Presse-citron : quel modèle économique, quelles évolutions ?

Presse-citron et son modèle économique

Fin juillet, Presse-citron publiait le second épisode de sa série de reportages : Les héros du web. Au programme, la « Social TV » vue par le prisme de Darewin, de France TV et de Facebook. Problème, ce dernier était partenaire de l'évènement Start-Up Presse-citron quelques semaines plus tôt, et c'est d'ailleurs à cette occasion que l'interview et le tournage semblaient s'être déroulé.

 

De plus, l'opérateur Orange nous paraissait relativement omniprésent : annonceur sur le site, partenaire du programme, client de la société de production Uptown Prod... il était aussi lié à l'animateur, Vincent Puren, qui se présentait alors comme « Brand content editor » au sein de son profil Twitter et officiait précédemment au sein du Transmedia Lab.

 

 

C'est donc avec surprise que nous avions constaté la mise en ligne, quelques jours plus tard, d'une actualité concernant My Sosh TV, une application mobile annoncée par la marque « Low cost » de l'opérateur trois semaines plus tôt. Nous décidions alors de commencer à regarder cela de plus près, avant de contacter l'équipe pour en savoir plus. Mais c'est finalement Eric Dupin qui nous a contactés le premier et qui a accepté de répondre à nos questions.

 

L'occasion de tenter de lever nos doutes concernant l'indépendance du programme et de son contenu, mais aussi d'en apprendre un peu plus sur la gestion et l'avenir de Presse-citron, qui, après avoir intégré Frédéric Pereira, se prépare à une levée de fonds et n'exclut pas l'arrivée d'un modèle de services Premium.

Bonjour Eric, est-ce que tu peux te présenter et nous parler un peu de l'historique de Presse-citron ?

Presse-citron a été créé il y a 8 ans, en juillet 2005, sur un coup de tête, pour le plaisir d'écrire et de partager des news et des opinions sur le web et les technos numériques.

Le site a commencé comme un blog, mais il dispose aujourd'hui de plusieurs rédacteurs. C'est donc désormais plus que ça non ? Tu le définirais comment ?

C'est un blog multi-rédacteurs. Disons que c'est devenu un site ou un média d'info sur l'actu du web et du numérique qui essaie de garder un certain « esprit blog » en ce sens que je n'interdis à personne de parler à la première personne et de donner son avis.

Et comment le site est financé actuellement, arrives-tu à en vivre ou maintiens-tu des activités à côté ?

Comme tout média, le site est financé exclusivement par la publicité, mais nous essayons de varier les modes de publicité et de financement en sortant tant que possible du simple affichage de bannière. Nous mettons en place des partenariats éditoriaux, du sponsoring de rubrique, quelques publi-rédactionnels et nous travaillons sur le développement du Native Advertising. À côté de cela nous avons notre plateforme de communiqués de presse PowerPress.fr qui marche plutôt bien, et j’ai quelques clients à titre personnel en conseil.

 

Presse-citron

Quelle est l'audience d'un site comme Presse-Citron aujourd'hui ?

Nous tournons autour d’1,5 million de pages vues mensuelles, mais c’est très fluctuant selon l’actu. Soyons honnêtes, depuis l’émergence des réseaux sociaux, nous sommes pile dans la cible des sites qui se sont fait un peu ratiboiser leur lectorat par Facebook et compagnie. D’autre part, sans que je sache vraiment pourquoi, les différentes mises à jour Google ne nous ont malheureusement pas fait du bien, alors que le site respecte les guidelines à la lettre et produit du contenu correspondant aux critères de « qualité » d’un bon référencement (mais c’est un autre débat…).

 

Cela étant, même si personne n’ose vraiment le dire, je crois que nous sommes nombreux dans ce cas, à attendre que la croissance de l’audience redémarre. En fait l’audience n’a pas baissé, mais elle ne progresse plus depuis 18 mois.

Comment est gérée la publicité sur Presse-citron, tu passes par une régie ?

De quatre façons : d’une part une régie qui gère la majorité de l’inventaire sur des emplacements exclusifs, d’autre part quelques fidèles annonceurs « historiques » en direct avec qui je négocie personnellement, ensuite, des partenaires éditoriaux gérés et négociés par Valentin, et enfin un peu de Google Adsense.

Tu es seul à la tête de Bloobox Net qui annonce 150 000 euros de chiffre d'affaires pour 2012. L'édition de Presse-citron est la seule activité de la société ou en compte-t-elle d'autres ?

Non, Presse-citron représentait jusqu’à présent 100 % du CA, mais sur le prochain exercice nous allons dépasser 200 000 euros avec l’apport de PowerPress. Ce sont des chiffres qui peuvent paraitre modestes, mais il faut se remettre dans le contexte de ce qui est à l’origine un simple blog personnel. Et là c’est plutôt énorme quand on sait qu’il est courant d’affirmer qu’il est impossible de viabiliser et de vivre d’un blog en France.

 

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’autres exemples francophones dans le même cas de figure. D’autre part, la progression à venir est plus importante puisque dans le cadre d’une prochaine levée de fonds nous avons fait valider un business plan qui prévoit un million de CA à l’horizon 2018.

 

Start-Up Presse-citron

Tu as organisé récemment l'évènement « Start-Up Presse-Citron » en partenariat avec Facebook, Microsoft Bizpark et Spotify. Quel est l'objectif ? Est-ce l'aboutissement du travail quotidien de Valentin Pringuay ?

Oui c’est un peu ça, tout ceci est à mettre au crédit exclusif de Valentin, qui gère l’intégralité de l’opération de main de maître. Il a déjà en tête un autre évènement, qui devrait contribuer à la croissance du CA que j’évoquais précédemment.

Tu as annoncé vouloir un peu plus professionnaliser l'activité du site dès le second trimestre, quelle forme est-ce que cela prend exactement ?

Avec la levée de fonds nous allons avoir un peu plus de moyens pour professionnaliser la rédaction, être plus présents en live sur l’actu, notamment les évènements en France, faire peut-être plus de vidéo, lancer d’autres séries dans la lignée des Héros du Web, travailler sur une nouvelle version du site (en cours), etc.

Tu vises plutôt le grand public, ou ceux qui s'intéressent au B2B ?

Disons le « grand public professionnel », les personnes qui lisent l’actu au bureau, qui ont une activité pro qui les conduit à se tenir au courant des tendances. Je situe Presse-citron comme un site de geeks pour les non-geeks. Je tiens particulièrement au côté vulgarisation et à éviter le jargon trop « nerd ». Certains pseudo-spécialistes nous le reprochent d’ailleurs parfois dans les commentaires, mais les chapelles ce n’est pas trop notre truc.

Pour monétiser ton audience, est-ce que tu comptes à terme miser sur autre chose que la publicité sous ses différentes formes ? Un abonnement et un modèle Freemium par exemple ?

C’est ça, nous y réfléchissons depuis longtemps et Valentin travaille sur le projet d’une offre Premium, qui sera originale et sans beaucoup de points communs avec ce qui existe actuellement sur le web. Nous pensons à une sorte de club avec des avantages très diversifiés fournis par une sélection de partenaires.

Comment sont rémunérés les différents rédacteurs ?

Ceux qui sont rémunérés sont payés à l’article en freelance avec un statut autoentrepreneur, mais tous ne souhaitent pas l'être car certains font cela pour le plaisir de publier, pour travailler leur présence en ligne ou compléter leur CV. Nous avons aussi un stagiaire, Axel, qui lui est rémunéré selon les règles de sa convention de stage. Valentin est désormais salarié à plein temps chez Bloobox.

Le choix de travailler en code NAF 6201Z plutôt que comme une SARL de presse avec la convention des journalistes, est-ce un choix ? Est-ce amené à changer ?

Alors là, question technique qu’on ne m’a jamais posée et à laquelle je n’avais jamais pensé ! Il n’y a qu’un journaliste pour poser ce genre de question. Le code NAF est celui que j’ai « choisi » (je n’avais pas le choix en fait) quand j’ai créé la SARL eu début des années 2000 (je ne me souviens plus l’année), à une époque où mon activité de webmaster/chef de projet web indépendant ne rentrait dans aucune catégorie NAF vu que pour ce genre d’organisme officiel le web n’existait tout simplement pas.

Les héros du web, et l'émission dédiée à la Social TV

Passons maintenant  à Vincent Puren, animateur de l'émission Les héros du web, et rédacteur occasionnel pour Presse-citron. 

Bonjour Vincent, peux-tu te présenter, quel est ton parcours ?

Bonjour David, je suis Vincent Puren et voici mon profil Linkedin. Quel meilleur moyen pour se présenter « professionnellement » ?

Tu rédiges aussi sur l'Atelier du numérique, c'est quoi exactement ?

L’Atelier du Numérique c’est une plateforme de veille technologique destinée au petit monde de la communication et du marketing. Je suis parti d’un constat très simple : dans ce domaine la plupart des sites se contentent de décrypter (voire de promouvoir) des campagnes et d'autres inventions publicitaires. Avec mon équipe composée de dix personnes, nous avons la volonté d’aller plus loin et de nous projeter dans l’avenir pour déterminer ce à quoi ressemblera l'écosystème de demain. Je veux que chaque lecteur quitte le site avec, en tête, de nouvelles pistes à expérimenter.

 

Presse-citron

L'idée de l'émission des « Héros du web », c'est venu comment ? Quel est votre but avec ce format mensuel ?

J’ai toujours voulu aller au-delà de la rédaction et exprimer mes idées autrement. Je parlais de vidéo depuis l’été 2012 avec Eric, le projet a débuté en janvier 2013 en interne et le premier épisode est sorti en juin. Nous avons avec Eric un goût prononcé pour la prise de risque. Nous ne maitrisions pas du tout la production vidéo qui requiert une vraie expertise et pourtant nous avons foncé sans hésiter.

Combien de personnes travaillent sur l'émission ?

Aujourd’hui nous sommes entre trois et cinq suivant les épisodes. Je m’occupe de l’écriture du script et de la sélection des intervenants, avec ma société Hallès Agency nous gérons le community management et enfin Uptown s’occupe de la réalisation. 

Quel est le coût d'un épisode de l'émission et comment est financée une telle équipe / production ?

Nous ne pouvons pas communiquer sur ce point, mais c’est plus que raisonnable en comparaison à d’autres programmes de ce type.

Tu as travaillé pour le Transmedia Lab d'Orange. Orange est annonceur sur Presse-citron et partenaire de l'émission, mais aussi client d'Uptown Prod qui la réalise. Orange a-t-il son mot à dire sur les sujets ? Est-ce possible pour vous de remettre en cause la marque ?

Sache avant toute chose qu’Orange c’est plus de 120 000 personnes. À mon départ du Transmedia Lab je n’avais aucun contact avec l’équipe qui soutient aujourd’hui les Héros du Web. J’ai appris à connaitre la philosophie du groupe tout comme Eric. C’est un acteur incontournable dans le numérique. Ils le savent, mais pourtant continuent de soutenir de petits acteurs, qu’ils ne brident pas dans leur créativité et auxquels ils n’imposent jamais leurs idées. Bénéficier de la totale confiance d’Orange c’est forcément hyper valorisant. C’est rare de tomber sur une société aussi grande avec une telle vision entrepreneuriale des choses.

 

Presse-citron

Dans la dernière émission qui avait pour sujet la social TV, vous avez interrogé Facebook, présenté comme « la plateforme la plus populaire pour échanger autour des programmes TV », mais pas Twitter. Pourquoi ce choix ? Est-ce que cela avait un rapport avec le partenariat autour de « Startup Presse-citron » ?

Je n’ai pas de lien avec « Start-up Presse-citron » c’est un autre membre de Presse-citron qui s’en occupe. Me concernant j’ai travaillé les temps passés sur cette problématique de la social TV que ce soit au TM Lab ou chez Hallès Agency et donc j’ai un peu de recul sur le sujet. Ma première exigence pour les héros du web a été de ne pas reproduire le discours des médias (presse, TV) sur le sujet, en résumant la Social TV à Twitter. Ma mission a été de montrer que ce « second écran » permet non seulement d’animer les échanges, mais aussi de scénariser des expériences périphériques pour engager les audiences. Ce dernier point a été abordé par Darewin une start-up que je suis depuis son lancement et que j’admire beaucoup.


Les deux gros acteurs de ce nouvel écosystème étant les Réseaux Sociaux et la TV, j’ai également décidé d’aller voir Facebook qui, contrairement à ce que l’on dit, est la 1ère source d’interactions autour des programmes (Source). Enfin, nous avons rencontré France TV qui investit beaucoup autant sur le plan humain que financier dans cette Social TV et qui a autant, voire plus, de mérite que TF1 dont-on parle constamment.

Quelques jours après la mise en ligne, tu as publié un article qui avait pour sujet l'application Social TV de Sosh qui est au départ un projet d'Orange Innovation sous le nom TV Check et qui a été annoncée au début du mois. Y-a-t-il un rapport avec l'émission, était-ce une demande d'Orange ?

Aucun. La raison est toute simple. Presse-citron est une activité annexe et donc ma priorité reste mon agence Hallès Agency. Vouant un intérêt particulier pour la Social TV je comptais aborder le sujet de My Sosh TV dès son lancement. Je n’avais pas tellement de temps et d’autres articles à rédiger en priorité donc je l’ai fait dans la foulée des Héros du Web. Pour répondre à ta question cet article est totalement indépendant du programme les Héros du Web, même si j’ai pu renvoyer le lecteur vers l’émission, ce qui semble logique, non ?

 

My Sosh TV

Sur ton profil Twitter tu te définissais comme « Brand content editor », une mention retirée depuis. Quelle est ta position sur ce format publicitaire ?

Ta remarque m’a fait prendre conscience d’une chose. Ce terme « Brand Content » est commun dans le monde la communication, mais ne parle pas à une majorité de personnes. Contrairement à ce que tu as pu penser, le « Brand Content » ne consiste pas à faire des billets pour des marques. Il s’agit d’une approche marketing qui consiste à mettre en scène sa marque sans utiliser de leviers publicitaires. Finalement, c’est transformer sa marque en producteur de contenus divertissants (Prend Redbull par exemple, c’est bien plus qu’un vendeur de canettes, c’est une marque média).

 

J’ai donc décidé de remplacer « Brand content » par « Marketing » sur mon profil pour que chacun puisse comprendre que sur Presse-citron je parle d’innovation marketing en totale indépendance et que je ne fais donc pas de « billets de marques / sponsorisés ». Il est d’ailleurs important de souligner que cette activité de blogueur ne me rapporte pas le moindre centime, je le fais avec passion depuis plus de 4 ans et pour conserver ma liberté de penser je n’ai jamais souhaité être rémunéré comme un journaliste.

Un mot à rajouter ?

J’encourage tous vos lecteurs à se prêter à cet exercice rédactionnel. C’est le meilleur moyen de rester en phase avec son secteur d’activité.

 

Merci à Eric Dupin et Vincent Puren pour leurs réponses.

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