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[Interview] Mathieu Gasquy (Western Digital) : « trop de redevance copie privée tue la redevance copie privée »

La courbe de Laffer v 2.0
Economie 7 min
[Interview] Mathieu Gasquy (Western Digital) : « trop de redevance copie privée tue la redevance copie privée »
Crédits : Claudio Arnese/iStock/ThinkStock

Mathieu Gasquy, responsable des ventes EMEAI (Europe, Middle East, Africa, India) de Western Digital occupe désormais un siège en Commission Copie privée parmi les industriels. Il a bien voulu répondre à nos questions, touchant notamment au marché du disque dur externe en France

Vous siégez désormais au sein de la commission copie privée reformée. Est-ce la première fois ?

Western Digital était membre du Syndicat National des Supports de l'Image et d'Information (SNSII), qui fut représenté en Commission Copie privée par Marc Heraud avant la démission des industriels en 2012. Avec la reformation de la CPP, notre nouveau syndicat, l'AFNUM, a reçu deux sièges. J’ai été choisi dans ses rangs pour être l’un des deux membres permanents, avec Roberto Mauro (Samsung). C’est une bonne opportunité pour moi d’être impliqué plus directement dans ce dossier.

Quelles sont les attentes des industriels ?

D’un point de vue général, ce retour fait suite aux travaux de Christine Maugüé, qui fut désignée par la ministre de la Culture pour élaborer une feuille de route destinée à la reprise de ces réunions. À la lecture de son rapport, nous avons considéré qu’il était temps de revenir avec une attitude positive et un esprit plus serein. On veut tous essayer de coller au cap défini par ce document, qui constitue selon nous une bonne base de travail.

La première réunion organisée lundi a-t-elle déjà confirmé ce cap ?

J’ai un devoir de réserve, mais cette première réunion correspond à l'état d’esprit voulu à la fois par Christine Maugüé et Jean Musitelli, le nouveau président de la Commission qui s’en est fait le garant. Je vois donc qu’il y a une chance pour que cela puisse fonctionner à nouveau. Nous sommes certes encore au début, il n’y a pas de barème, pas même de négociation, mais ayons confiance dans notre capacité à trouver des solutions.

On est aujourd’hui bientôt en 2016 et les dernières études d’usages (qui permettent de déterminer les barèmes, NDLR) remontent je crois à 2011. Il est important pour nous d’avoir un nouvel état des lieux du marché, de savoir comment aujourd’hui les gens consomment, quelle est l’importance du streaming, des autres offres légales dont Apple Music, bref toutes ces pratiques et acteurs qui n’étaient pas nécessairement présents en 2011. Le but est qu’à partir de ces études d’usage, on puisse revenir à l’essence même de nos travaux : établir un préjudice juste visant à déterminer la redevance pour copie privée.

Que pensez-vous de ce concept d’ailleurs ?

Nous le validons, on ne refuse pas la copie privée, on y adhère. Nous souhaitons juste une mise à jour des études d’usages afin d’avoir à la fin une structure de barèmes conforme à la réalité. Avec ce qui a été proposé par Christine Maugüé, le rapport Rogemont et la présidence de Jean Musitelli, nous avons toutes les chances pour que cela se fasse de manière constructive. On a bien vu que lorsque ce n’était pas le cas, on arrivait à une situation de blocage comme il y a trois ans.

Comment se porte aujourd’hui le marché du disque dur externe ?

D’après les dernières estimations de GFK, le poids du marché gris est estimé en France à 29 %. En 2014, il était de 27 %. En 2013, 25 %. Si on entre dans le détail, plus on augmente en capacité, plus la redevance est élevée. Sur certains points de capacité, on est largement au-dessus des 50 % car ces produits ne sont plus commercialement viables au travers des canaux légitimes, ceux qui respectent la redevance copie privée.

4 To c’est 60 euros de redevance, hors TVA. En Italie, c’est 20 euros, en Allemagne, c’est 9 euros. En Espagne et en Angleterre, c’est 0. À 60 euros HT, le produit n’est pas viable en France. On ne peut même pas le mettre dans un canal de distribution, dans les rayons de la FNAC, de Boulanger. On ne peut juste « pas les vendre » si ce n’est sur les marketplaces depuis l’étranger. La situation ressemble à ce qu’ont connu le CD et le DVD vierge.

Et pour les capacités moindres ?

La situation est identique pour le 3 To (45 euros HT de RCP, ndlr) ou le 2 To (30 euros HT). Ce sont des produits qui marchent en France, mais où le poids du marché gris va là encore bien au-delà de 29 %. Dans un canal légitime, cette situation génère un décalage énorme et cela constitue un obstacle à notre business.

Dans une vision cynique, on pourrait imaginer que le fabricant soit toujours gagnant : un disque dur vendu en France depuis la Pologne, c’est un disque vendu. Mais c’est justement l’inverse. Je vais vous expliquer pourquoi nous nous retrouvons dans le rôle d’une défense de la RCP et d’une application stricte de la loi : le risque est que cette catégorie de disque dur perde tout son intérêt pour nos enseignes partenaires, avec qui nous voulons travailler de manière sereine. Nos partenaires, ce n’est pas le gars qui va vendre depuis la Pologne, celui qui fait du marché gris, mais la FNAC, Darty, Boulanger, les acteurs du e-commerce.

Or, plus le marché gris augmente, plus il y a une perte d’intérêt potentiel de la part des grands noms qui se retrouvent face à une catégorie de produits difficile à travailler. Le risque est que l’espace qui va nous être consacré en magasins finira par se réduire, pour se focaliser sur des disques durs de 500 Go, où la redevance est de 11 euros. Mais voilà, le marché n’est pas là, il est sur le 2, le 3 et le 4 To. Ces disques continueront à être vendus en France, non dans les enseignes qui investissent avec nous, mais sur les marketplaces, par des gens avec qui nous n’avons aucune relation, profitant de la faiblesse du système. Le marché gris est un marché à côté, qui existe, grossit, mais qui constitue une pollution au travail des enseignes de distribution et de nos équipes.

Quel est l’intérêt de travailler avec les enseignes habituelles ?

Notre problématique est d’avoir un marché propre, car plus on vend avec des enseignes partenaires, plus on peut investir dans des campagnes publicitaires en France, travailler sur la montée en gamme. Aujourd’hui, si on fait la promotion d’un 4 To, on donne du budget marketing à des gens qui font des ventes grises. C'est de l'argent gaspillé. Cela n’aidera pas la FNAC, Boulanger, Darty. Il n’y a aucune chance de voir ces produits prospérer dans les rayons français, alors qu’en deux clics, on peut les acheter 80 euros moins cher.

Le terme est un peu exagéré, mais il y a une tiers-mondialisation du marché officiel français : les produits disponibles dans les plus grandes enseignes se concentrent sur des petites capacités sans rapport avec le marché allemand ou des autres pays. C’est extrêmement frustrant.

Si on poussait une vision cynique, on fermerait tout en France et on vendrait tout en Pologne. Nous ne sommes clairement pas dans une telle logique. Ceci représente en outre un manque à gagner dans la collecte de la redevance copie privée. On dit souvent que trop d’impôt tue l’impôt. Sur notre marché, trop de RCP tue la RCP. Il y a une évasion de montants non perçus tout comme un manque à gagner pour la collecte de la TVA du côté de Bercy.

Il y a vraiment tout un travail à faire pour renverser la courbe du marché gris pour permettre aux points de capacité de 3 et 6 To d’être vendus en France, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas. Et lorsqu’on annonce des nouveaux produits comme au prochain MedPI, on se dit déjà qu’ils ne seront pas accessibles. Plus le marché se déplace vers ces nouvelles capacités, plus on se retrouvera dos au mur et les enseignes prendront la décision de réduire l’espace alloué.

Aujourd’hui, nous sommes dans un cercle vicieux, nous aimerions un cercle vertueux pour ramener les points de capacité sur un côté « clean ». Voilà pourquoi on défend la pérennité du système contrairement à ce qu’on pourrait croire : le barème actuel engendre de l’argent à court terme, mais génère la mort de plusieurs points de capacité. J’ai fait le calcul du poids de la redevance. En France, le 3 To, c’est 29 % du prix. En Allemagne, c’est 10. En Espagne c’est 0. Quand on arrive à une situation où 29 % du prix de vente, hors TVA, c’est de la redevance copie privée, ce n’est pas viable.

Merci Mathieu Gasquy

71 commentaires
Avatar de Jhorblocks INpactien
Avatar de JhorblocksJhorblocks- 11/12/15 à 16:20:02

4 To c’est 60 euros de redevance, hors TVA. En Italie, c’est 20 euros,
en Allemagne, c’est 9 euros. En Espagne et en Angleterre, c’est 0

Notre problématique est d’avoir un marché propre

Bon courage
 

Avatar de Aricko INpactien
Avatar de ArickoAricko- 11/12/15 à 16:21:46

Les chiffres suffisent... pas besoin de baratin (qui reste intéressant).

Qu'ils appliquent un pourcentage sur le prix de vente des constructeurs sur le territoire à la rigueur (ce qui n'empêchera pas le marché gris).

Avatar de snoopy1492 INpactien
Avatar de snoopy1492snoopy1492- 11/12/15 à 16:24:38

"Quand on arrive à une situation où 29 % du prix de vente, hors TVA, c’est de la redevance copie privée, ce n’est pas viable."

 Voila :chinois:

Édité par snoopy1492 le 11/12/2015 à 16:26
Avatar de unicyclon INpactien
Avatar de unicyclonunicyclon- 11/12/15 à 16:30:37

Bon courage. La sagesse, la raison et la modération ne sont généralement pas les qualités les plus évidentes des ayants droits...

Avatar de graphseb Abonné
Avatar de graphsebgraphseb- 11/12/15 à 16:36:56

Une vision lucide du marché, mais hélas rien ne saurait modérer la voracité sans bornes des AD, qui sont dans une logique de rareté et ne savent rien voir d'autre.

Les AD préféreront tuer le marché. Quand il sera mort, devant le fait accompli, alors là peut-être ils comprendront. Mais c'est pas sûr : pour preuve, ils continuent (à essayer) de vendre des CD.

Avatar de Patch INpactien
Avatar de PatchPatch- 11/12/15 à 16:39:00

Vu les rapaces en face, je ne suis pas sûr que son discours suffise à faire changer quoique ce soit. Même s'il a raison...

Avatar de Valeryan_24 Abonné
Avatar de Valeryan_24Valeryan_24- 11/12/15 à 16:39:30

[Mode SACD - SACEM On]

Ta ta ta ! Vue la misère, personne n'a les moyens en France de remplir ne serait-ce que 2 To avec de l'offre légale. De telles capacités de stockage sont donc là uniquement pour pirater, il faut les taxer encore plus lourdement - sans oublier le cloud :censored:

[Mode SACD - SACEM Off]

Avatar de unicyclon INpactien
Avatar de unicyclonunicyclon- 11/12/15 à 16:42:35

Ah mais non ma bonne dame! Si c'est du piratage, ça rentre pas dans le cadre de la copie privée! :mrgreen:
Enfin pas certain qu'ils l'aient compris ça...

Avatar de Tirnon Abonné
Avatar de TirnonTirnon- 11/12/15 à 16:43:54

Oui c'est difficile de remplir 2 To de musique légal donc il ne faut pas taxer la totalité :p

Perso en ayant beaucoup de flac de copie privé plus des mp3 légaux je n’atteins même pas les 500go citer dans l'article alors taxer 4To ...

Avatar de Zerdligham INpactien
Avatar de ZerdlighamZerdligham- 11/12/15 à 16:55:33

Valeryan_24 a écrit :

(...)

Depuis qu'ils ont été forcés d'arrêter de compter les piratages, au contraire, ils font comme si que tout ce qui se trouve sur les disque durs des enquêtés est légal.
J'aimerais bien voir au début de l'enquête un avertissement expliquant ce sur quoi porte vraiment l'enquête, de façon à ce que les gens ne répondent pas par erreur en incluant ce qu'ils ont piraté. Je m'étais embêté une fois à trouver le contenu d'une enquête d'usage, c'était vraiment pas clair, à croire que c'était conçu pour être mal compris.

Tirnon a écrit :

(...)

En principe, ça ne pose pas de problème. L'enquête est supposée tenir compte des usages moyens réels des moyens de stockage, ils ne partent pas du principe que tu remplis tout de musique. C'est pour ça qu'au Go les baladeurs sont beaucoup plus taxés que les DD. Sans cela, la RCP sur un disque de 4To serait probablement de plusieurs centaines d'euros !!
Après, en pratique, avec leur magouilles, on n'est pas trop sûr de ce qui est vraiment facturé.

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