[Humeur] France Télévisions, les JO, les réseaux sociaux... le drame

Mer ils sont fous ! 53

Hier, en pleine nuit, Twitter s'est en partie enflammé en France. La raison ? L'émission de France 2 dédiée à l'analyse de chaque journée des Jeux Olympiques, la prolongation, a décidé de parler des réseaux sociaux pendant à peu près 20 minutes.

Patrick Montel avait d'ailleurs prévenu un peu plus tôt dans la journée sur Twitter :

Certains avaient donc décidé de se visser devant leur télévision afin de voir ce qu'il pouvait en ressortir, l'idée de fond de départ étant plutôt intéressante. Elle semble d'ailleurs être venue de dérives récentes, intervenues pendant les jeux, telles que le blocage du compte d'un journaliste de la BBC suite à des propos tenus sur le réseau qui n'auraient pas été du goût de la NBC. Un compte réactivé depuis, Twitter s'étant d'ailleurs expliqué et excusé au passage. Il a aussi été question du jeune anglais qui a été interpellé pour une série de tweets malveillants envoyé à un athlète dont le père était récemment décédé.

Les réseaux sociaux, cet univers impitoyable

Ces cas extrêmes étant passés, on attaque la question vitale des réseaux sociaux : le nombre de followers des intervenants, et leurs amis Facebook. Nathanaël De Rincquesen, célèbre pour la fameuse affaire du MEUPORG, était d'ailleurs en plateau, expliquant qu'il avait été échaudé par ces services après avoir « mal prononcé un mot, un nom sensible aux gens qui pratiquent les réseaux sociaux, les fameux geeks ».

Avouant qu'il avait été très critiqué et qu'il avait même reçu des menaces de mort, il aura tout de même décidé de découvrir cet univers (impitoyable ?) : « Twitter, les réseaux sociaux, c'est un petit peu comme une voiture, qu'on donne à tout le monde, et les gens ne savent pas conduire. Il y a ceux qui découvrent, qui vont doucement et qui sont prudents et qui apprennent à conduire, et il y a ceux qui font n'importe quoi et c'est une voiture et c'est dangereux parce que les voitures il y a ceux qui conduisent bien et ceux qui conduisent mal. Moi j'ai demandé à apprendre à conduire et aujourd'hui j'ai un compte Facebook et j'ai 4 ou 5 000 followers, j'ai un compte Twitter et j'ai un peu moins, et je fais attention et je suis prudent ».

Pour ceux qui n'auraient pas souvenir de cette fameuse histoire du Meuporg, Nil l'avait évoquée au sein de l'un de ses éditos en avril 2010. Le chroniqueur y avait effectivement mal prononcé le terme MMORPG, lui préférant celui désormais célèbre. Une mauvaise prononciation que l'on avait retrouvé (de manière un peu différente) sur France Télévisions peu de temps après au sein de la série Plus belle la vie.

Cette première partie du débat est d'ailleurs intéressante tant elle représente l'un des biais que l'on retrouve dans de nombreuses analyses des dérives liées aux nouvelles technologies. Sans évoquer le fait qu'il n'y aurait pas eu « d'affaire » sans l'erreur d'un chroniqueur qui n'avait apparemment pas assez préparé son sujet, on note que le problème est plus la réaction démesurée de certains téléspectateurs que le canal utilisé. Avant les réseaux sociaux, les insultes et les menaces n'arrivaient-elles jamais par courrier ou même par mail sur les autres sujets (guerre, religion, économie, faits divers, interview bidonnée, etc.) ?

Une certitude, ces outils assurent une forte publicité. Ils sont une caisse de résonnance dans laquelle, si on veut éviter l’amplification acoustique, il est judicieux de s’abstenir de dire des bêtises. Autre exemple contreproductif : tenter de pulvériser la liberté d’expression en se retournant vers la justice pour faire taire les uns et les autres. Car on n’y pense jamais assez : ces réseaux sociaux sont bien moins anonymes que les courriers, contrairement à ce que certains semblent penser.

Patrick Montel ira d'ailleurs plus tard indiquer que c'est la viralité des propos qui peut devenir un souci, « une petite remarque, une chose anodine, avec l'effet viral des réseaux sociaux, cela devient une affaire d'état ». Frédérique Jossinet jugera pour sa part que le côté virtuel de la relation facilite les dérives « C'est tellement facile d'être derrière un écran et de déblatérer ».

Pour autant, tous ces « tuyaux » doivent-ils être jugés comme responsables des pratiques parfois regrettables de la nature humaine ?

Twitter : un lien entre les médias et le monde réel, ou un simple comptoir des sports ?

Le second intervenant, Jérôme Alonzo, commence en expliquant que les réseaux sociaux sont pour lui un moyen de rentrer en contact avec ces personnes qui constituent son audience, depuis un peu moins de deux mois et un peu moins de 4000 followers. Comme beaucoup de membres des médias, il voit en effet plus cela comme l'occasion d'une discussion : « J'ai un avis, souvent subjectif, on tranche, on doit être pour on doit être contre et l'arbitrage des gens m'intéresse beaucoup.  J'en tiens compte, et pour l'instant j'ai plutôt des bonnes surprises, pas trop de problèmes à part trois ou quatre abrutis par-ci par-là, mais c'est pas bien méchant ».

JO 2012 Prolongation Réseaux Sociaux

Il racontera même avoir déjà utilisé Twitter pour demander l'avis de ses followers avant de rédiger un sujet sur la délocalisation du PSG, une manière de prendre le pouls des personnes, forcément passionnées du sujet, qui le regardent et l'écoutent. 

Deux visions bien différentes, comme semble l'avoir compris Nathanaël De Rincquesen qui avoue ne se servir de ces réseaux que pour diffuser de l'information, plutôt que pour écouter l'avis de ceux qui le suivent, même s'il lui arrive de répondre aux questions que l'on peut lui poser. Il indiquera un peu plus tard que cela n'est pas « une source  journalistique » pour lui, et ne voir cela que comme un comptoir des sports : « avant t'avais cinq mecs en train de prendre un café - Alors qu'est-ce que t'en penses ? - chacun donne son avis. Maintenant tu as 500 000 mecs en train de prendre un café, qui eux-mêmes vont avoir quelques milliers de followers machin et tout le monde donne son avis ».

La fin des relations sociales, du tarot... et des journalistes

Mais Twitter tue aussi la communication entre les personnes physiques. Un point qui peut effectivement devenir un réel problème pour les accrocs, qui comme pour toute addiction s'enferment et se coupent des autres, mais l'argument utilisé prêtera tout de même à sourire : « J'étais tout à l'heure avec mes consultants, et à un moment, pendant une demi-heure, il n'y avait pas un bruit parce que l'on était en train de tweeter deux trois choses, en train de contrôler. Mais tu t'aperçois que c'est en train de tuer tout simplement cet aspect social. Et Jean-François Lamour m'a dit : Y'a dix ans, on se serait fait un tarot en attendant le match suivant ».

Jean-Claude Perrin, pour sa part, avouera qu'il est plutôt hermétique à ce genre de service : « je fais toujours mes correspondances, je ne fais confiance qu'aux PTT moi ». Pensant à ceux qui n'utilisent pas les réseaux sociaux, il se demandera de quoi ils seront privés, comme l'on pourrait se demander de quoi seraient privés ceux qui n'ont pas de télévision. Il prédira tout de même aux journalistes que cet outil, utilisé au départ comme source d'information, finira par se retourner contre eux. Le contact avec les téléspectateurs / auditeurs / lecteurs serait donc néfaste ?

JO 2012 Prolongation Réseaux Sociaux

Le débat se finira par une question récurrente lorsque l'on parle de marketing au sein des réseaux sociaux : l'achat d'amis et de followers permettant « de se faire mousser », notamment auprès des sponsors, qui sera amalgamé avec les systèmes de publicité permettant de faire la promotion d'un message ou d'une page.

Comment Twitter peut-il être pris au sérieux ?

Pour notre part, nous terminerons par cette phrase de Patrick Montel qui semble oublier que tous les réseaux sociaux ne sont pas Twitter, et que la longueur des mots ne fait pas forcément l'intérêt du propos : 

« Mais en 140 caractères, mais comment tu veux dire un truc sérieux en 140 caractères ? »

Vous pourrez retrouver l'ensemble de cette émission sur le service Pluzz. Le débat débute à 3:50:45. N'hésitez pas à nous faire part de vos réactions au sein de nos commentaires. Et pour prouver que les réseaux sociaux sont aussi une source de félicitation, voici un tweet aussi positif que l'on peut l'être, partagé par Nathanaël De Rincquesen ce matin :