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Animes : Crunchyroll à la conquête de la France

L’attaque du titan
Internet 8 min
Animes : Crunchyroll à la conquête de la France

Le spécialiste mondial du streaming d’animation japonaise Crunchyroll tente, petit à petit, de creuser son nid en France, un marché jugé difficile. Arrivé récemment sur PlayStation, il a encore à faire pour s’imposer, notamment face à l’offre illicite.

Il pourrait faire figure de petit nouveau s’il ne portait pas le nom d’un géant. Crunchyroll est le fils du mastodonte américain de l’animation japonaise en ligne, qui compte bien prendre sa part du marché francophone. Arrivé en octobre 2013 en France, bien après ses concurrents comme Anime Digital Network (ADN) ou Wakanim (voir notre précédente analyse), il propose un abonnement à 4,99 euros par mois pour accéder à des séries en diffusion « simultanée » avec le Japon. Le fonds de catalogue est disponible gratuitement, via la publicité. Le service doit encore faire ses preuves auprès d’un public très habitué au streaming, qu’il soit légal ou non.

Fin août, cette déclinaison francophone a officiellement obtenu son application sur PlayStation. Le service est désormais disponible sur les principales consoles du marché, Wii U comprise, ainsi que sur l’Apple TV. « On était déjà sur PlayStation aux États-Unis, mais ça a mis très longtemps à arriver sur le PSN européen. Ça a été une négociation très longue » alors qu’il n’y avait pas d’obstacle technique, nous explique Olivier Fallaix, le responsable du développement de Crunchyroll France.

« Un service est intéressant si on peut l’utiliser partout, sous toutes les formes » estime-t-il. Pourtant, cette disponibilité large n’a pas encore suffi à conquérir le marché français. En cause, une notoriété qui reste largement à construire.

Encore peu connu en France

De notre côté de l’Atlantique, Crunchyroll est surtout connu pour sa version américaine, à laquelle certains Français avaient déjà accès. « Des petits malins arrivaient à détourner l’application PlayStation, il suffisait de se créer un compte américain depuis l’Europe, et on arrivait à profiter du service » nous affirme la société. L’attrait est important : les principales séries d’animation japonaise en streaming, sous-titrées en anglais, avec peu de restrictions. De quoi motiver les impatients à bidouiller un peu.

Crunchyroll

Le site a donc un objectif : pousser sa version française pour qu’elle se fonde dans le paysage, aux côtés des acteurs déjà en place sur le marché, arrivés pour certains dès 2009. Reste qu’aujourd’hui, cette conquête n’est encore qu’un souhait. Le site attire 200 000 « utilisateurs » gratuits et payants chaque mois, contre 650 000 pour son rival Wakanim. Il se refuse pour l’instant à donner d’autres chiffres : ses revenus et le nombre d’utilisateurs payants restent des mystères.

« Le nombre d’utilisateurs ne demande qu’à grossir. On n’est pas arrivés avec une énorme communication à la Netflix, mais tranquillement. Je suis moi-même arrivé sur le service il y a seulement un an » détaille Olivier Fallaix. Pour mieux se faire connaître, il opte pour une communication ciblée, par exemple via les conventions spécialisées, déjà prisées de certains de ses concurrents. « La maison-mère veut plutôt faire un travail de fond qu’un gros coup de communication » explique l’entreprise, qui compte deux employés à plein temps (pour le développement et les relations avec la communauté).

Construire un catalogue avec des classiques

Après deux ans d’activité, la principale difficulté de Crunchyroll en France est son catalogue, qui ne dispose pas des gros titres que s’accapare habituellement le site américain. « Les responsables savaient que la France est un marché spécifique, par son histoire et le nombre d’acteurs qui existaient déjà sur leur créneau. C’est pour ça qu’ils ne sont arrivés qu’à ce moment. Leurs licences étaient déjà détenues par Wakanim ou ADN. Aujourd’hui, les titres à forte notoriété sont ce qui nous manque » reconnaît le responsable français. Des séries comme L’Attaque des titans, Naruto ou One Piece font ainsi la force du service dans plusieurs pays, alors qu’elles sont détenues par la concurrence en France.

La société vante tout de même son offre de simulcast (diffusion simultanée avec le Japon). « Chaque saison, nous proposons une vingtaine de simulcasts, on a donc un catalogue qui grossit très vite » nous explique-t-on. Gintama, Jojo’s Bizarre Adventure ou Parasite, « notre plus gros succès sur l’hiver dernier et les six premiers mois de l’année », sont certains des titres qui attirent le plus. D’autres séries liées à des mangas fonctionnent également, comme Mon Histoire, qui était déjà disponible chez Kana. Mais cela n’est pas encore suffisant.

Pour conquérir nos vertes contrées, l'équipe compte donc sur l’ajout d’un fond de catalogue obtenu auprès d’autres éditeurs, pour profiter de la notoriété de certains titres. Il s’agira notamment de « classiques » des années 2000 qui n’ont pas encore de diffusion numérique. Le site s’est déjà adressé à des éditeurs centrés sur la diffusion physique pour obtenir certains titres. Il compte aussi sur des titres achetés spécifiquement pour le marché français pour se faire sa place, comme Barakamon, obtenu pour la France et l’Espagne.

Crunchyroll Gintama

La France, une épine dans le pied du géant américain

Acquérir des titres pour la France reste plus difficile qu’ailleurs, à cause du nombre d’éditeurs d’animés et de chaines TV prêtes à les concurrencer sur le simulcast. « Il n’y a pas autant d’éditeurs aux États-Unis, que ce soit de mangas ou d’animés. C’est un marché qui existe depuis longtemps. Crunchyroll a grandi très vite aux États-Unis parce qu’il était le premier à faire ça. Il arrive qu’ils obtiennent les droits sur certaines séries partout sauf en France C’est arrivé sur Food Wars, qui est chez ADN, ou Saint Seiya Soul of Gold qui est passé sur la chaine Mangas » nous affirme le service, qui ne serait pas habitué à « une concurrence aussi rude ».

Les éditeurs français d’animés sont pour beaucoup des acteurs historiques du secteur, y compris au Japon. Dans un marché où obtenir une série est avant tout une question de confiance, l’ancienneté joue beaucoup. La prise de participation de Sony dans Wakanim en début d’année est aussi typiquement un coup de pouce appréciable. Pas de quoi faire les affaires de Crunchyroll, malgré son statut de géant mondial, qui obtient généralement les droits pour le monde entier. Comme pour tous les pays, le responsable français propose chaque trimestre aux équipes qui négocient avec les studios au Japon les titres qui l’intéressent, avec quelques victoires à la clé, comme la série Gangsta.

Les éditeurs français auraient d’ailleurs une politique d’exclusivité qu’auraient moins ceux d’autres pays. En France, chaque série est exclusive à un service, alors qu’elles circuleraient plus ailleurs. Comme ses concurrents, Crunchyroll s’est associé à des chaines TV pour la diffusion de certains titres, comme Terraformars ou Hamatora sur Mangas. Le site envisage de travailler avec J-One, même si un point bloque : la chaine demanderait deux semaines d’exclusivité sur les titres en simulcast pour les diffuser, alors que la diffusion simultanée est le modèle même de Crunchyroll.

Il collabore aussi avec des éditeurs de DVD, comme Black Box, qui proposent physiquement plusieurs titres dont ils avaient les droits numériques. Crunchyroll peut leur fournir leurs traductions. Dans l’autre sens, il arrive qu’un éditeur vende les droits numériques à Crunchyroll avant de le proposer lui-même en physique. Il n’envisage par contre pas de diffusion de séries sur Netflix, contrairement à d’autres éditeurs. À voir si le service rencontrera les mêmes difficultés sur le marché italien, où il vient de lancer une nouvelle déclinaison.

Le piratage, « premier concurrent » de Crunchyroll

Le service ne surveille pourtant pas que le marché légal. « Je suis intimement convaincu que notre premier concurrent n’est pas ADN ou Wakanim, mais le fansub » nous confie Olivier Fallaix. Il parle ici des plateformes dédiées au streaming et au téléchargement de contenus disponibles légalement. « Le problème est que ça existe depuis tellement longtemps que, même si l’offre légale est aujourd’hui très importante et concurrentielle, avec des prix attractifs, on se heurte à des gens qui sont habitués à trouver tout gratuit » nous affirme-t-on.

Depuis plusieurs années, le message des plateformes légales est celui du soutien à la création : contrairement au fansub, elles financent directement les contenus produits par les Japonais et contribuent à la survie du secteur. La grande majorité des équipes de fansub ont pour habitude de se retirer d’une série une fois qu’elle est licenciée ou sous-titrée par un éditeur commercial. Le problème, désormais, réside bien plus dans les sites de piratage pur, qui s’approprient les traductions amateures ou directement celles des plateformes légales, pour placer leur publicité dessus.

« On n’est plus dans la défense d’une certaine idée du fansub ou de la découverte d’une série, mais dans du piratage de masse. Ça propose toutes les séries du marché sur une douzaine de plateformes différentes. On n’est plus dans une démarche de fan, c’est le problème et c’est contre ça qu’on veut lutter » affirme Crunchyroll. Le service disponible mondialement est particulièrement touché : ses protections sont régulièrement cassées par des pirates du monde entier, des équipes étant même spécialisées dans la diffusion de ses contenus.

Certains éditeurs ont choisi d’aller directement sur le terrain judiciaire, comme Wakanim, qui diffuse ses séries sans DRM mais se veut intransigeant sur leur exploitation illicite. Crunchyroll dit pour sa part discuter avec certains sites, mais envisage de passer par la case juridique si les négociations n’avancent pas. Mais l’important reste l’offre. « Pour nous, le plus déterminant est de faire passer le message qu’ils peuvent regarder gratuitement et légalement des animes. C’est notre meilleur argument » à la fois pour lutter contre le piratage et pour conquérir la France.

« La stratégie de Crunchyroll, même si c’est une société américaine, n’est pas d’arriver avec un bulldozer et d’écraser tout le monde. Le but est de s’intégrer dans le marché français, qui est vraiment très spécifique par son histoire. Les dirigeants américains en sont conscients et veulent travailler sur le long terme. Malgré tout, on espère bien s’imposer et pourquoi pas d’être numéro un du simulcast dans quelques années ! » conclut Olivier Fallaix.

Crunchyroll

41 commentaires
Avatar de Dyonisos84 Abonné
Avatar de Dyonisos84Dyonisos84- 10/09/15 à 15:02:38

J'utilise leur service depuis 8 mois je pense maintenant. J'aime bien leur catalogue, meme si il est plus restreint.
Qualité au top, lecteur avec option de chromecast, que demander de plus. Peut être une option hors ligne pour l'application mobile.

Avatar de tazvld Abonné
Avatar de tazvldtazvld- 10/09/15 à 15:03:05

Et le piratage risque de durer tant qu'il faudra être abonné à 3-4 services pour avoir un début de catalogue intéressant.
Il y a ça, mais il y a aussi le fait que plein d'anime ne sont pas ou plus édité par les ayant droit français. Du coup, par exemple, il est impossible de trouver une version complète de Lamu ("Urusei Yatsura" dans sa VO) en France dont les droits serait à Déclic Images(bon, c'est un cas particulier : même en illégal, je crois que seul une version sortie d'un DVD Japonais existe, sans aucun sous titre disponible).

Avatar de latlanh INpactien
Avatar de latlanhlatlanh- 10/09/15 à 15:13:02

il y a tout les fary tails? :D

Avatar de Ami-Kuns INpactien
Avatar de Ami-KunsAmi-Kuns- 10/09/15 à 15:13:22

tazvld a écrit :

Et le piratage risque de durer tant qu'il faudra être abonné à 3-4 services pour avoir un début de catalogue intéressant.
Il y a ça, mais il y a aussi le fait que plein d'anime ne sont pas ou plus édité par les ayant droit français. Du coup, par exemple, il est impossible de trouver une version complète de Lamu ("Urusei Yatsura" dans sa VO) en France dont les droits serait à Déclic Images(bon, c'est un cas particulier : même en illégal, je crois que seul une version sortie d'un DVD Japonais existe, sans aucun sous titre disponible).

Valable aussi pour les mangas, la galère pour trouver les 10 premiers de gundam the origin à un pris correct.:craint:

Édité par Ami-Kuns le 10/09/2015 à 15:15
Avatar de GoobY13 Abonné
Avatar de GoobY13GoobY13- 10/09/15 à 15:17:43

Connais pas, je vais voir si le system est plus sympa que wakanim ou il faut payer 1ep a la fois si on a pas commencé la série depuis debut (ep valable 45j en payant ce que l'on veut).
 
 Ils parlent de série comme One Piece, heu, en France personne le diffuse rapidement après la sortie JAP de façon légal si ?

Avatar de freedommaner INpactien
Avatar de freedommanerfreedommaner- 10/09/15 à 15:17:49

Crunchyroll est un excellent service que j'utilise depuis bientôt 2 ans. Avant, je regardais un peu en fansub mais la qualité était plus que douteuse et c'était chiant à récupérer tandis qu'avec Crunchyroll, c'est dispo sur presque toutes les plateformes et la qualité est au rendez vous ! 
 
 Le problème, c'est la mentalité de certains qui veulent tout gratuitement en excellente qualité et tout de suite, impossible légalement.
 
 Par contre J-One et son J+15, c'est vraiment du foutage de gueule. ADN qui doit attendre pour mettre à disposition l'épisode alors que c'est le simulcast que veulent les utilisateurs, pas d'une diffusion tv !!!

Avatar de tazvld Abonné
Avatar de tazvldtazvld- 10/09/15 à 15:19:32

Ami-Kuns a écrit :

Valable aussi pour les mangas, la galère pour trouver les 10 premiers de gundam the origin à un pris correct.:craint:

Haha,regarde à combien se vendent les tomes de "Gunnm" (la série originale, pas la nouvelle/suite "last order")

Avatar de garn INpactien
Avatar de garngarn- 10/09/15 à 15:22:56

Crunchyroll m'intéresse en modele economique, mais j'avais déja regardé et les séries que je voulais voir "pas disponible sur le territoire", alors que proposées dans le catalogue (licenciées US, pas ici)
Avoir u compte crunchyroll US m'aurait intéressé depuis longtemps...C'est le modèle économique que je trouve le plus viable pour le consommateur
 
 Il est temps de revoir le dit catalogue du coup ; le point fort qu'ils peuvent apporter (pour moi) ce serait justement ces séries "des années 2000" parceque y a énormément de séries introuvables au fil des années, que les gens verraient ou reverraient avec plaisir, et qui justifieraient amplement l'abonnement. 
 
 C'est sur que les séries récentes et à gros succès restent ce qui apporte le plus d'abonnés mais les naruto / attack on titan et compagnie je m'en fiche un peu perso :transpi:
 
 Pour la petite histoire, je reste un gros "consommateur" d'anime, depuis plus de 20 ans, et j'ai toujours préféré les traductions anglaises. D'abord parceque même les éditeurs francais ont longtemps fait de la traduction anglais > francais, elle meme issue de japonais > anglais.  
Dès lors, on arrive parfois à des non sens complets et a des sorties DVD moins bonnes que le fameux fansub (exemple qui m'a traumatisé, box de FMP Fumoffu, qui est d'une qualité immonde, qu'aucun fansub n'aurait osé publier. vendue par déclic je crois, alors que l'éditeur a fait d'autres séries parfaitement acceptables)

Autre point historique, avant que n'arrivent le streaming légal j'essayais d'acheter les DVD de series déja vues par le fansub et appréciées - ca fait longtemps que je sais qu'il faut un minimum encourager l'industrie si on veut que tout ca fonctionne... Deja, je n'acheterais jamais de série sans l'avoir vue avant, et je ne suis pas le seul, donc le fansub tant décrié leur a amené pas mal de clients DVD

Sauf que les box licenciées par Kaze par exemples, a 100 euros la série de 26 ca vous reste un peu en travers de la gorge quand vous êtes jeune diplomé sur Paris avec un salaire a moins de 2K euros !

 La aussi, je suis content de voir l'industrie évoluer au fil des années, merci les éditeurs récents comme blackbox qui proposent des prix honnêtes : je suis ravi de lire dans la news que crunchy et blackbox vont s'associer, deux acteurs "raisonnables" et de qualité, ca va être un bien fou, blackbox est un très bon éditeur pour moi
  
 
Conclusion : ouais, le fansub a la vie dure, mais ca n'est que récemment qu'on a une alternative, tant en qualité / rapidité.  Et dans le fansub, faut distinguer le vrai fansub ou ils font le travail de la copie carbone / RIP DvD qui est du vrai piratage cette fois, de mon point de vue
 
D'ailleurs sauf erreur, crunchyroll ne pratique pas le troll patent, aux US ils sont assez souples avec les fansubs, il me semble. raison de plus pour apprécier leur travail et les encourager dans cette voie
 

Édité par garn le 10/09/2015 à 15:27
Avatar de Danytime INpactien
Avatar de DanytimeDanytime- 10/09/15 à 15:23:48

Les éditeurs français auraient [...] d’exclusivité sur les titres en simulcast pour les diffuser, alors qu’il s’agit du modèle même de Crunchyroll

Voilà, Guénaël à résumé la chose. Il est là le vrai problème en France. C'est pas les fansubs et encore moins le piratage (premier concurent mon CUL), mais bel et bien les éditeurs français (les majors quoi). Avant j'avais foi en ADN quand ils se sont lancés dans leur plateforme streaming pour proposer des animes en simulcast, mais voilà, il y a le partenariat (obligatoire) avec une chaîne de télévision française (ici c'est encore J-One). il faut toujours faire un privilège à la télévision et avoir des sites de streaming qui ne diffuseront les derniers épisodes avec une semaine de retard (ou 3 jours). Les gens veulent des animes en vostfr SUR le streaming, et non pas sur une chaîne à abonnement (pas disponible partout), et par dessus le marché, qui à le culot de vous faire payer la redevance TV si vous en avez pas.

Le fansub (et c'est pas pour les défendre) aura encore une vie très longue en France, car les éditeurs (sans le vouloir) font tout pour que ça dure.

Édité par Danytime le 10/09/2015 à 15:27
Avatar de Ami-Kuns INpactien
Avatar de Ami-KunsAmi-Kuns- 10/09/15 à 15:24:16

Déjà lu plusieurs fois cet série, au pire il y à des scans pour celle là facilement trouvable, dans le cas d'origin, rien du tout, serait même preneur d'une réédition sous format numérique, mais je crois que l’éditeur n’a plus les droits.Triste.

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