Touspourlamusique.org, tous en campagne !

Hadopi, quotas, ministère de la culture et du numérique... 52
Marc Rees
Hier, à l’Alhambra à Paris, la filière musicale s’était donné rendez-vous pour exprimer ses doléances à quelques jours de la campagne. Sur la scène, Touspourlamusique.org, le regroupement de la plupart des acteurs de la filière musicale : des producteurs, des distributeurs, des artistes compositeurs, des indépendants et des majors. À leurs côtés, des représentants des candidats à la présidentielle, du moins ceux s’étant déplacés : Christophe Girard (PS), Jean-Michel Gremillet (FG), Franck Riester (UMP) et Corinne Rufet (EELV)

touspourlamusique HADOPI

D’entrée, Bruno Lion, gérant des Éditions Peermusic et membre du Conseil d’administration de la SACEM, donnera le ton : « À la veille de l’élection c’est une filière tout unie qui s’adresse à vous ! ». Unificateur, « cette crise nous rassemble !», il mêlera volontarisme et réalisme, « Internet est une chance extraordinaire pour l’accès à la culture, mais c’est aussi une remise en cause de nos moyens », voire optimiste radieux : « aucune filière n’est allée aussi vite et aussi loin dans son adaptation face à la crise. »

Dès la première table ronde, la filière n’aura de cesse de se plaindre de la très faible quantité d’émissions de variétés sur les chaines TV, privées comme du service public. À la radio, ils pilonnent le manque de diversité : sur les quatre radios « jeunes » (Fun Radio, NRJ, Skyrock, Virgin Radio), il y avait à l’automne 2010, 1483 titres différents diffusés, mais seulement 1088 un an. Sur la même période, on comptait 520 titres francophones en 2010 contre 357 en 2011. Et 87 entrées contre 68.

Du côté des producteurs, Vincent Frerebeau, patron du label Tôt ou Tard (Thomas Fersen, Shaka Ponk etc.), dénoncera les « émissions alibi » des chaînes publiques qui diffusent leur quota de diversités à des heures impossibles. Côté industrie, il devient du coup difficile de produire quand les fenêtres d’exposition se raréfient. « Le développement d’artistes est une difficulté monstrueuse. Il est très difficile de développer des artistes français, malgré les quotas. »

Du côté des majors, David el Sayeg (SNEP) souligne que la chute du chiffre d’affaires de la musique a engendré une chute des investissements dans les nouveaux talents, laquelle a généré moins de chiffres d’affaires. Un cercle vicieux qu’on pourrait stopper, estime-t-il, en aidant les producteurs à investir notamment, dans ces nouveaux talents.

Face aux sanglots longs de la profession, les propos s’envolent du côté des candidats.

Un ministère de la Culture, de la Communication et du Numérique

Christophe Girard, Adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, représentant de François Hollande, propose d’abord l’élargissement du ministère de la Culture au numérique. « Si notre diversité fait sens, il faut élargir au numérique !» estime-t-il, « le ministère doit retrouver un souffle, le numérique ne doit pas être laissé à l’industrie », avant de relativiser : cette proposition n’engage que lui, non François Hollande.

Google, Free, etc., des acteurs culturels

Autre idée renversée sur la scène, que les opérateurs et les grands acteurs du net soient « dans l’obligation d’intervenir dans la production artistique » car « on doit les obliger à devenir des acteurs culturels ».

Des quotas sur Internet

Et pour la diversité musicale ? Ce même Girard envisagera cette fois la question des quotas sur internet afin d’obliger les plateformes à diffuser tant d’œuvres françaises voire « francophones » à l’instar des radios hertziennes sous l’œil bleu-blanc-rouge du CSA.

Fait symptomatique, ce sont les ayants droit qui vont tempérer ces ardeurs ! Jérôme Roger (SPPF, syndicat des indépendants) souligne les difficultés juridiques « pas simples » que pose la question des quotas tant pour la distribution que la diffusion de musique. Franck Riester lui, balayera l’idée d’un geste de la main « c’est impossible à mettre en œuvre ! », le rapporteur d’Hadopi préférant mettre l’accent sur l’éditorialisation des plateformes ou la mise en avant des radios associatives.

Et Hadopi ?

Au-dessus de la scène, sur l’écran, défilera un tableau de l’IFPI relatant une baisse de fréquentations des sites de liens P2P trois fois plus importante dans la France d’Hadopi (-29,4%) qu’en Europe (-9,6%) ou dans le monde (-8,7%).

Sur le sujet d’Hadopi, Corinne Rufet rappellera qu’EELV « s’est élevé contre hadopi à l’époque plus pour des raisons de garanties de libertés publiques, mais on est évidemment pour la lutte contre le piratage et les mafias organisée ». Et aujourd’hui ? Sous l’œil attentif des lobbyistes pro-Acta présents dans la salle, la représentante d’EELV milite pour… une police mondiale contre le piratage. « On ne parle pas assez de moyens qui devraient être donnés à nos gouvernements pour lutter contre ces anciennes plateformes pétrolières installées en État avec des serveurs pour diffuser des œuvres illégalement ! ».

Elle demande du coup que la France devienne le moteur européen « pour mettre en place une vraie police de lutte contre le piratage ». Corinne Rufet fustigera cependant cette Hadopi qui a opposé public et créateur, marquant son intérêt pour les échanges non marchands… Le représentant du Front de Gauche concentrera lui ses critiques sur cette loi considérée comme inutile et répressive. Une Hadopi encore et toujours répressive et au bilan nul. Sous le regard circonspect de Pascal Nègre, le représentant du FG militera aussi pour une sorte d’iTunes d’Etat, une plateforme globale où les internautes pourraient télécharger…

Hadopi ne disparaitra pas sans réponse équivalente (C.Girard, PS)

Et du côté PS ? Christophe Girard était évidemment attendu au tournant, François Hollande mêlant clarté et obscurité sur la question. « Hadopi a eu le mérite d’avoir verbalisé donc créé un sentiment qu’il y a des comportements qui ne sont pas acceptables. Mais Hadopi est incomplet » égratignera Girard dans un premier temps.

Que compte faire le PS sur ce dossier Hadopi si Hollande est élu ? Apprécions le maniement de la pincette : « Hadopi ne sera transformée ou abrogée qu’avec une réponse élaborée avec trois volets » promet Girard qui liste le triptyque éducation, prévention et sanction. « La sanction n’est pas un gros mot pour nous, mais elle ne peut être seule. (…) Hadopi sera modifiée, sera transformée, mais ne disparaitra pas tant qu’il n’y aura pas une réponse équivalente législative avec le volet éducatif, préventif et de sanction. » (@6:18 sur la vidéo).

L'Hollandi

Face à ce menu décrit par Girard, les professionnels réagissent dans la salle : ce que vous nous décrivez, « mais c’est l’Hadopi ! ». Outre la menace pénale de suspension et/ou d’amende, les courriers sont des rappels à la loi et il existe des actions dans les écoles. « Non, l’Hadopi n’est que répressive, elle n’est pas essentiellement pédagogique ! » rétorquera Girard dont les propos feront bondir Catherine Morin Dessailly, sénatrice du Nouveau Centre, rappelant son amendement sur les actions de sensibilisation chez les élèves. « Mais quelle application dans les écoles ? Zéro ! » contre-argumente Girard...

Si l’on décode, lorsque le représentant d’Hollande dit qu’Hadopi n’est que répressive, il ne fustige pas le volet sanction, mais simplement le manque d’ambition sur le volet pédagogique. Le problème selon Girard n’est pas ce mythe juridique bancal de la sécurisation de l’accès, ni celui d’une justice sur écran, par listing, par système d’information, où on demande à l’abonné de sécuriser sans lui expliquer comment. Le problème serait un simple sous-dosage du volet pédagogique …

Devant les professionnels inquiets, France Riester (UMP) prendra un malin plaisir à raviver les promesses d’Hollande v.1 où le candidat promettait d’abroger Hadopi. « Cette suppression enverrait un message catastrophique ! » stigmatise le député maire, rapporteur de la loi Création et Internet, et membre de l’Hadopi.

D’autres échanges viendront rythmer le débat (nous y reviendrons). A 47:08 sur la vidéo, on pourra écoutera ce représentant d’un syndicat CGT fustiger les actions de la Quadrature du net tout en soulevant le risque de disparition des modèles classiques face à l’offre légale en ligne. « Nous soutenons la riposte graduée, nous sommes contre les avis démagogiques de la liberté absolue qui n’existe pas. Nous sommes contre les positions dévastatrices de la Quadrature du Net où l’internaute devient le libre parmi les libres (…) Pour autant nous étions critiques sur la loi car il manque des volets. On a parlé de la sensibilisation, de l’éducation, mais le volet principal qui manque, c’est de questionner l’offre légale en ligne sur sa dimension, ce qu’on offre aux internautes, sur sa diversité. L’offre légale en ligne ne peut pas amener à faire disparaitre des modèles économiques de création et de production musicale ».