopi recommande aux parents de mieux valoriser le travail des créateurs, d’expliquer les enjeux financiers tout en accompagnant l’enfant pour l’aider à se mieux tracer la frontière entre le licite et ce qui ne l’est pas.

Comment des parents qui ont pris l'habitude d'enregistrer les films sur les magnétoscopes, ou la radio sur cassette, puis on "rippé" des CD en MP3 actions qui ne sont "légales" qu'au vu du paiement de la redevance copie privée peuvent expliquer que "ripper" une musique depuis Youtube serait illégal ? :keskidit:

Aider les enfants à comprendre que le concept de "gratuité" est plus compliqué que l'échange financier est une chose, mais de là à être capable d'expliquer précisement les concepts de légalité, j'ai de gros doutes que le "parent moyen" en soit capable :transpi:

Avatar de RuMaRoCO Abonné
Avatar de RuMaRoCORuMaRoCO- 01/06/17 à 15:44:34

:heben:
 Et l'Hadopi découvrit que si un parent ne tape pas sur les doigts de son enfants lorsqu'il prend un bonbon sans
en avoir l'autorisation et bien il le prend...:troll:

Éducation, responsabilité, sens moral et civique tout ça tout ça ....   :reflechis:

Au delà de cela, les pratiques révélées ne sont-elles pas plutôt lié aux droits dérivés qu'au droit d'auteur en lui-même ? 
Les enfant et ados ne s'approprie pas les œuvres est déclarant qu'ils en sont l’auteur. Il les "consomment" sans autorisation.  

Avatar de Sheepux Abonné
Avatar de SheepuxSheepux- 01/06/17 à 15:53:27

C'est compliqué aussi... l'artiste/auteur la maison d'édition met sa la musique sur YouTube pour la faire découvrir... mais après se plaint que les jeunes l'écoutent en boucle sur YouTube.

Avatar de atomusk INpactien
Avatar de atomuskatomusk- 01/06/17 à 16:00:32

RuMaRoCO a écrit :

Les enfant et ados ne s'approprie pas les œuvres est déclarant qu'ils en sont l’auteur. Il les "consomment" sans autorisation.  payer directement dans leurs poches

:cap:
:transpi:

Édité par atomusk le 01/06/2017 à 16:00
Avatar de CreaYouz INpactien
Avatar de CreaYouzCreaYouz- 01/06/17 à 16:08:26

Moi je pense plutôt que les enfants découvre car leur parents n'ont rien à carrer du droit d'auteur et leur trouve un film complet sur youtube pour avoir 1h30 de tranquillité.

Donc quand le gamins qui n'est pas stupides voie son père taper "LePetitDino film complet" sur google il a capté le truc :mdr:

Bon courage à eux pour mettre le streaming dans leur boucle de repression de merde. Ils vont suivre tout les différents liens streaming, pour demander à un site offshore de bien vouloir lui filer les adresses IP des gens qui se connecte dessus ? :mdr2:

Avatar de lepalois INpactien
Avatar de lepaloislepalois- 01/06/17 à 16:11:28

Pour un vieux (que je suis) attendre qu'un film sorte en DVD est (très) compliqué alors pour les jeunes....

Avatar de steinfield INpactien
Avatar de steinfieldsteinfield- 01/06/17 à 16:25:59

J'ai 31 ans,  une petite fille de 2 ans, je suis bien au fait des notions de légalité/juridiques, et s'il y a bien une chose que je ne lui interdierai pas dans quelques années, c'est de télécharger. Limite je lui montrerai comment faire ça intelligemment.  Et il sera toujours temps d'aborder les solutions légales quand elle sera plus responsable. Bien entendu, si le "système" est tel qu'il existe aujourd'hui.

Par contre, je serai bien plus attentif à ce qui se passe niveau réseaux sociaux, chat et sites de cul.

J'ai espoir que les choses soient globalement différentes dans 10 ans. Quand la majorité des ados sera composée des enfants de la première génération "geek ouverte" (pas trouvé le mot adéquat), très sensibilisée à tout ce qui existe sur internet,au fait des possibilités technologiques, et pouvont complètement accompagner ses enfants dans cette jungle.

Édité par steinfield le 01/06/2017 à 16:26
Avatar de Coeur2canard Abonné
Avatar de Coeur2canardCoeur2canard- 01/06/17 à 16:30:02

Je trouve ce texte un peu à l'ouest et assez loin de la réalité. On n'est pas loin de la journée idéale du chercheur d'emploi de Pôle Emploi là... 

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