Sarkozy applaudit le "bilan indiscutable" d'Hadopi, le Figaro le démonte

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Marc Rees
Nicolas Sarkozy, qui a 20/20 en protection du droit d’auteur selon la SACD, a applaudi chaleureusement l’étude de la Hadopi publiée hier. À l’aide d’une avalanche de chiffres, de mesures et sondages d’instituts, mais aussi d’organismes travaillant pour les ayants droit, la Rue de Texel a tenté en effet hier de justifier son utilité. Et Sarkozy d'en déduire un bilan désormais "indiscutable".

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Et dans un PDF portant « UMP-Stagiaire » dans ses propriétés, Nicolas Sarkozy se réjouit en écho de ces « résultats remarquables obtenus par la Hadopi, un an et demi après le lancement de la réponse graduée »

Le chef de l’État candidat estime qu’il s’agit là de la parfaite « réussite du pari de la pédagogie ». « 95% des internautes ayant reçu un premier rappel à la loi ne se voient pas reprocher de nouveau comportement illicite, et c’est ensuite le cas de 92% des internautes qui reçoivent un deuxième avertissement. La « réponse graduée » est donc bien à l’origine d’un changement majeur dans les comportements des internautes, alors même qu’aucune peine d’amende ou de suspension de l’accès à internet n’a encore été prononcée par le juge ». On imagine sans mal la satisfaction d’Éric Walter, aujourd’hui secrétaire général de la Hadopi et qui fut en charge du chapitre des TICs pour le candidat Sarkozy en 2007.

Nicolas Sarkozy congratule également la diminution des offres illicites qui serait constatée sur les réseaux P2P. Dans son communiqué, le candidat ne rappelle pas qu’il compte dans sa nouvelle équipe de campagne Oliver Henrard, architecte d’Hadopi 1 et 2. Il préfère mettre l’accent sur « ce bilan indiscutable » qui « consolide le rôle pionnier de la France en matière d’adaptation des industries culturelles à l’ère numérique, en ce qui concerne aussi bien la défense du droit d’auteur que le développement des offres en ligne. »

« Grâce au succès de la « réponse graduée », qui se diffuse largement à l’étranger, la France dispose d’une crédibilité très forte pour aborder avec ses partenaires européens et internationaux les prochains enjeux de l’économie de la culture ».

Bilan indiscutable ? On pourra lire avec attention le décorticage mené par leFigaro.fr sur cette fameuse étude de la Hadopi. Comme le constatent nos confères, la Hadopi escamote en fait la hausse du streaming par une méthodologie adaptée. Or, « en choisissant d'agréger les audiences comme l'Hadopi le fait pour le P2P, on constate au contraire un engouement réel des Français pour le streaming illégal et le téléchargement direct. » Ainsi, depuis octobre 2010, où les premiers mails furent envoyés, ces sites « sont passés de 6,5 à 8,3 millions de visiteurs uniques dédupliqués en France, selon Médiamétrie, soit une hausse de 29%. La croissance est même de 177%, si l'on remonte à janvier 2009, en plein débat sur la loi Création et Internet au Parlement ». +177%, le bilan indiscutable.

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Autre chose, pour son graphique censé représenter le bel effet de ces mesures sur l’offre légale, leFigaro.fr remarque aussi que la « Hadopi a cependant choisi d'adopter une échelle logarithmique ». Certes, des offres ont bien explosé (Spotify), mais la technique est un poil trop flatteuse, car elle « écrase les variations entre les sites et amplifie l'audience des petites plates-formes (Deezer est bien plus éloigné d'iTunes dans la réalité) ». Or, sur une échelle linéaire, cette fois, le graphique est nettement moins clinquant.

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En fait, « en un an, l'audience des sites légaux mis en avant par l'Hadopi a presque stagné ». Cette audience a en fait été surtout portée par iTunes, dont la réussite a pour charme délicat d’enrichir la fiscalité luxembourgeoise, à l'instar de la carte musique jeune.