Angela Merkel veut la création d'un « réseau de communications européen »

Volonté sérieuse ou mesure protectionniste ?

Angela Merkel a proposé samedi que soit mis en place un « réseau de communications européen ». La chancelière allemande n’a guère apporté de précisions sur ce sujet mais a ajouté qu’elle rencontrerait mercredi le président François Hollande pour aborder le sujet. Véritable projet ou effet d’annonce pour surfer sur la vague du scandale révélé par Edward Snowden ?

Angela Merkel

Angela Merkel. Crédits : Bankenverband, licence Creative Commons

Un « réseau de communications européen » 

Mercredi aura donc lieu une rencontre entre François Hollande et Angela Merkel. Parmi les sujets abordés, la chancelière engagera la conversation sur la potentielle création d’un réseau européen de communications. Très peu de détails ont été fournis mais elle a indiqué qu’une telle infrastructure permettrait à l’ensemble de l’Europe de s’échanger des données sans qu’elles passent par les États-Unis. Une crainte dont la vivacité est entretenue depuis des mois par les documents dérobés par Edward Snowden et confiés à la presse.

 

On imagine que le sujet est d’autant plus sensible pour la chancelière que l’un des scandales la touchait personnellement : l’un de ses téléphones mobiles faisant l’objet d’un espionnage intensif de la NSA. Le problème est que l’annonce en elle-même est particulièrement floue, le langage employé étant généraliste. La protection des données sera manifestement au centre des préoccupations et elle indique que ce point sera « discuté avec la France ». Le point sera également soulevé avec les fournisseurs d’accès, « afin que personne n'ait à envoyer d’emails et d'autres informations de l'autre côté de l'Atlantique ».

Un sujet débattu mercredi avec François Hollande 

Dans la pratique, les communications avec des serveurs situés en Europe passant rarement par les États-Unis, comme nous l’indique Stéphane Bortzmeyer, architecte systèmes et réseaux spécialisé dans les questions de DNS : « C’était vrai il y a longtemps, mais aujourd’hui, si vous effectuez un « traceroute » vers un serveur en Europe, la communication a de grandes chances de rester au sein des frontières européennes ».

 

Pour l’expert, « un réseau européen » est une expression veut à la fois « tout et rien dire », et ce sont d’autant plus que « les personnalités politiques utilisent un langage très flou ». De là, on peut explorer plusieurs pistes. Bortzmeyer estime par exemple qu’Angela Merkel aurait pu indiquer par ses propos qu’elle envisageait la mise en place d’un webmail européen. Question alors : s’agirait-il d’une solution pensée pour le grand public ou d’échanges sécurisés avant tout entre les gouvernements ? Là encore, la situation est floue.

La dépendance aux solutions américaines est une partie du problème

Ce pourrait être également la préparation d’une mesure européenne pour exiger des grandes sociétés telles que Microsoft, Apple, Google ou encore Yahoo, à mettre en place des centres de données au sein de l’Europe pour héberger les données des comptes de ses citoyens. Actuellement, utiliser un compte Gmail par exemple envoie les données sur des serveurs américains. De là, ces informations tombent sous le coup de la loi FISA qui autorise les agences américaines du renseignement à venir y puiser ce dont elles ont besoin.

 

Stéphane Bortzmeyer doute cependant de cette hypothèse. Abordant notamment le cas d’Amazon qui autorise, pour son offre EC2, le choix d’une zone géographique, il estime qu’une demande de la NSA aurait tout autant de chances de passer. À ceci près que ce n’est plus la loi américaine qui servirait de cadre juridique mais la coopération entre les États-Unis et le pays dans lequel les serveurs sont en place.

Véritable volonté politique, opération de communication, mesure protectionniste ? 

Pour l’expert, la situation restera dans tous les cas problématique tant que les internautes « confieront leurs données à de grandes entreprises américaines ». Interrogé sur la facilité d’utilisation de ces solutions et leur capacité à être synchronisées avec de nombreuses plateformes, y compris mobile, Bortzmeyer espère que de vrais projets européens naîtront dans ce sillage, précisant qu’il est « important que la recherche et le développement continuent pour proposer de nouveaux services ». Dans tous les cas, « le problème de sécurité et de vie privée sera toujours là tant que les utilisateurs seront dépendants à de tels monstres ».

 

Reste donc à attendre mercredi et les éventuelles annonces qui en ressortiront. Il est possible d’ailleurs que la situation n’évolue pas et qu’il s’agisse d’une volonté de surfer sur la vague actuelle de protestation. Attention également à ne pas retomber dans une ou plusieurs mesures protectionnistes qui nieraient les bases d’Internet.

Vous n'avez pas encore de notification

Page d'accueil
Options d'affichage
Abonné
Actualités
Abonné
Des thèmes sont disponibles :
Thème de baseThème de baseThème sombreThème sombreThème yinyang clairThème yinyang clairThème yinyang sombreThème yinyang sombreThème orange mécanique clairThème orange mécanique clairThème orange mécanique sombreThème orange mécanique sombreThème rose clairThème rose clairThème rose sombreThème rose sombre

Vous n'êtes pas encore INpactien ?

Inscrivez-vous !