Lenteurs sur YouTube : Free et Google confirment le problème

Mais pas de solutions immédiates en vue 124
Nil Sanyas
Véritable débat en France depuis de longues années, les lenteurs sur YouTube, notamment en soirée, refont surface. Xavier Niel, le patron de Free, a ainsi avoué qu’il y a « un problème », tandis que Google a confirmé avoir eu de nombreux retours négatifs des internautes français. L’ARCEP et l’Autorité de la concurrence s’intéressent de plus près au sujet. Un déblocage de la situation est-elle à prévoir ? C’est une possibilité, mais pas une certitude.


Le Nouvel Obs, lors de son interview de Xavier Niel sur Free Mobile, a posé une question hors sujet en fin d'entretien au sujet des lenteurs remarquées par les Freenautes sur YouTube, la plateforme vidéo rachetée par Google en 2006 pour 1,65 milliard de $. Confirmant qu’il y a bien un problème, le fondateur d’Iliad a précisé sa pensée :

« Les tuyaux entre Google et nous sont pleins à certaines heures, et chacun se repoussent la responsabilité de rajouter des tuyaux. C'est un problème classique qui arrive partout, mais plus souvent avec Google. En comparaison, le trafic avec Dailymotion - avec qui tout se passe bien - ne pose pas de problème. Donc j'invite les gens qui ont des problèmes avec YouTube de s'apercevoir que sur Dailymotion souvent il y a les mêmes vidéos. J'espère que la solution arrivera sous peu. »

Le discours est connu de longue date et concerne la plupart des FAI concurrents. Les abonnés Orange, notamment, ont longtemps eu de sérieux soucis avec YouTube, tandis que Dailymotion fonctionnait parfaitement. Néanmoins, l’argument du contenu équivalent sur les deux plateformes a peu de chances de fonctionner, le contenu étant, justement, assez souvent différent.

Il était une fois Cogent, Google, Mega, et les FAI

Concernant le premier point abordé par Xavier Niel, à savoir la responsabilité de rajouter des tuyaux, rappelons que le problème s’est longtemps posé entre Orange, YouTube, MegaVideo/MegaUpload et Cogent, un intermédiaire indispensable dans le secteur livrant de la bande passante entre les sites et les FAI.

MegaUpload lenteurs Orange message

Cogent, justement, fait l’objet d’un papier dans l’Edition Multimédi@ du 16 janvier prochain que nous avons pu nous procurer. Rappelant que Cogent a attaqué Orange en août dernier pour abus de position dominante (en savoir plus), notre confrère a demandé à Google France si nous aurons un jour une explication et le fin de l’histoire sur le sujet.

« Oui, Christophe Muller (NDLR : Directeur des partenariats YouTube Europe du Sud, de l'Est et Moyen-Orient) a bien entendu que des abonnés rencontraient des difficultés d’accès. Mais nous n’avons pas de commentaire à apporter » a ainsi répondu une porte-parole de Google France.

Google n’est donc guère éloquent sur le sujet. Il est probable que la firme souhaite tout d’abord attendre les conclusions de l’ARCEP et de l’Autorité de la concurrence. Cette dernière, lors du conflit Orange vs Cogent (au sujet des sites du groupe Mega), s’est en effet emparée du sujet l’été dernier suite à la plainte de Cogent, et a posé diverses questions aux acteurs du secteur.

Fixer des exigences minimales de qualité du service

Quant à l’ARCEP, l’Autorité de régulation des télécoms, elle mène depuis le 23 décembre dernier, ceci jusqu’au 17 février prochain, une enquête sur la qualité du service d’accès à internet sur les réseaux fixes. La neutralité du Net est bien sûr au cœur de cette consultation publique.

Et page 14 de ce document, l’Autorité explique que « dans le contexte du débat sur la neutralité de l’internet et des réseaux, la qualité de service fournie par les FAI revêt deux dimensions essentielles :

- les performances du service d’accès à l’internet fournies de manière générale
- l’ouverture et l’homogénéité de la qualité de service vis-à-vis de l’accès à certains contenus, services ou applications spécifiques, lesquels seraient susceptibles de faire l’objet de restrictions ou blocages ciblés.
»

L’Autorité précise en introduction de ce passage qu’elle compte « disposer d’un outil permettant de définir et de suivre l’évolution de la qualité de service », ceci « afin de veiller à la bonne qualité des offres fournies sur le marché et d’évaluer l’opportunité de fixer
des exigences minimales de qualité du service d’accès à l’internet
».

L’ARCEP doit remettre un rapport au Parlement d’ici le 23 mars prochain. Le dossier YouTube commencera alors peut-être à se débloquer. Ou peut-être pas.