Le poseur de bombe, le détraqué mental et le téléchargeur

Sont sur un réseau 152
Marc Rees
Dans sa lettre aux Français, Nicolas Sarkozy a chaussé une nouvelle fois les bottes du civilisateur pour remettre d’aplomb les réseaux. Tel le Marsupilami, le président-candidat rebondit sur le drame de Toulouse-Montauban pour porter encore et toujours la sainte parole. « Aucune idéologie de haine ne peut être tolérée dans notre pays » titre l’un de ses chapitres de la Lettre aux Français.

Lettre aux français Nicolas Sarkozy

Idéologie de haine ? « Nous devons être intraitables contre le fondamentalisme. Il faut combattre les manifestations criminelles de cette idéologie de haine par le renseignement, la surveillance des réseaux, la coopération policière internationale. Mais il faut aussi la combattre à sa racine intellectuelle, dans les prisons, dans les prêches de certains prédicateurs extrémistes, ou encore sur les sites Internet » tambourine le candidat.

Alors que les douilles étaient encore chaudes sur le sol de Toulouse, Nicolas Sarkozy a justement annoncé une future incrimination contre la consultation de sites illicites haineux, terroristes ou violents. Le texte aura le même effet qu’un panneau de stationnement interdit devant une banque : ils ne décourageront ni les casses ni les accès de folies meurtrières.

Il se calque sur un précédent en France, l’incrimination de la consultation de sites d’images pédopornographiques, mais en posant des problèmes bien plus épineux. On ne sait pas à ce jour comment sera détectée matériellement cette consultation. Autant il est simple de constater l’illicéité d’un contenu pédo, autant ceci est plus délicat pour un texte haineux. De même, on ne sait pas davantage comment on discernera les consultations par les graines de Ben Laden de celle des historiens, journalistes ou curieux. Bref, comment cette incrimination pourra s’articuler avec la liberté d’information ou de communication.

Le candidat-président balaye d’ores et déjà cette dernière critique : « faire l’apologie du terrorisme et de la violence sur Internet n’a rien à voir avec la liberté d’expression et de communication » affirme-t-il avant de faire un grand écart qu’on pensait réservé aux seuls gymnastes olympiques : « La liberté d’Internet est précieuse, mais Internet n’est pas une zone de non-droit dans laquelle on peut impunément déverser des messages de haine, faire circuler des images pédophiles, piller le droit d’auteur ».

Bug, couac, grincement. Terrorisme, pédophilie et… droit d’auteur, le tout dans un chapitre consacré à « l’idéologie de la haine ». Quel rapport ? Sarkozy se déchaîne un peu plus sur ce terrain glissant, pour le plus grand intérêt des victimes du terrorisme, de ceux qui luttent contre les attouchements d’enfants et les majors : « La société a le devoir de se protéger contre ceux qui attaquent ses valeurs. Rester inertes face à ceux qui se radicalisent dans la haine et la violence par la consultation de sites Internet illicites serait une faute morale ».

Un gros bouillon commun d’ores et déjà dénoncé sur le net, notamment par Variae (qui ne cache pas son soutien pour le candidat PS) : « on pourrait déjà être quelque peu consterné de la confusion entre terrorisme et pédophilie, entre une problématique politico-religieuse et une problématique médicale. Que dire de l’ajout à ce musée des horreurs sarkozien d’une problématique économique et surtout culturelle, liée pour le coup à une révolution technologique en cours de notre société ? »