Vous n'avez pas encore de notification

Page d'accueil

Options d'affichage

Abonné

Actualités

Abonné

Des thèmes sont disponibles :

Thème de baseThème de baseThème sombreThème sombreThème yinyang clairThème yinyang clairThème yinyang sombreThème yinyang sombreThème orange mécanique clairThème orange mécanique clairThème orange mécanique sombreThème orange mécanique sombreThème rose clairThème rose clairThème rose sombreThème rose sombre

Vous n'êtes pas encore INpactien ?

Inscrivez-vous !

PC INpact interviewe Richard Stallman (FSF)

Techniquement un progrès, socialement une régression

Lors de son passage en France, Richard Stallman nous a accordé une interview depuis le siège de l'April. Un rendez-vous rare où le père du projet GNU et de la licence publique générale (GPL) revient avec nous sur plusieurs faits d'actualité. Le Kindle, Apple, l'eG8, Hadopi ou encore la problématique des logiciels privateurs et des menottes numériques

richard stallman GNU linux RMS APRIL

En 1996 vous aviez écrit « le droit de lire ». Un texte aujourd’hui qui semble d’une éclatante actualité...

C’est vrai. D’ailleurs, le Tennessee vient de voter une loi qui interdit le partage des comptes (login/mot de passe) pour des services informatiques d’accès aux œuvres. Comme je l’avais anticipé dans ce texte de 1996.

Une prophétie… ?

Peut-être, mais c’est la tendance. Chaque avancée chronologique dans une époque où les entreprises règnent est l’opportunité d’imposer d’autres contrôles. Des avancées qui pourraient nous libérer mais qui en réalité nous soumettent.

Avec votre texte de 1996, on peut également parler du Kindle d’Amazon

Oui, où on ne peut prêter les œuvres librement. Ils ont inventé un ersatz de prêt, avec du temps limité, de l’identification d’autres clients du même produit, etc. Ce serait une erreur que d’accepter même une seule de ces limites. Le système qu’on veut nous imposer est injuste et il s’agira bien de nous l’imposer ! Pendant quelques années, il y aura toujours des livres disponibles en papier, mais peut-être pas tous. Un jour nous devrons alors choisir : ou accepter leur système ou ne pas lire les nouveaux livres. Mon choix est déjà fait.

Je ne vais pas vous le demander (rire). Mais pourquoi les utilisateurs acceptent-ils de s’enchaîner à ces technologies ?


Car ils voient la commodité immédiate, non la perte qui viendra plus tard, indirectement. Si tu utilises le Kindle, tu ne perds pas la possibilité d’emprunter des livres. Mais ce sont tes amis qui le perdent. Tu abimes le futur de tes relations sociales.

Typiquement, voilà un progrès qui est une régression...


Oui. Techniquement un progrès, socialement une régression. Je pourrais l’appeler la loi du progrès technique sous l’empire des entreprises selon laquelle chaque avancée technique implique une régression sociale.

richard stallman GNU linux RMS APRIL

Est-ce incompatible pour une entreprise que de cumuler progrès technique et progrès social ?

Quand les entreprises dominent l’État et écrivent les lois, elles n’acceptent pas de gagner moins. Les entreprises pourraient coexister avec ces deux idées mais ce n’est pas leur choix. Tant que les entreprises pourront choisir, elles choisiront la régression sociale. Elles veulent diviser et dominer.

Là est donc le rôle de l’État ?


Oui. Le but d’un État démocratique est de résister au pouvoir des entreprises, des riches. La démocratie a été inventée pour que la grande quantité de pauvres puisse avoir plus de puissance que les riches. Mais aujourd’hui la démocratie est malade : l’État-traitre aide les entreprises et ne défend pas la majorité des citoyens. Il ne fait pas son devoir.

Civilisation- surveillance - censure.

En parlant de puissance de l’État, voilà quelques semaines s’est tenu en France l’eG8

Oui, c’est l’essai de Sarkozy d’attaquer les droits de l’Homme sur Internet.

Vous croyez ?

C’est évident car ce que Sarkozy a fait durant des années a toujours été d’attaquer ces droits. Il veut étendre cette attaque dans le monde entier. Il est le « serviteur vassal » des grandes entreprises, par exemple de l’édition, et aussi des intérêts de l’état de fausse sécurité. Il veut imposer la censure et la surveillance sur Internet. Pour lui, la civilisation est la surveillance et la censure.

Civiliser, qu’est-ce que c’est selon vous ?

Qu’on respecte les droits, c’est-à-dire le droit de l’Homme, celui des autres, non le pouvoir des entreprises. Tout le monde doit avoir le droit de dire n’importe quoi. Et quand il y a une œuvre publiée, tout le monde doit avoir la liberté de partager l’œuvre, c’est-à-dire distribuer des copies de cette œuvre de manière non commerciale. C’est partager.

L’un des droits de l’Homme des internautes doit être celui de partager. Seulement, des lois tyranniques et draconiennes sont capables d’empêcher le partage. Des entreprises qui veulent dominer sont prêtes à détruire l’idée même de la justice pour atteindre ce but, celui d’éliminer le partage. Elles feraient n’importe quoi pour l’empêcher et terroriser les internautes qui veulent s’y adonner.

richard stallman GNU linux RMS APRIL

Des internautes qui veulent partager, mais nous avons des auteurs qui veulent vivre.

Ils vivent d’une manière ou d’une autre. Ce n’est pas une question de survie, n’exagèrez pas. C’est le mensonge que les entreprises disent pour avoir plus de pouvoir sur nous.

Mais la vérité est que le système actuel du droit d’auteur rapporte très peu d’argent aux auteurs.

Il y a quelques auteurs qui sont des stars, se font très riches et n’ont pas besoin de tant d’argent. Il y a un peu plus d’auteurs qui gagnent assez pour subvenir aux dépenses d’une vie normale. Mais presque tous les auteurs ne gagnent presque rien et ont d’autres emplois. Donc c’est mensonge sur mensonge !

D’abord parce qu’il ne s’agit pas de vivre, mais de gagner de l’argent. Le chômage ne tue pas. Le chômage est un problème social assez grave mais seulement une petite fraction de ce problème peut être corrigée en soutenant mieux les auteurs. Parce que la grande majorité des chômeurs n’écrit pas. On ne peut résoudre ce problème par le droit d’auteur.

Mais je suis pour le soutien aux auteurs. Pour ce faire, nous devons changer profondément le système actuel. Sa nature aujourd’hui est d’enrichir les entreprises, non les auteurs ; je propose un autre système qui utiliserait de l’argent public à partager entre les auteurs selon le succès de chacun. Un succès qu’on peut mesurer par des sondages, mais non selon une fonction linéaire. La proportion linéaire donnerait trop aux stars, pas suffisamment aux autres. Je propose donc de la diviser selon la racine cubique du succès de chaque artiste. Comme cela, nous diminuerions la différence entre les stars et les artistes de succès moyen mais toujours en fonction du succès, pas selon des décisions bureaucratiques.


Le cloud dans les nuages

On retrouve ici la trace de la proposition que vous aviez lancée avec Francis Muguet

J’ai fait deux propositions, et j’ai participé aussi au mécénat global, qui au commencement était une idée de Francis. Il a cherché à proposer un système compatible avec la jurisprudence existante en Europe. Il connaissait ce sujet, moi non. J’ai donc proposé deux systèmes « purs » et le Mécénat global est venu mélanger l’un et l’autre.

L’un est de distribuer de l’argent public selon la racine cubique du succès de chaque artiste. L’autre fonctionne par des paiements volontaires. Si chaque reproducteur avait un bouton pour envoyer un euro aux artistes anonymement, beaucoup le ferait ; C’est si peu d’argent si tu n’es pas pauvre ! Il faut rendre ce versement très facile. Actuellement on ne le fait pas car c’est trop difficile.

richard stallman GNU linux RMS APRIL

Impossible même…

Non pas impossible. On peut trouver le nom de l’auteur en ligne, lui faire un versement d’un euro par un système comme Paypal. Mais il ne reçoit qu’un demi-euro, non l’euro entier. Ce n’est donc pas efficace. Si nous éliminons les obstacles, beaucoup enverront un euro.

Le mécénat global essaye de mélanger les aspects des deux systèmes. Chaque internaute devrait payer une somme forfaitaire mensuelle dont il pourrait attribuer jusqu’à peut-être un tiers de cette somme aux œuvres. Et cet argent serait transmise aux auteurs de ces oeuvres. Ainsi le système calcule le succès de chaque artiste et divise le reste de l’argent selon la racine cubique du succès de chacun. C’est une combinaison. Une autre est d’imaginer de calculer le succès de chaque artiste selon la quantité envoyée.

En France, on a fait une autre combinaison… c’est Hadopi

C’est l’État traitre ! Il faut éliminer ce gouvernement, il faut avoir un État démocratique qui résiste au pouvoir des entreprises, un État qui agisse pour réduire leur pouvoir. Tous les changements qui augmentent ce pouvoir sont mauvais. C’est un préjudice à la démocratie.

Il faut que dans chaque question posée, on se demande comment diminuer le pouvoir des entreprises, comment bloquer les conglomérats de grandes entreprises, par exemple.
.
Comment considérez-vous le terme poétique de Cloud computing ?

Je n’utilise jamais cette expression, elle est nébuleuse, c’est un faux concept, trop large. L’expression fait référence à tant de manières d’utiliser le réseau où chacune pose des questions. Les combiner comme si elles étaient uniques revient à ne pas voir les questions posées.

C’est une notion inutile pour comprendre mais très utile pour vendre.

Avec ce "cloud computing", les utilisateurs sont finalement prêts à déporter leur liberté ailleurs...

Oui bien sûr parce que les utilisateurs n’ont pas été éduqués à reconnaître leur liberté, à la valoriser, et donc ils l’abandonnent facilement.


Apple Store, le logiciel libre

Que pensez-vous du succès l’Apple Store ?

C’est un cas spécifique. Un système de menottes numériques. Les utilisateurs parlent de jail break car ce produit est en prison. Les menottes numériques, en anglais DRM ou mesures techniques de restrictions, sont les fonctionnalités malveillantes dans les produits informatiques conçues pour restreindre l’utilisateur du produit et souvent on trouve de telles fonctionnalités pour restreindre l’utilisation des œuvres copiées. Mais Apple est pionnier et a porté la restriction sur l’installation même des applications. Dans ce produit, on ne peut installer que des applications approuvées par Apple. Donc le produit est en prison.

J’ai lu aujourd’hui qu’Apple a décidé d’interdire des applications complètement légales, celles destinées à diffuser les lieux où se trouvent des contrôles routiers anti-alcoolémie. Les gens qui voient ce contrôle publient l’endroit où ils se trouvent. C’est légal. Certains ont alors créé une application pour informer les utilisateurs facilement de l’endroit de ces contrôles. Apple a décidé d’imposer la censure de ces applications bien qu’elles soient légales. On voit qu’avec son pouvoir Apple est devenu un point de censure.

Comment agit la FSF face à toutes ces problématiques ?

Nous avons depuis plusieurs années une campagne de manifestation contre les menottes numériques. Tu peux la trouver dans defectivebydesign.org. C’est notre réponse. Nous rejetons les menottes numériques car nous rejetons les logiciels « privateurs ».

Nous n’avons pas abordé la question du logiciel libre…

richard stallman GNU linux RMS APRIL

J’allais y venir !

Un logiciel libre est un logiciel qui respecte le droit de l’Homme : liberté, égalité, fraternité. Liberté car l’utilisateur de ce programme est libre. Egalite parce ce que personne n’a de pouvoir sur personne par le logiciel libre. Et fraternité, car nous encourageons la coopération entre les utilisateurs.

Donc le Logiciel Libre respecte la communauté et la liberté des utilisateurs, lesquels ont le contrôle du programme ; Un programme qui n’est pas libre, privateur de liberté, privateur des droits de l’homme, impose un système injuste de colonisation numérique sur ces utilisateurs. Et comme tout système colonial, il pratique la division et la domination. Il maintient les utilisateurs divisés et impuissants. Divisés parce qu’ils ont l’interdiction de redistribuer des copies de programme. Impuissant parce qu’ils n’ont pas le code source du programme et ne peuvent investiguer sur ce que ce programme fait vraiment. Donc c’est injuste. Ceux qui veulent imposer aux utilisateurs des menottes numériques le feront par logiciel privateur.

On ne peut rien imposer aux utilisateurs par un programme libre. Si l’utilisateur a le contrôle et est face à quelque chose qu’il n’aime pas dans ce programme, il peut le changer. Nous sommes contre ces programmes privateurs, nous les rejetons de nos ordinateurs, nous ne les acceptons pas.

Si une œuvre est publiée uniquement avec des menottes numériques, nous n’y avons pas accès sauf dans le cas où un programme est capable de les rompre. Cependant, aux États-Unis comme en France, ces programmes sont censurés. Ils sont illégaux même s’ils sont faciles à trouver. De toute manière, s’il y a quelque chose que le logiciel libre ne peut pas faire parce que c’est interdit de le faire par cette voie, c’est un problème grave pour le mouvement du libre. Nous devons alors faire quelque chose, d’où notre programme contre les menottes numériques.


Bien voir les malwares

Il y a d’ailleurs un paradoxe : voilà un État qui se montre favorable aux menottes numériques (DADVSI) et qui d’un autre côté équipe sa gendarmerie de logiciels libres.

Ce n’est pas une contradiction. Utiliser le logiciel libre est avantageux pour l’utilisateur. La gendarmerie a reconnu cet avantage et je suis heureux pour elle car tous les utilisateurs devraient avoir le contrôle de leur informatique ce qui est seulement possible avec le logiciel libre. Quant aux droits de l’homme, des citoyens, Sarkozy est contre.

Finalement, le piège dans toutes ces problématiques est peut-être d’associer les concepts de logiciels propriétaires et sécurité…


Je ne dis pas propriétaires car l’expression ne montre pas pourquoi ce logiciel est mauvais. « Privateur » est plus adapté. Ce sont les programmes qui privent de la liberté, des droits de l’Homme.

Le développeur est tenté d’introduire des fonctionnalités malveillantes. Ce n’est pas automatique qu’un programme privateur porte de telles fonctionnalités mais il y a une tentation. Le développeur est conscient d’avoir du pouvoir sur les utilisateurs du programme. Certes, s’il a assez de conscience, des principes qui le gênent, il a l’option de ne pas le faire. Mais si ses choix sont uniquement déterminés par l’argent et s’il voit l’opportunité d’en gagner toujours plus en introduisant ces fonctionnalités de surveillance, de menottes numériques, de portes dérobées, il le fera. La plupart des programmes privateurs très connus contiennent des fonctionnalités malveillantes.

richard stallman GNU linux RMS APRIL

Par exemple ?

Windows a des fonctionnalités de surveillance, de menottes numériques, des portes dérobées. Avec une porte dérobée, Microsoft a le pouvoir d’imposer un changement de logiciel sans demander l’autorisation du propriétaire théorique de l’ordinateur.

Un peu comme si quelqu’un entrait chez toi pour changer les meubles…

Oui c’est exact ! Malware… La même expression que nous appliquons aux virus s’applique également à Windows pour les mêmes raisons. Seulement par habitude les gens ne considèrent pas les mêmes malignités dans Windows.

Les gens prennent pour acquis qu’un programme connu comme celui-ci n’est pas malveillant. Mais Windows fait les mêmes mauvaises choses que les virus. Et le système du Macintosh aussi a des menottes juridiques. L’iPhone, l’iPad ont aussi des fonctionnalités maintenant très célèbres de surveillance et une porte dérobée pour supprimer à distance les applications déjà installées. Le Flash Player d’Adobe a lui aussi des fonctionnalités de surveillance et des menottes numériques. Le Kindle aussi, avec une porte dérobée capable de supprimer à distance les livres. Amazon l’a fait et a supprimé des milliers d’exemplaires du livre 1984 de Georges Orwell.

Une question plus personnelle pour finir : comment fais-tu psychologiquement pour absorber et supporter tout cela ? N’as-tu pas envie de baisser les bras, abandonner ?

Non ! Ce serait perdre sur le champ. Je ne veux pas perdre. C’est comme si l’anxiété d’essayer d’échapper à la mort était trop forte et qu’on s’abandonnerait finalement à la mort. C’est irrationnel !

Mais des Richard Stallman il n’y en a qu’un…


Non ! Je suis unique en tant que Richard Stallman, mais pour le reste des qualités, il y a d’autres personnes. Ce ne sont pas des copies de ma personne. Il n’est pas besoin d’être mon clone pour lutter pour la liberté.
0 commentaire
Il n'est plus possible de commenter cette actualité.