Fibre : l'ARCEP tente d'expliquer en quoi la France n'est pas en retard

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Nil Sanyas
Avec seulement quelques milliers de nouveaux abonnés par mois, le très haut débit, et en particulier le réseau FTTH, se développe à une vitesse de tortue en France. Le président de l’ARCEP, l’Autorité de régulation des opérateurs télécoms, a néanmoins tenu à défendre le cas français. Dans un éditorial, Jean-Ludovic Silicani explique notamment les différences entre les pays du globe, et pourquoi certains pays sont en avance.

Jean-Ludovic Silicani ARCEP
Jean-Ludovic Silicani.

Le Japon et la Corée s'appuient sur leur densité

Critiquée par une récente étude de l’IDATE pointant du doigt les régulateurs européens, trop tournés vers les consommateurs aux dépens des besoins des entreprises, l’ARCEP se pose alors « la question du « bon » modèle de régulation ». Mais avant d’aborder le cas particulier de la France, le président de l’Autorité revient sur divers pays du globe :

Le Japon et la Corée du Sud : très en avance par rapport à tous les autres pays du monde en matière de très haut débit, ces deux pays ont pour avantage leur forte densité de la population. « Mais il faut relativiser cette avance » note Silicani : « au Japon, le taux de pénétration du haut et du très haut débit est inférieur à celui de la France ».

Selon Silicani, qui cite l’OCDE, le taux de pénétration du haut et très haut débit ne serait que de 27 % au Japon, contre 34 % en France. Des données confirmées par ce document de l’organisation internationale, affirmant qu’en juin 2011, le Japon comptait 34,360 millions de foyers abonnés au haut débit, soit un peu moins de 27 % de la population, alors que la France comptait à cette même date 21,895 millions d’abonnés, soit un peu moins de 34 % de la population française.

Les USA ne sont « pas un modèle de référence »

Concernant les États-Unis, le président de l’ARCEP rappelle tout d’abord que « dans ce pays, une profonde fracture territoriale existe » et que « le prix moyen de l’équivalent de nos offres triple-play, qui coûtent une trentaine d’euros, dépasse souvent 100 dollars (soit 80 euros) par mois, ce qui entraine une fracture, celle-ci sociale ».

Silicani ajoute que si les USA ont pris du bon côté le très haut débit, c’est en partie parce que certains opérateurs avaient raté la marche du haut débit. Il ne s’agit donc que d’un rattrapage pour les opérateurs américains. Ceci alors que le contexte local est très difficile, avec une baisse globale du chiffre d’affaires, des licenciements et une concurrence amoindrie du fait de la consolidation du secteur. « On voit là les effets de l’affaiblissement de la régulation et du caractère insuffisant de l’animation concurrentielle » se défend le président de l’ARCEP, qui précise que les USA ne sont « assurément pas un modèle de référence ».

Europe : des différences selon les performances de l'ADSL

Enfin, concernant l’Europe, tous les pays ne sont pas comparables explique-t-il. « Il y a d’abord les anciens pays d’Europe de l’Est qui disposaient, voici 10 ans, d’un réseau fixe de qualité hétérogène et qui effectuent un rattrapage directement vers le très haut débit, en évitant, en quelque sorte, l’étape du haut débit », à l’instar de certains opérateurs américains.

Résultat, dans un même pays, certains disposent de la fibre optique tandis que d’autres, encore nombreux, sont au RTC, alors que les abonnés bas débit en France représentent aujourd’hui environ 1 % des abonnés internet.

Outre les pays de l’Est, le président s’attarde sur nos voisins européens, « où le très haut débit a le plus de mal à démarrer ». Les raisons concordent avec celles citées précédemment : le haut débit dans les cinq grands pays de l’Europe de l’Ouest est très développé, performant et abordable. Par conséquent, le haut débit est en concurrence avec le très haut débit.

Le cas particulier de la France

« Mais, au sein de ce groupe des grands pays européens, la situation française est particulière » note rapidement Silicani. Outre être le seul pays à être doté d’un cadre règlementaire sur le déploiement de la fibre optique pour l’ensemble du territoire, « la France est le seul de ces pays où, à des degrés certes variables, plusieurs acteurs déploient ou ont annoncé des déploiements de fibre optique sur des territoires autres que les zones très denses ».

Si le nombre d’abonnés au très haut débit en France reste encore assez limité – 665 000, dont 465 000 en FTTB/FTTLA – le nombre de foyers éligibles (6 millions) est très élevé. L’Italie ne compte en effet que 2 millions de foyers éligibles au très haut débit, et moins d’un million en Allemagne et en Espagne.

Au final, le président de l’ARCEP estime que la France a besoin de 6 milliards d’euros d’investissement par an afin d’assurer la poursuite de sa croissance télécom. « Ce niveau est tout à fait atteignable. Il est d’ailleurs inférieur aux niveaux exceptionnels de ces deux dernières années (7,5 à 8 milliards d’euros), car des investissements immatériels (achats de fréquences) ont été réalisés, ce qui ne sera plus le cas d’ici la fin de la décennie. »

En conclusion, Jean-Ludovic Silicani juge que si la France doit « regarder de près ce qui se fait ailleurs », le régulateur ne doit pas non plus « imiter » les autres pays, mais « adapter au mieux notre régulation ».

Reste que le président de l’ARCEP peut avancer tous les arguments du monde, le FTTH n’attire qu’environ 20 000 nouveaux abonnés par trimestre, soit à peine plus de 200 par jours. L’ADSL, lui, en recrute plus de dix fois plus. Et cette situation dure depuis déjà deux ans...