Vous n'avez pas encore de notification

Page d'accueil

Options d'affichage

Abonné

Actualités

Abonné

Des thèmes sont disponibles :

Thème de baseThème de baseThème sombreThème sombreThème yinyang clairThème yinyang clairThème yinyang sombreThème yinyang sombreThème orange mécanique clairThème orange mécanique clairThème orange mécanique sombreThème orange mécanique sombreThème rose clairThème rose clairThème rose sombreThème rose sombre

Vous n'êtes pas encore INpactien ?

Inscrivez-vous !

[Interview] La Quadrature du Net « ne frappera plus aux portes qui ne veulent pas s’ouvrir »

Changement géométrique
Droit 7 min
[Interview] La Quadrature du Net « ne frappera plus aux portes qui ne veulent pas s’ouvrir »
Crédits : Inria Actus (Licence CC BY 2.0)

« La Quadrature du Net sort de l’état d’urgence ». Par ce communiqué publié hier, l’initiative annonce un sérieux changement de cap dans sa stratégie. « On est en train de s’épuiser à quelque chose qui ne fonctionne pas » nous explique en ce sens Adrienne Charmet, la coordinatrice des campagnes à LQDN.

Dans votre communiqué, vous estimez avoir perdu du temps sur les différents dossiers suivis en France. Pourquoi ?

Ce n’est pas tant qu’on estime avoir perdu du temps, on refuse surtout d’en perdre davantage. On ne regrette absolument rien de ce qu’on a fait. En revanche, on a l’impression qu’il y a un vrai problème entre ce qui se passe dans les discussions avec les parlementaires ou les cabinets, et la réalité, ce qui est voté derrière. De notre côté, on passe beaucoup de temps à échanger avec les acteurs politiques, au sens large. Ils sont en demandes d’explications, nous écoutent, mais au final se dégonflent quand il s’agit d’aller voter. Très peu d’élus vont aller concrètement défendre ce qu’ils pensent. De même, au niveau des cabinets, il y a une très grande frilosité à aller défendre ces positionnements au sein des réunions interministérielles.

De notre côté, entre passer la moitié de notre temps à batailler pour faire changer une demi-phrase dans un amendement ou passer ce temps-là à réfléchir, écrire et former des gens, on choisit d’aller là où on est efficace.

Il n’y a qu’une Quadrature du Net en France. N’est-ce pas risqué de laisser ainsi le champ libre ?

D’un, ce serait un peu prétentieux de penser qu’on est les seuls à pouvoir faire quelque chose. De deux, est-ce que réellement quiconque est capable de faire quelque chose en ce moment au niveau du Parlement ?

Pour les questions culturelles et sécuritaires, on est face à un blocage systématique, une « hystérisation » du débat. Nous ne délaissons pas le champ politique, simplement, on va l’investir autrement. Cela ne nous empêchera pas de dire ce que l’on pense, mais en revanche, on ne peut pas mâcher systématiquement le travail pour rien. Si des acteurs politiques croient en ce que nous proposons, ils pourront s’en emparer pour le porter. Pour notre part, on ne passera plus notre temps à frapper à des portes qui ne veulent pas s’ouvrir.

Est-ce une forme de stratégie de l’électrochoc ? Pensez-vous vraiment que cela va marcher ?

Ce n’est pas du tout une stratégie de l’électrochoc, on n’a pas cette prétention-là. Nous ne sommes pas assez puissants pour dire cela. On espère simplement que cela va en faire réfléchir certains. Vraiment, notre réflexion est de se dire qu’on est en train de s’épuiser à quelque chose qui ne fonctionne pas.

Nous avons quand même au sein du monde des assistants parlementaires, notamment, des gens bien formés, convaincus, compétents. Eux sauront chercher l’information. Pour le reste, notre nécessité est vraiment d’agir là où on peut avoir plus d’impact. Et tant pis si plus personne n’écrit des amendements pour les parlementaires.

Vous allez donc faire moins de suivi législatif français. Peut-on en déduire que votre suivi européen va s’en trouver renforcé ?

En ce moment, nous travaillons sur la directive antiterroriste. On va continuer, car pour l’instant, notre jugement sur la politique européenne est potentiellement moins sévère même si la situation se dégrade à l’image de celle de la France. Tant que le paysage politique restera assez ouvert, on travaillera à ce niveau, en cherchant à agir à cette échelle en liaison avec les associations européennes qui nous ressemblent. Cela aura aussi une influence sur le niveau français. Je pense notamment ici au sujet des plateformes.

Sur ce sujet, la France est pourtant un merveilleux tremplin pour les réformes européennes. Pourquoi ne pas le traiter à sa source ?

Ce n’est pas ainsi qu’on le prend. Oui, la France est probablement en pointe dans la volonté de changement de statut des plateformes, en revanche, on sait que cela passera par des réglementations européennes. Cela ne veut pas dire qu’on ne va plus s’occuper de ce qui se passe en France. Ce n’est pas du tout cela.

Sur la partie législative, si on va se concentrer davantage sur le chapitre européen, sur la partie réflexion, on ne s’interdit pas du tout de travailler ce qui se passe dans notre pays. Typiquement, sur la question des plateformes, on sait qu’il s’agit d’un sujet crucial, mais, avant de pouvoir proposer des orientations, on a besoin de travailler ce thème. Avant, nous manquions de temps, occupés à faire des batailles de demi-virgules dans les amendements.

Concrètement ?

Concrètement, on a besoin de renforcer notre doctrine. Le terme est très religieux ou militaire, mais c’est un peu ça : on doit prendre du temps pour soit réactualiser soit enrichir des réflexions déjà en cours.

Pour donner un exemple très simple, on est à peu près tous d’accord entre nous à la Quadrature sur la nécessité du droit au chiffrement. Si on a pris de nombreuses positions publiques sur l’affaire Apple-FBI, en revanche, on n’a jamais eu le temps d’écrire, présenter d’argumenter une proposition nourrie qui soit un « truc » qui reste et sur lequel on pourra s’appuyer. En ce sens, nous avons besoin d’expertises techniques, policières, économiques. Une autre question sur laquelle on veut se pencher depuis longtemps, le Big Data, dans tout ce qui touche à la vie privée et au profilage.

Pour revenir encore une fois sur le sujet des plateformes, un petit exemple : systématiquement, quand on aborde le sujet des GAFA, on bute sur la question de la fiscalité. Ce n’est pas notre domaine, et cela ne le sera pas, en revanche on a donc besoin d’un éclairage extérieur, car ce sujet connexe nous est systématiquement opposé. On n’a pas la science infuse, cela suppose des compétences qu’on n’a pas nécessairement en interne. Une part de notre travail va donc être orientée vers l’écoute des autres. On ne va pas devenir des girouettes, mais on sera plus nourris par ces réflexions extérieures que ce qu’on a fait jusqu’à présent.

Ne craignez-vous pas que ce changement de cap influence vos ressources financières, lesquelles reposent sur le don ?

C’est pour cela que nous essayons de nous appuyer sur deux jambes. La partie réflexion, qui ne se fera pas dans une chambre fermée. On va écrire plus, davantage se tourner vers le public en déclinant nos publications, avec des écrits, des vidéos, des graphiques à plusieurs niveaux de compréhension. La deuxième jambe est la sensibilisation. On a entamé un travail de décentralisation de nos actions depuis deux ans. Nous voulons l’approfondir, avoir plus de bénévoles capables de prendre la parole au nom de la Quadrature, d’aller faire des conférences, des ateliers, former des gens, expliquer ce qu’est la question des données personnelles, la liberté d’expression à l’ère du numérique, etc. On ne veut pas se couper de notre public !

La question des finances est effectivement un des points qui nous met dans une situation de challenge, on va dire. J’espère que les donateurs nous suivront sur cette voie-là. Et de toute façon, on n’a pas l’intention de devenir invisible. On continuera à nourrir le débat public, mais autrement.

Mais que recommandez-vous aux internautes qui s’appuyaient sur la Quadrature pour avoir ce suivi législatif ?

Beaucoup se sont mis à faire ce suivi législatif eux-mêmes, y compris sur des lois qui ne sont pas dans le spectre de la « Quadrature ». C’est une bonne chose. Des outils, des méthodes commencent à essaimer ailleurs, je pense en particulier aux appels aux parlementaires. On est très content que cela soit sorti de la « tutelle » de la Quadrature.

Encore une fois, cela ne veut pas dire qu’on n’a plus rien à dire. Il n’y a aucune raison que l’on arrête complètement d’expliquer comment fonctionne, par exemple un règlement européen, une loi française, les navettes, la CMP, etc. Pour le reste, à nous de nourrir et d’éclairer autrement. Je pense aussi qu’il y a une certaine presse qui fait très bien son travail là-dessus et encore une fois, des internautes s’y sont mis d’eux-mêmes : il y a des lois sur lesquelles je vois le même type de suivi ce que nous on a pu faire. Et c’est une très bonne chose.

Merci Adrienne Charmet

49 commentaires
Avatar de Jarodd Abonné
Avatar de JaroddJarodd- 18/05/16 à 15:15:31

Je suis moyennement convaincu. Je comprends leur besoin de faire autre chose si leurs actions sur le politique ne donne pas assez de résultat.
 En revanche, contrairement à ce que dit Adrienne, pour moi c'est la seule asso à attaquer des décrêts, à faire des QPC, etc.. Là j'ai l'impression qu'ils font faire comme plein d'autres assos, faire des billets de blog, participer à des salons, etc. Mais selon moi ça ne touche qu'un public déjà convaincu, donc ils ne peuvent pas faire exploser leur popularité. « Beaucoup se sont mis à faire ce suivi législatif eux-mêmes », ah bon, qui ? Je ne connais personne d'autre qui fait ça (et qui aurait le mérite d'être reconnu dans ce cas).
Cette décision est pour moi un aveu d'impuissance, ils rentrent dans le rang et perdent leur spécifité :crains:
Pour l'instant je resterai donateur, le temps de voir ce que ça va donner...

Avatar de Mithrill INpactien
Avatar de MithrillMithrill- 18/05/16 à 15:16:58
Édité par Vincent_H le 03/02/2017 à 07:03
Avatar de Herbefol Abonné
Avatar de HerbefolHerbefol- 18/05/16 à 15:19:23

"il y a une certaine presse qui fait très bien son travail là-dessus"
NextInpact ? :-)

Avatar de 127.0.0.1 INpactien
Avatar de 127.0.0.1127.0.0.1- 18/05/16 à 15:19:48

"On est en train de s’épuiser à quelque chose qui ne fonctionne pas."

Et béh, il n'est pas trop tard pour s'en rendre compte. J'avais l'impression de jouer les Cassandre quand je commentais ici même les actions de la QDN.

En France, t'as que trois groupes qui peuvent peser sur le législateur:

  • le groupe politique
  • le groupe syndical
  • le groupe de pression (think tank, lobby, ...)

QDN avait choisi d'être autre chose: lanceur d'alerte, documentaliste, consultant... Ca ne marche pas.
La, elle s'oriente vers le groupe de pression. C'est plus judicieux.

Avatar de Mithrill INpactien
Avatar de MithrillMithrill- 18/05/16 à 15:20:14
Édité par Vincent_H le 03/02/2017 à 07:03
Avatar de Mithrill INpactien
Avatar de MithrillMithrill- 18/05/16 à 15:23:46
Édité par Vincent_H le 03/02/2017 à 07:03
Avatar de yvan Abonné
Avatar de yvanyvan- 18/05/16 à 15:37:43

Prise de conscience intéressante.

 L'étape d'après est de se rendre compte que le peuple non plus ne pèse guère sur le parlement et que la gouvernance sur certains sujets (par ex. la sécurité ou le copyright) se fait ailleurs et que les parlementaires ne sont là que pour avaliser ce que leur groupe politique leur impose d'avaliser.

La troisième étape devenir anti parlementaristes?

Chaque génération militante redécouvre la roue c'est triste.

Avatar de anonyme_d5bf0b9f87fd15affa58563db3b0ac5d INpactien

J'ai plutôt l'impression du contraire :

  • la Quadrature du Net en a assez de faire en priorité du lobbying auprès des élus qui ne les écoutent pas (frapper aux portes qui ne veulent pas s'ouvrir)
  • la Quadrature du Net va plutôt essayer de s'adresser plus souvent au grand public en faisant de la sensibilisation, et de se coordonner avec des groupes de pression ou ONG situés dans d'autres Etats européens.
Édité par joma74fr le 18/05/2016 à 15:43
Avatar de anonyme_d5bf0b9f87fd15affa58563db3b0ac5d INpactien

Peut-être que quelques citoyens découvrent bizarrement que la Ve République est plutôt un régime semi-parlementaire d'initiative présidentielle ?

Avatar de levieuxtoby INpactien
Avatar de levieuxtobylevieuxtoby- 18/05/16 à 15:44:52

Ça fait beaucoup penser à la théorie de Bayart selon laquelle il vaut mieux créer les alternatives dès que c'est possible et à chaque fois que c'est possible plutôt que d'attendre l'an 01 (oui je sais il fait partie du conseil d'orientation de LQDN). Éduquer le plus possible pour mettre les décisionnaires au pied du mur, plutôt que l'inverse ?

Il n'est plus possible de commenter cette actualité.
Page 1 / 5