Orange : Stéphane Richard, un PDG conforté non sans difficultés

Tout n'est pas si facile, tout ne tient qu'a un fil

Hier, le conseil d'administration d'Orange a voté en faveur du renouvellement de Stéphane Richard, ceci pour une durée de quatre ans. Un vote peu surprenant, qui devra tout de même être confirmé lors de l'Assemblée générale de l'opérateur le 27 mai prochain. Une période de deux mois qui pourrait être décisive tant les évènements à venir sont nombreux.

 

Stéphane Richard est bien parti pour rester PDG d'Orange. Mais son chemin reste semé d'embuches.

 

Stéphane Richard sera-t-il le PDG du groupe Orange jusqu'en 2018 ? Si la réponse à cette question était encore très floue jusqu'à l'an passé, elle commence tout juste à s'éclaircir désormais. En effet, le conseil d'administration de l'opérateur numéro un en France a bien voté hier pour un deuxième mandat d'affilé pour l'ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde. Mais l'incertitude autour de cette question n'est toujours pas totalement dissipée, bien loin de là.

L'ombre de l'affaire Tapie

D'ici le 27 mai prochain, date où Orange réunira certains de ses actionnaires pour parler de son futur et voter pour différentes résolutions proposées par la direction (dont le renouvellement de Richard), des évènements majeurs peuvent avoir lieu. Le 7 avril prochain, dans le cadre de l'affaire Tapie/Lagarde, l'actuel patron devait être auditionné devant la Cour de discipline budgétaire et financière (CDBF) - qui a déjà dans le passé sanctionné d'autres patrons (Michel Bon, Jean-Yves Haberer, etc.). L'audition a toutefois été décalée à plus tard, normalement d'une poignée de semaines.

 

Reste que cette audition est potentiellement capitale. Si la cour va dans le sens de Christine Lagarde et l'estime de bonne foi, c'est donc Stéphane Richard qui fera office de bouc émissaire. Le risque qu'il soit condamné existe bel et bien, et, en attendant, se défendre publiquement sera majeur. « Il est en effet difficile d'imaginer comment le PDG d'Orange mérite d'être reconduit à son poste s'il ne se défend pas contre ce qu'il dénonce comme une injustice fait ainsi justement remarquer POJ, blogueur sur Mediapart. Son silence serait même très inquiétant pour les employés de l'entreprise qui se rendraient compte d'avoir pour patron quelqu'un qui s'en accommode. Un comportement managérial, qui se moque de l'injustice, paraît difficilement compatible avec le souci de la justice sociale. »

« Il y a une vraie question de moralisation de la vie publique »

Il est vrai qu'en juin 2013, Stéphane Richard était mis en examen pour escroquerie en bande organisée. Une période difficile où il fut finalement confirmé par son conseil d'administration, même si certains syndicats s'étaient montrés assez mitigés sur son cas. La CGT et Sud, qui ont un représentant au sein du conseil, étaient notamment peu en faveur de leur patron. Sud considérait par exemple l'an passé que la mise en examen de Richard n'était « pas compatible avec la direction de l'entreprise. (...) Il y a une vraie question de moralisation de la vie publique. (...) C'est pourquoi nous demandons sa suspension, comme elle s'appliquerait à n'importe quel salarié en attente des conclusions de l'instruction. »


D'autres syndicats, dont la CFDT et la CFE-CGC/UNSA, étaient à l'opposé en faveur du patron d'Orange, estimant qu'il n'était pas temps de changer de direction : « Le risque d’une déstabilisation majeure étant maintenant heureusement écarté, la Direction et son Président se doivent de répondre dès demain aux défis qui assaillent France Télécom-Orange » expliquait notamment la CFE-CGC/UNSA, au point de lancer une pétition interne pro-Richard. Reste que le jour de la confirmation du patron à son poste, Orange précisait tout de même avoir confié à Bernard Dufau, administrateur indépendant, une mission visant à vérifier si à l'avenir Stéphane Richard pourrait toujours assumer son rôle de PDG. Un surveillant dans le dos guère appréciable, mais indispensable pour garder un minimum de crédibilité. Cela prouve toutefois que la place du patron est loin d'être assurée à 100 %.

Le lendemain de sa confirmation, nous apprenions que Christine Lagarde, l'actuelle présidente du FMI, avait accablé lourdement le PDG d'Orange, accusant ce dernier d'avoir signé à sa place des documents sensibles, ceci en utilisant son nom. « Probablement en mon absence de Paris, dans la mesure où sa date correspond à l'assemblée générale du FMI à laquelle je participais en tant que ministre. (...) Je constate que cette lettre comporte une signature résultant de l'utilisation de la "griffe" (signature, NDLR). Je précise que la "griffe" ne pouvait être utilisée qu'avec les accords préalables du chef de cabinet ou son adjoint, d'une part, et du directeur de cabinet, d'autre part. » Directeur de cabinet qui s'appelait à l'époque Stéphane Richard.

Quid de la position du gouvernement ?

Mais l'affaire Tapie n'est pas la seule épine dans le pied de l'ex-haut fonctionnaire. Les actuelles élections pourraient bien pousser le gouvernement à changer quelques têtes. Or ce même gouvernement détient toujours 27 % d'Orange. Son poids n'est donc pas négligeable, et si l'on rajoute les diverses personnalités proches de l'État présentes au sein du conseil d'administration d'Orange (inspecteurs des finances, directeur de Bpifrance, etc.), le risque qu'une pression soit exercée fin mai existe. On se rappellera d'ailleurs que de multiples rumeurs envoient depuis plus d'un an Richard vers la sortie (Veolia ?), Anne Lauvergeon, l'ancienne patronne d'Areva, prenant sa place.

 

Reste que pour le moment, les signaux sont plutôt au vert. Ses relations avec Arnaud Montebourg, un temps tendues, sont aujourd'hui meilleures selon un proche du PDG d'Orange. L'an passé, alors que sa situation était délicate, Stéphane Richard a même reçu le soutien de l'Élysée. Et aujourd'hui, de nombreux syndicats restent derrière lui. « Les salariés ont envie de stabilité. Personne ici ne souhaite voir débarquer un nouveau patron pour ce groupe complexe et mondial, au moment du grand bonneteau des télécoms » a par exemple expliqué Pierre Vars, représentant du syndicat Unsa.

 

Ceci alors qu'une polémique autour des suicides chez Orange a ressurgi récemment. Et surtout, il faut rappeler que d'ici 2020, près de 30 000 personnes partiront à la retraite chez Orange. Un nombre très important, qui ne sera remplacé qu'à un tiers, et encore, cela pourrait être moins. De quoi créer quelques problèmes supplémentaires au sein de l'effectif dans les années à venir, 10 000 départs étant prévus rien que ces deux prochaines années.

 

Concernant les treize autres résolutions approuvées par le conseil d'administration d'Orange, sachez qu'elles seront dévoilées le mercredi 2 avril prochain. Nous devrions ainsi en apprendre un peu plus sur la stratégie future de l'opérateur historique.

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