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Éducation : des élus s'inquiètent du coût des tablettes promises par Hollande

Tous les coûts sont permis
Droit 4 min
Éducation : des élus s'inquiètent du coût des tablettes promises par Hollande
Crédits : TF1

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la promesse de François Hollande d’offrir des tablettes à tous les élèves de cinquième à partir de 2016 est loin de convaincre... Deux parlementaires de l’opposition ont récemment saisi la balle au bond pour pointer du doigt le coût et l’utilité d’un tel déploiement.

Une promesse floue qui peine à convaincre

Lors de son intervention télévisée du 6 novembre dernier, le président de la République a déclaré qu’à partir de la rentrée 2016, « tous les élèves de classe de cinquième (...) seront équipés d'une tablette » numérique. Même si François Hollande a également promis que ces collégiens « auront justement une formation avec le numérique », la nouvelle fut loin de susciter l’enthousiasme, tant cette annonce semblait à la fois creuse en termes d’usages pédagogiques et coûteuse par rapport au prix moyen de tels appareils...

 

Interrogé sur le coût et les moyens à allouer à ce volet du futur « grand plan pour le numérique à l’école », le chef de l’État a vaguement assuré : « On dégagera l'argent nécessaire ». Le locataire de l’Élysée expliquait dans le même temps que « si on fait simplement de la distribution de matériel, ça apparaîtra comme un gadget, comme une offrande avant je ne sais quel rendez-vous électoral... [Alors] ça ne marchera pas. »

Des questions de coût, mais aussi d'utilité

Comme on pouvait s’y attendre, cette promesse s'est transformée en pain bénit pour l’opposition. Ce matin, la députée UMP Virginie Duby-Muller a ainsi transmis une question écrite au ministère de l’Éducation nationale, non sans laisser transparaître son agacement. « Alors que pour 800 000 tablettes en 2016 - et 3,3 millions d'ici à 5 ans - on parle d'un coût de 2 milliards à 3 milliards d'euros, elle souhaiterait savoir comment les collectivités locales déjà exsangues vont pouvoir assumer ce nouvel investissement à 80 % et sinon qui en assurera le financement » demande notamment l’élue.

 

Le chiffrage d’un tel déploiement reste cependant délicat. Si l’on part d’un prix moyen de 150 euros par tablette, et ce pour 800 000 élèves de cinquième par année, cela donne un total de 120 millions d’euros par an. Mais il faut forcément ajouter à cela de nombreuses dépenses liées aux contenus et à la maintenance par exemple...

assemblée députés
Crédits : Assemblée nationale

Virginie Duby-Muller se montre d’autre part dubitative quant à l’utilité de ces tablettes. Citant d’autres plans similaires (« 500 ordinateurs dans la Nièvre dès 1993, et plus de deux ans plus tard pour tous les établissements scolaires, jusqu'à l'opération « Ordicollège » menée depuis 2010 par le président de la République dans son département de Corrèze »...), la parlementaire demande « si un bilan de ces actions précédentes existe et s'il est public ».

 

Nos confrères du Monde citaient justement il y a peu une étude publiée en 2014 par des chercheurs de l’université de Cergy-Pontoise, et qui portait sur l’utilisation de tablettes en école primaire. Leurs conclusions se voulaient globalement positives : même s’il était précisé que ces appareils peuvent constituer « un frein aux apprentissages, lorsque les processus cognitifs reliés à une tâche sont perturbés par des affichages subreptices », ils sont surtout capables de faire naître « des cas d’usages à valeur ajoutée pour les élèves, s’accompagnant d’une réflexion approfondie de la part des enseignants » (consulter l’étude).

L'opposition s'en donne à coeur joie

Au Sénat, c’est une question écrite un peu plus corrosive qui a été déposée la semaine dernière par Jacques Grosperrin, lui aussi étiqueté UMP. « Ce projet va alourdir encore les obligations pesant sur les enseignants qui devront impérativement être formés aux usages pédagogiques des outils numériques et intégrer ces usages dans leurs pratiques pédagogiques. Or, sauf à croire que toute innovation est nécessairement un progrès, rien n'indique que ces pratiques soient plus propices aux apprentissages que les méthodes non fondées sur l'usage des outils numériques » tonne ainsi le parlementaire, ajoutant qu’il « serait pour le moins paradoxal que la France se lance dans une telle généralisation alors que des études américaines démontrent la nocivité de la multiplication des écrans à l'école ».

 

Lui aussi semble d’ailleurs enclin à surfer sur la vague du « ras-le-bol fiscal ». « Au moment où la France accuse un déficit record et où les contribuables sont déjà atteints par un sentiment d'écœurement fiscal, il est particulièrement mal venu d'envisager des dépenses aussi importantes pour un projet si peu pertinent » conclut-il.

Les agents de l’Éducation nationale espèrent pouvoir faire entendre leurs voix

Soulignons enfin que même du côté des agents de l’Éducation nationale, la mesure est loin de susciter une adhésion massive. Les membres du syndicat SE-Unsa ont par exemple réagi aux annonces de François Hollande en se disant « pas convaincus qu’un équipement uniforme sur tout le territoire de tous les élèves d’un niveau donné soit la mesure la plus efficace ». L’organisation prône davantage de moyens pour une stratégie globale, qui passerait notamment par un accès à Internet dans chaque salle de classe, avec une variété d’équipements, mais aussi l’ouverture des formats et des logiciels utilisés (dans la droite lignée de la récente campagne menée par l'April au sujet de l'interopérabilité).

 

Mais toutes ces questions devraient bientôt être remises sur le devant de la scène. Le président a en effet promis qu’une concertation consacrée à la jeunesse se tiendrait durant les mois de janvier et février, et le numérique sera bien évidemment de la partie.

181 commentaires
Avatar de bat79a INpactien
Avatar de bat79abat79a- 25/11/14 à 07:37:53

Super idée. Les jeunes vont pouvoir regarder des films pendant les cours ou jouer à candy crush... Et ça va nous coûter un bras !

Avatar de knos Abonné
Avatar de knosknos- 25/11/14 à 07:38:45

Quelle est la marque qui va en bénéficier? Y aura t il une baisse de l'allocation de rentrer scolaire? Qui payera la casse? Y aura t'il un filtre anti candy cruch?

Avatar de athlon64 INpactien
Avatar de athlon64athlon64- 25/11/14 à 07:40:27

Pourquoi des tablettes ? Pourquoi pas des livres électroniques ? Moins chers, pas de jeux, consomme très peu. Seul défaut pas encore d'encre couleur

Avatar de Pazns Abonné
Avatar de PaznsPazns- 25/11/14 à 07:42:35

La vraie question c'est : À qui profiterait le crime ?

... Pardon, je voulais dire : À qui achèterait-on les tablettes ?

Édité par Pazns le 25/11/2014 à 07:43
Avatar de scaillea INpactien
Avatar de scailleascaillea- 25/11/14 à 07:43:38

Pourquoi ne pas remplacer les manuels scolaires et les fournitures diverses comme papiers, classeurs, crayon pas ces tablettes et les mettre à la charge des parents ?

Je ne suis pas contre ces tablettes mais en remplacement d'autres supports et surtout pas en plus par rapport à l'existant. Bien sûr, il faut blinder les tablettes et bloquer les jeux, la navigation internet, facebook, ....

En gros, ça ne se fera jamais

Édité par scaillea le 25/11/2014 à 07:44
Avatar de bat79a INpactien
Avatar de bat79abat79a- 25/11/14 à 07:43:58

A celui qui verse le plus gros pot-de-vin !

Avatar de knos Abonné
Avatar de knosknos- 25/11/14 à 07:45:30

Autre question. Comment on travaille sur une tablette je n'ai jamais réussi a comprendre. Parce que word et excel sur tablette c'est pas vraiment ca...

Avatar de anonyme_7054cda9659cf4fdaaa0762fe44bc4f4 INpactien

J'ai une réponse qui marche pas mal à la problématique du coût, ce quel que soit le pouvoir et l'opposition en place à l'instant T : "on s'en fout c'est le contribuable qui paye". De rien.

Avatar de HarmattanBlow INpactien
Avatar de HarmattanBlowHarmattanBlow- 25/11/14 à 07:52:18

« Alors que pour 800 000 tablettes en 2016 - et 3,3 millions d'ici à 5 ans - on parle d'un coût de 2 milliards à 3 milliards d'euros, elle souhaiterait savoir comment les collectivités locales déjà exsangues vont pouvoir assumer ce nouvel investissement à 80 % et sinon qui en assurera le financement »

Je parie que ça va se terminer avec une taxe de plus. Péage aux rondpoints ? Taxe sur les abonnements internet ? Instauration de frais d'inscriptions au lycée ? Hausse des frais de cantine ?

Et puis ça tombe bien, la situation budgétaire est propice aux projets à l'intérêt très douteux et approximativement fagotés (et ma formulation est généreuse).

On peut défendre le projet tant qu'on veut mais qui ici arguera que c'était la meilleure chose possible à faire pour l'éducation et la meilleure chose à faire avec ces trois milliards + probablement un milliard par an ? Et sans doute bien plus si on veut des applis dignes de ce nom, sauf à faire entrer la pub dans l'éducation.

Le locataire de l’Élysée expliquait dans le même temps que « si on fait simplement de la distribution de matériel, ça apparaîtra comme un gadget, comme une offrande avant je ne sais quel rendez-vous électoral... [Alors] ça ne marchera pas. »

Il est bien gentil de rationaliser a posteriori mais le point de départ du raisonnement est quand même bel et bien ce principe d'une tablette pour tous plutôt qu'une recherche de la meilleure façon d'améliorer l'école.

Édité par HarmattanBlow le 25/11/2014 à 07:54
Avatar de Pazns Abonné
Avatar de PaznsPazns- 25/11/14 à 07:54:04

Bien sûr, donnons des appareils électroniques fragiles coutants facilement 150€ pièce (et encore, pour du matos moisi) aux parents. Pour eux ça serait gratuit, donc aussi précieux qu'un quignon de pain.
Ça serait encore pire, les tablettes seraient rapidement vandalisées logiciellement parlant, seraient cassées ("mdame, je l a fait tombé dans l escalier !!!"/"Mon chien l'a mangée !") voire disparaitraient tout simplement ("msieur, je l a perdue !!!").
On peut rajouter le coût de réparation et remplacement.

N'oublions pas le coût de formation du personnel de maintenance consacré, + de très nombreuses heures de formation des profs, + des heures de cours cannibalisées par les premières prises en main...
Et on oublie sans doute encore beaucoup de frais secondaires ou cachés.

Et on ne parle que du matériel !
Au niveau logiciel, y a-t-il seulement des offres pertinentes ? Sont-elles gratuites ? Sont-elles libres ?
S'il faut les développer, qui le fera ?

Cette idée est tout simplement abominable.
C'est honteux que Hollande outrepasse les circuits normaux de décision et de concertation de l'État. Il y a un Ministère de l'Éducation Nationale, que je sache. C'est pas un peu lui qui devrait réfléchir à l'idée ?

Encore plus honteux qu'il propose quelque chose d'aussi spécifique.
Et enfin ça l'est une troisième fois parce que c'est vraiment, mais vraiment, une idée pourrie x)

Édité par Pazns le 25/11/2014 à 07:56
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