Chronologie des médias : 22 mois contre 36 pour les films d'art et d'essai ?

Le dégel de la banquise 56
Marc Rees
En janvier dernier, la SACD et l’ARP regrettaient qu’à l’issue d’une réunion au CNC les professionnels du cinéma aient choisi de maintenir l’accord de juillet 2009 sur la chronologie des médias.

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Si les deux organismes jugent ce dispositif fondamental pour assurer le financement du secteur – des fenêtres d’exploitation sont réservées à ceux qui investissent dans la création – ils estiment nécessaire d’assouplir sa rigidité. SACD et ARP militent pour « des expérimentations et des dérogations pour l’exploitation des films en Vidéo à la demande à l’acte et par abonnement, en particulier pour les films qui sont sortis sur un faible nombre de copies et qui n’ont pas été financés par des chaînes de télévision ».

Deux mois plus tard, le dégel ! Selon les Échos, Canal+ souhaite désormais assouplir cette fameuse chronologie des médias. La semaine dernière, lors d’une réunion au CNC, la chaîne a proposé d’autoriser l’exploitation en SVOD à un rythme plus court : 22 mois contre 36 mois après les sorties en salle.

Avec des films mis à disposition plus rapidement sur les plateformes, on espère ainsi détourner les internautes des autres marmites du web. Cependant M6, TF1 et Arte se seraient déjà opposées à ce dégel. De même, cette avancée sur l’offre légale fait pâle figure face aux dynamise mis en œuvre pour surveiller, traquer et punir l’échange illicite en ligne.

Et pour cause, ce raccourcissement de 14 mois ne concernera que les films d'art et d'essai « non préfinancés par une chaîne de télévision, et sortis sur moins de 30 copies » soulignent nos confrères. Art et d'essai ? Selon  le décret du 22 avril 2002, ce sont les oeuvres cinématographiques :
1° ayant un caractère de recherche ou de nouveauté dans le domaine cinématographique ;
2° présentant d'incontestables qualités mais n'ayant pas obtenu l'audience qu'elles méritaient ;
3° reflétant la vie de pays dont la production cinématographique est assez peu diffusée en France ;
4° de reprise présentant un intérêt artistique ou historique, et notamment oeuvres cinématographiques considérées comme des " classiques de l'écran " ;
5° de courte durée tendant à renouveler par leur qualité et leur choix le spectacle cinématographique.

Toujours selon les Echos, sur l’année 2010, cela viserait 113 films sur 579 sortis en salle en France. On notera cependant que les producteurs de films, dont l’APC, veulent conditionner ce raccourcissement à la participation financière des plateformes dans le préfinancement des films. Bref, une révolution molle qui risque de patiner un peu plus pour cause de contrepartie sonnante et trébuchante...