Les producteurs militent pour une VoD au juste prix, soit 8 euros

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Marc Rees
La période électorale est à l’industrie culturelle, ce qu’est Noël aux enfants. Une occasion rêvée pour émettre souhaits et vœux, même les plus merveilleux. Dans leur « lettre à destination des décideurs français en matière de politique culturelle », les producteurs de cinéma(*) font ainsi connaître leurs angoisses avant d’émettre leurs revendications éminemment légitimes.

lettre UPFI APC SPI collectifs 95 VOD

Face à la révolution numérique, « qui n’en finit pas de produire ses effets », les professionnels du cinéma craignent en effet pour « la disparition du système de soutien à la création tel qu’on le connaît aujourd’hui ». Sous la pression de la dématérialisation des supports et de la délinéarisation de la consommation de la télévision, ils revendiquent courage et audace en appelant à « une véritable révolution copernicienne (…) pour assurer l’avenir de la création cinématographique française dans un monde ouvert et interconnecté »

Les syndicats de producteurs de cinéma français ont donc rédigé cette lettre, révélée par le Nouvel Obs, où ils réclament d’une seule et même voix quatre mesures phares. Nous en retiendrons deux, symptomatiques, et renvoyons à l’article de nos confrères pour la présentation d’ensemble.

La VoD « au juste prix » à coup de décret

La première vise en effet à « donner son juste prix à la VàD transactionnelle ». En fait, les producteurs craignent (sans mal) un effondrement du marché physique. Problème : les marges confortables sur les supports physiques sont plus étriquées en valeur sur le marché de la VoD. Or, « il y a fort à parier que l’on assiste en 2012 à une très forte dégradation du marché de la vidéo physique (DVD, Blu-Ray) au profit de la vidéo dématérialisée (VàD, SVOD), comme ce fut le cas en 2011 dans un grand nombre de pays, tant en Europe qu’en Amérique ». Avec un résultat tragique : « les entreprises de distribution française ne survivront pas à une perte de valeur d’une telle ampleur et ne seront plus en mesure de financer la création comme elles l’ont fait jusqu’à présent. » Ce mouvement craint est déjà analysé par les premières études aux États-Unis qui anticipent des ventes en streaming supérieures aux ventes physiques en 2012. 

Quelle solution en attendant ce croisement de courbe ? Il faut surtout ne rien attendre de la main invisible du marché. La faute à ces fichus FAI « qui ont un intérêt réel à maintenir le plus bas possible le prix de la VàD transactionnelle pour donner de la valeur à leur abonnement triple play ».

Non. Les producteurs demandent purement et simplement que le prix de la VaD « soit fixé par décret au prix minimum de reversement aux ayants droit de 4 euros par transaction ». Et encore, ce niveau a la saveur d’une saignée, le goût du sacrifice et l’odeur d’une petite mort par rapport à la vidéo physique. « Cela représente déjà une baisse de marge de près de 50% par rapport à la vidéo physique, correspondant à l’économie réalisée grâce à la dématérialisation ». Peu importe : « Cette mesure, permise par le code du cinéma et de l’image animée, aurait pour effet de protéger la valeur des œuvres dans un système de diffusion de plus en plus digitalisé. Elle serait pour le cinéma aussi salvatrice qu’a pu l’être la loi Lang pour l’édition littéraire française ».

4 euros pour l'ayant droit, 8 euros pour le consommateur

Problème. Selon les calculs de ZdNet, une VoD à 4 euros pour les ayants droit signifie un prix de vente à 8 euros TTC pour le consommateur, si l’on compte les différents postes budgétaires (producteur, distributeur, éditeur). Et ces 8 euros visent « un film en SD, en stéréo, sans bonus, et en location uniquement pour 48 heures » précise notre confrère Pascal Lechevallier qui note à raison « de quoi inciter les internautes à signer des pétitions pour la réouverture de MegaUpload ! »

Ce n’est pas tout. Les producteurs réclament que les opérateurs de VOD participent comme les autres canaux au préfinancement des films, car elles disposent d’une fenêtre prioritaire dans cette chronologie. « La consommation des œuvres en VàD représente des visionnages supplémentaires qui participent à l’accélération de l’usure des œuvres et à la baisse de valeur des négatifs. La montée en puissance de la VàD transactionnelle en France, disponible quatre mois après la sortie en salle des films, explique en partie la baisse des audiences réalisées par le cinéma sur les grandes chaines de télévision française et laisse craindre dans le futur une révision à la baisse des obligations de préfinancement pesant sur ces chaînes ».

Outre l’espoir de survivre avec une VoD à 8 euros, les plateformes installées en France (donc ni Apple ni Amazon ou Netflix) devraient donc en plus subvenir au préfinancement des films à l’instar des chaînes payantes par exemple, lesquelles profitent d’un meilleur placement. Autant le dire, un avenir radieux pour l’offre légale en ligne et de belles discussions en perspective pour l'Acte 2 de François Hollande.

(*) L'Association des producteurs cinéma (APC), le Syndicat des Producteurs Indépendants (SPI) et l’Union des producteurs (UPF) réunis en « Collectif des 95 », puisqu’ils représentent 95% de la profession.