L'ICANN fait une croix sur le X

Le porto, oui, le porno, non ! 24
icannL’extension XXX n’en finit plus de faire parler d’elle : alors que le dossier devait être réexaminé à Vancouver, Vinton Cerf, chairman de l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) a décidé unilatéralement et à la dernière minute de supprimer cette question de l’ordre du jour, à Vancouver.

Depuis lundi 28 novembre et jusqu'à dimanche 4 décembre, le conseil d'administration de l’ICANN est en effet réuni au Canada. Plusieurs organismes mondiaux, des registrars ou des institutions sont conviés à cette grande messe. A ce titre, une réunion du Comité Consultatif Gouvernemental (GAC ou Governmental Advisory Committee), porte-parole de l’avis des gouvernements auprès de l’ICANN, devait examiner le cas de l’extension XXX, premier point de l’ordre du jour.

La raison officielle serait un besoin de temps pour analyser un rapport de 350 pages sur la faisabilité de ce domaine, réservé aux sites pornographiques. Et, sans surprise, aucune information n’a été fournie pour dater la fin de cette analyse, sans doute tellement complexe… Mais des rumeurs évoquent une demande expresse de Viviane Reding, la Commissaire européenne en charge de la société de l'information, qui aurait menacé de retirer cette réunion. A l’origine du problème, une vague histoire de réglements de compte, entre l’ICANN et l’Europe, données finalement balayées d’un revers de manche par Paul Twomey, responsable de l’ICANN,

Le 1er juin dernier, l’organisme américain, qui a en charge les noms de domaines, approuvait l'extension .XXX en tant que STLD (Sponsored Top Level Domain). L'objectif était sain, pour certains : lors de la saisie d’URL, des erreurs de frappe conduisent parfois les jeunes enfants sur des sites pour adultes. Avec cette extension, plus de risque. De plus, elle permet facilement de prévoir la mise en place de filtre sur les navigateurs. C’est la société ICM Registry qui devait finalement se charger de cette extension rose. En vain : l'administration Bush, pressée par des lobbys ultraconservateurs américains, s'est rapidement opposée à ce « quartier rouge virtuel ». Le Family Research Council, l’un d’eux, évoquait ainsi le risque de voir « submerger les maisons, bibliothèques et la société de pornographie à travers les domaines XXX ». Du coup, l’ICANN acceptait comme par miracle de refermer ce dossier pour le repousser systématiquement à de futures réunions.

C’est toujours cette même institution qui clamait son indépendance voilà quelques jours à Tunis alors que plusieurs pays souhaiteraient enfin voir la gestion du Net confiée à un organisme telle l’ONU.