(MàJ) DRAM : le japonais Elpida dépose le bilan

Vivre ou mourir 48
Nil Sanyas
Mise à jour : le Sud-Coréen Samsung, leader du marché DRAM, vient de faire savoir il y a quelques heures à peine qu'il n'était « pas du tout intéressé » par Elpida. 

Selon The Economic Times, Jun Dong-soo, le président de la division mémoire de Samsung, pense que Micron et Toshiba se pencheront sur Elpida afin d'augmenter leur capacité de DRAM mobile. « Une telle alliance créera un réel et puissant concurrent. »



Article du 27 février 2012.

Le spécialiste de la mémoire Elpida, principal concurrent de Samsung, Hynix, ou encore Micron, vient d’annoncer son dépôt de bilan. Née en 1999 d’un partenariat entre les Japonais NEC et Hitachi, la firme est aujourd’hui endettée jusqu’au cou, avec 448 milliards de yens de dettes, soit plus de 4 milliards d’euros.

Elpida DDR3 2500 MHz

3190 emplois en jeu

La société nippone a tenté (en vain) d’être reprise par d’autres entreprises ou encore de trouver de nouveaux financements. Résultat, l'actuel numéro 3 de son secteur, derrière Samsung et Hynix, disparaitra de la bourse de Tokyo fin mars.

Les conséquences sur l’emploi au Japon risquent aussi d’être non négligeables si aucune solution n’est trouvée dans les semaines à venir, dès lors qu’Elpida Memory Inc. compte 3190 employés.

La rude concurrence de Samsung et Hynix

Comment Elpida a-t-elle pu en arriver là ? La société a pourtant profité des difficultés de ses concurrents il y a quelques années pour justement se renforcer. Elle a notamment mis la main en 2009 sur la division mémoire graphique de Qimonda (qui a déposé le bilan la même année), mais aussi, toujours en 2009, sur trois fabricants taiwanais.

Mais depuis 2009, année où Elpida figurait encore en seconde position avec près de 24 % du marché, de nombreuses évolutions ont été remarquées. Les Sud-Coréens Samsung et Hynix ont augmenté leur pression sur les prix, boostant leur parts de marché, et réduisant celle d’Elpida. Ce dernier ne représente ainsi plus que 12 % du secteur, contre le triple pour Samsung et entre 22 et 23 % pour Hynix.

Un yen trop fort, des ventes en berne

Rajoutons que le yen a vu sa valeur augmenter ces dernières années, réduisant son niveau de compétitivité à l’international. Sans compter la crise des disques durs et les succès des tablettes, à l’impact direct sur les ventes d’ordinateurs et donc de mémoire.

Enfin, l’action d’Elpida s’est effondrée en bourse ces dernières années. Coté à 6540 yens le 29 décembre 2006, l’action d’Elpida Memory a été divisée par 20 deux ans plus tard, à 341 yens, soit son niveau actuel à peu de chose près.

Elpida bourse

Une fusion manquée

Sans Elpida, les Japonais disparaissent donc peu à peu du secteur de la DRAM, ultra-dominé par les Sud-Coréens et suivis par l’Américain Micron (Crucial) et quelques firmes taiwanaises. Une possible fusion entre Micron, le Taiwanais Nanya et Elpida était d’ailleurs évoquée le mois dernier par la presse japonaise, en vue de contrer Samsung et Hynix.

Une étude d’iSuppli publiée il y a deux semaines notait d’ailleurs qu’une fusion entre Micron et Elpida lui permettrait de figurer en deuxième position avec 28 % de la capacité de production, contre 33 % pour Samsung et 23 % pour Hynix. L’institut remarquait cependant que la dette colossale d’Elpida était un sérieux problème, Micron ne pouvant se permettre d’éponger une telle somme.

Elpida Micron fusion

Elpida n'a pas dit son (tout) dernier mot

Cette mise en faillite signe-t-elle pour autant la fin définitive de la société ? Pas forcément. Son utilité, dans un premier temps, est de repousser ses remboursements de dettes de court terme. Ce statut de faillite le protège en un sens. Si Elpida souhaite continuer ses activités, il ne lui reste désormais qu’une seule et unique solution : trouver un ou des repreneurs. Dans le cas contraire, il faudra mettre la clé sous la porte.

Notez qu'à l'instar du secteur des disques durs, celui de la mémoire tend lui aussi à réduire son nombre d'acteurs, ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle pour les consommateurs. OCZ a ainsi annoncé l'an dernier qu'il souhaitait abandonner ce secteur pour se concentrer exclusivement sur les SSD. La perte d'Elpida ne serait donc pas une grande surprise au regard de la morosité du marché, aux marges de plus en plus réduites.