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Cybercriminalité : les pistes de Cazeneuve après les attentats de Charlie Hebdo

22, v'là le FIC !
Droit 5 min
Cybercriminalité : les pistes de Cazeneuve après les attentats de Charlie Hebdo
Crédits : Marc Rees

Hier, à l’occasion du Forum International sur la Cybersécurité (FIC) de Lille, Bernard Cazeneuve a déroulé les premières mesures d’un « plan » censé répondre à l’attentat contre Charlie Hebdo mais également à la cybercriminalité en général. D’autres actions plus musclées s’annoncent cependant dans les tuyaux.

L’essentiel du discours ministériel a été d’imprégner les esprits avec un principe simple : sécurité ne s’oppose pas à liberté, la première étant garante de la seconde. « Nous devons tout faire pour que le cyberespace soit avant tout un lieu où l'exercice des libertés fondamentales et la protection de la vie privée sont garantis. »

Pourquoi un tel rappel ? Après ce début d’année sanglant, nombreux anticipent de multiples coups de rabots sur les droits et libertés fondamentaux. Craintes d’un futur Big Brother, d’un Patriot Act à la française ou de lois liberticides pour tout surveiller, traquer et prévenir de potentiels risques… En face, Cazeneuve répond au contraire que les attentats ont « largement démontré la centralité de ces enjeux de cybersécurité, et par là même l’absolue nécessité qu’il y a aujourd’hui à renforcer notre dispositif de lutte contre les cybermenaces ».

Car il y aurait, paraît-il, une « forte dimension de cybersécurité » dans ce drame… Un oubli malheureux : le processus de radicalisation en prison des auteurs des tueries.

Le « plan » Cazeneuve 

Les terroristes agissent, donc l’État réagit ! En grandes pompes, le ministre a dans la foulée esquissé son « plan » cyber pour répondre à ces menaces. Un joli fourre-tout : bientôt des statistiques de la cybercriminalité, afin de jauger l’efficacité de l’action des pouvoirs publics (théoriquement du moins, car il faudra être prudent sur les méthodes de quantification).

De nouveaux groupes cyber pour renforcer la gendarmerie avec des « capacités d’investigations de haut niveau ». Policiers et gendarmes tous formés contre les cybermenaces. Le niveau de sécurité des systèmes d’information du ministère amélioré, tout comme l'action internationale contre les cybermenaces.

Davantage d’actions de sensibilisation pour l’opération « Permis Internet » destinée aux élèves de CM2, etc. Le tout fera l’objet d’une présentation en conseil des ministres demain.

Le décret sur le blocage administratif sera bientôt publié

Mais les craintes d’un futur Patriot Act ne se nichent pas là. Après la loi de programmation militaire de 2013, la tout récente loi contre le terrorisme de 2014, voilà donc déjà confirmé à l’Assemblée nationale un futur projet de loi sur le renseignement. Un texte attendu sous peu, mais dont les premiers contours peuvent effectivement inquiéter.

Sur ce fameux projet, le ministre n’a pipé mot hier. Cazeneuve a par contre confirmé la publication très prochaine du décret sur le blocage administratif des sites pédophiles ou faisant l’apologie du terrorisme. Celui sur le déréférencement, toujours administratif, suivra. Dans le même temps, la France pèsera sur le Parlement européen afin d’instaurer le PNR (Passenger name record), fichier permettant de tracer les voyageurs par avion.  

La « forte dimension » cybersécurité des attentats contre Charlie

Pour justifier ces mesures, le premier flic de France brandira notamment les 1 300 attaques par défacement de l’opération #OpFrance (et pas 20 000 comme on l’a lu un peu partout). Fait presque amusant : l’ANSSI a relégué ces attaques à de simples « graffitis »… 

Pas convaincu ? « L’utilisation d’Internet par les groupes ou organisations terroristes s’est encore amplifiée en 2014. Il apparaît nettement que les groupes islamistes radicaux les plus structurés (notamment Al-Qaida et DAESH) voient en Internet une tribune et un excellent vecteur de recrutement » a déclaré Bernard Cazeneuve.

Enfin, après les attentats, 25 000 signalements à Pharos auraient visé des contenus sur Facebook ou Twitter car trop pro-terroristes.

L’action attendue des intermédiaires

Un tel décor n’allait évidemment que déboucher sur la mise en cause des intermédiaires techniques (hébergeurs et FAI)... Morceaux choisis : 

« Le Net est utilisé de façon puissante par des acteurs très expérimentés, très en maîtrise des nouvelles technologies pour diffuser des messages qui appellent au terrorisme ou provoquent le terrorisme ».

« Les blogs, les sites terrorises qui essaiment à travers le monde utilisent les meilleures technologies pour diffuser des messages qui ont vocation à conduire au basculement des plus vulnérables de nos concitoyens ».

« Quand je vois sur un certain nombre de réseaux sociaux, notamment sur Twitter mais pas seulement, (…) des propos qui sont de véritables appels à la haine, des propos qui appellent au racisme, qui déploient sans limite l’antisémitisme dans sa forme la plus brutale et la plus inacceptable ; quand je vois aussi l’islamophobie (…) qui atteint des musulmans qui sont de grands républicains,  (…) pourquoi laisser ces phrases qui blessent, qui atteignent ? Il y a une responsabilité collective ! »

 « Nous n’intervenons dès lors que les opérateurs eux-mêmes n’ont pas engagé la régulation pour ce qui les concerne ».

« Nous ne parviendrons pas à lutter contre le terrorisme s’il n’y a pas une responsabilisation des acteurs de l’Internet eux-mêmes, c’est-à-dire s’il n’y a pas une prise de conscience par eux qu’ils ont un rôle de régulation à jouer d’observation et de vigilance ».

Ces propos sont autant de coups de pied adressés aux acteurs du Net pour accentuer leurs interventions. Une cellule de veille sur les réseaux sociaux a d’ailleurs été mise en place par le ministère, profitant de contacts « privilégiés » tissés avec les Twitter, Facebook, Google et autre Dailymotion, avec toujours l’espoir d’un retrait rapide des contenus litigieux (notamment la vidéo de l’assassinat du policier à terre).

« De manière complémentaire, les demandes de gel des données techniques liées aux demandes de retrait des vidéos ont été traitées 24 heures sur 24 pour le compte de l’ensemble des services de la police et de la gendarmerie nationale », etc. Seul détail, la responsabilisation des intermédiaires est une réalité depuis 2004 avec la loi pour la confiance dans l’économie numérique. Une loi que le gouvernement actuel n’a eu de cesse d’amender pour l’accentuer.

On peut aujourd’hui craindre (ou souhaiter, c’est selon) la poursuite de ce processus, par le biais de la soft law, d’accords informels, de mesures d’auto-nettoyage sous pression gouvernementale. Avec une petite contrariété à chaque cran de plus : des risques croissants d’atteinte à la liberté d’expression, celle pour laquelle Charlie Hebdo s’est toujours battu.

79 commentaires
Avatar de gokudomatic INpactien
Avatar de gokudomaticgokudomatic- 21/01/15 à 07:55:41

Protégeons notre droit à la liberté d'expression, censurons!

Avatar de A-snowboard INpactien
Avatar de A-snowboardA-snowboard- 21/01/15 à 08:08:22

On a eu deux guerres mondiales, Hitler, Franco et Mussolini en Europe et j'en oublie certainement d'autres

Sans parler de multiples exemples a travers le monde et on y va droit devant. Et en 5eme vitesse tant qu'a faire.
Comme quoi, on apprend jamais du passé. Et qu'on retourne avec plaisir vers la dictature.

Putain j'ai que 26ans, mais je ne suis pas vraiment optimiste. (quand je vois ce qu'il se passe en Espagne).

Sinon pour les sites défacés :

les 1 300 attaques par défacement de l’opération #OpFrance (et pas 20 000 comme on l’a lu un peu partout).

Dur de savoir le site réel.
Personnellement j'ai 4 sites qui ont été défacés (dont un forum de discutions, c'est lui qui a été principalement visé) . Je ne l'ai signalé nulle part. J'avais d'autres chats à fouetter et comme j'ai vu des sites plus importants tomber, je me suis dit que les flics avaient déjà assez d'élément en main.
Et comme je ne connais pas de journaliste, je n'ai pas pu le faire savoir ^^
Donc on peu raisonnablement estimer qu'un bon nombre de site a été défacé sans que personne n'en ai parlé.

Avatar de Exodus INpactien
Avatar de ExodusExodus- 21/01/15 à 08:08:55

« Le Net est utilisé de façon puissante par des acteurs très expérimentés, très en maîtrise des nouvelles technologues pour diffuser des messages qui appellent au terrorisme ou provoquent le terrorisme ».

« Les blogs, les sites terrorises qui essaiment à travers le monde utilisent les meilleures technologies pour diffuser des messages qui ont vocation à conduire au basculement des plus vulnérables de nos concitoyens ».

« Quand je vois sur un certain nombre de réseaux sociaux, notamment sur Twitter mais pas seulement, (…) des propos qui sont de véritables appels à la haine, des propos qui appellent au racisme, qui déploient sans limite l’antisémitisme dans sa forme la plus brutale et la plus inacceptable ; quand je vois aussi l’islamophobie (…) qui atteint des musulmans qui sont de grands républicains, (…) pourquoi laisser ces phrases qui blessent, qui atteignent ? Il y a une responsabilité collective ! »

« Nous n’intervenons dès lors que les opérateurs eux-mêmes n’ont pas engagé la régulation pour ce qui les concerne ».

« Nous ne parviendrons pas à lutter contre le terrorisme s’il n’y a pas une responsabilisation des acteurs de l’Internet eux-mêmes, c’est-à-dire s’il n’y a pas une prise de conscience par eux qu’ils ont un rôle de régulation à jouer d’observation et de vigilance ».

Censure.... la prochaine étape c'est pour les opposants politique. Je connais quelqu'un en 2017 qui aura déjà tous les outils.

Avatar de AirTé Abonné
Avatar de AirTéAirTé- 21/01/15 à 08:10:30

gokudomatic a écrit :

Protégeons notre droit à la liberté d'expression, censurons!

J'aime l'ironie :D

Avatar de John Shaft Abonné
Avatar de John ShaftJohn Shaft- 21/01/15 à 08:15:53

Le sinistre a écrit :

Nous n’intervenons dès lors que les opérateurs eux-mêmes n’ont pas engagé la régulation pour ce qui les concerne

Ça me rappelle un billet récent de Benjamin Bayart sur le blog de FDN

B. Bayart a écrit :

Pour ce qui concerne les opérateurs, s'ils ont l'obligation de mettre en place des outils de filtrage, en période de disette budgétaire, on peut être certain que l'État ne payera pas pour ça, et que donc les outils se mettront en place aux frais des opérateurs. S'ils sont obligés de mettre en place des outils à leur frais, il va être délicat de leur interdire de s'en servir pour leur usage propre. Ils auront donc, de fait, une autorisation tacite du gouvernement pour filtrer sur leur réseau ce qu'ils ont envie de filtrer, tant qu'ils n'en abusent pas de manière ouverte franche et massive. Un peu comme le policier et sa matraque, tant qu'il n'abuse que modérément, tout va bien.

Avatar de HarmattanBlow INpactien
Avatar de HarmattanBlowHarmattanBlow- 21/01/15 à 08:16:22

« Quand je vois sur un certain nombre de réseaux sociaux, notamment sur Twitter mais pas seulement, (…) des propos qui sont de véritables appels à la haine, des propos qui appellent au racisme, qui déploient sans limite l’antisémitisme dans sa forme la plus brutale et la plus inacceptable ; quand je vois aussi l’islamophobie (…) qui atteint des musulmans qui sont de grands républicains, (…) pourquoi laisser ces phrases qui blessent, qui atteignent ? Il y a une responsabilité collective ! »

Oui ces mots blessent mais est-il légitime d'employer la violence pour les faire taire ? Car la loi et la prison c'est la violence : c'est la soumission du plus faible par le monopole légal de la force que s'arroge l'état (*). On va donc employer la force pour envoyer des gamins racistes se faire violer en taule sous prétexte que leurs mots blessent ?

Quelle morale dégénérée.

(*) Je n'ai pas de problème avec ce principe mais cette violence ne doit pas être utilisée à la légère. Toutes ces hordes de condamnations sont disproportionnées et insupportables, si révulsants que puissent être certains propos.

Édité par HarmattanBlow le 21/01/2015 à 08:18
Avatar de brice.wernet Abonné
Avatar de brice.wernetbrice.wernet- 21/01/15 à 08:26:21

A-snowboard a écrit :

Sinon pour les sites défacés :

Personnellement j'ai 4 sites qui ont été défacés (dont un forum de discutions, c'est lui qui a été principalement visé) .

Question stupide: en quoi un défaçage n'implique pas une intrusion profonde dans le site?
On a entendu dans les médias qu'un défaçage n'avait aucune conséquence car la sécurité n'a pas été compromise, et là je ne vois pas comment.

S'il y a eu défaçage, il y a eu intrusion, modification d'une page, et peut-être préparation pour une future intrusion "simplifiée", non?

Avatar de Cacao Abonné
Avatar de CacaoCacao- 21/01/15 à 08:32:59

Nos chers politiciens sont encore et toujours sur la route de campagne, juste là, à côté de la grande autoroute.
La neutralité du net bon sens de pipe en bois... Il faut arrêter une bonne fois pour toute d'accuser le support ou même les personnes qui maintiennent ce support. Où est la logique la dedans ?
Et arrêter aussi de croire que le blocage administratif changera quelque chose. Ces mesures ne feront que bloquer Mme Michu. Je suis persuadé que la plupart des politiciens pensent qu'un "blocage" est efficace... Je crois qu'il ne réalisent pas ce qu'est Internet. Pauvres gens.

Avatar de A-snowboard INpactien
Avatar de A-snowboardA-snowboard- 21/01/15 à 08:33:21

brice.wernet a écrit :

Question stupide: en quoi un défaçage n'implique pas une intrusion profonde dans le site?
On a entendu dans les médias qu'un défaçage n'avait aucune conséquence car la sécurité n'a pas été compromise, et là je ne vois pas comment.

S'il y a eu défaçage, il y a eu intrusion, modification d'une page, et peut-être préparation pour une future intrusion "simplifiée", non?

Je ne suis pas informaticien. J'ai fait mes sites avec wordpress et drupal avec mon niveau de connaissance.

Je pense qu'il y aurait intrusion plus profonde ils auraient effacés les bases de données. Après peut être qu'ils en ont fait une copie. J'en sais rien.

De toute façon chez moi, le forum à changé de structure, de base et de serveur. Donc c'est réglé.
Et les autres sites, c'est du wordpress basique que j'ai refait. (juste des sites vitrine, donc c'est pas chiant à refaire même si on peut s'en passer. :) )

Avatar de A-snowboard INpactien
Avatar de A-snowboardA-snowboard- 21/01/15 à 08:34:29

Cacao a écrit :

Nos chers politiciens sont encore et toujours sur la route de campagne, juste là, à côté de la grande autoroute.
La neutralité du net bon sens de pipe en bois... Il faut arrêter une bonne fois pour toute d'accuser le support ou même les personnes qui maintiennent ce support. Où est la logique la dedans ?
Et arrêter aussi de croire que le blocage administratif changera quelque chose. Ces mesures ne feront que bloquer Mme Michu. Je suis persuadé que la plupart des politiciens pensent qu'un "blocage" est efficace... Je crois qu'il ne réalisent pas ce qu'est Internet. Pauvres gens.

Ils suivent justes ceux qui ont des thunes. Ceux qui payent les experts informatiques qui vont conseiller ces ministres.

J'accuse personne car j'ai pas de preuves. Mais ça ne m'étonnerais pas du tout.

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