Des auteurs-compositeurs canadiens militent pour la légalisation du partage

Il faut partager. Les riches auront la nourriture, les pauvres de l'appétit. 30
Nil Sanyas
L’association des auteurs-compositeurs canadiens (SAC) le revendique à nouveau : il faut légaliser l'échange de fichiers et trouver un nouveau système économique de type licence globale. Oui, à nouveau, car il y a quatre ans quasi jour pour jour, en décembre 2007, cette même association lançait un appel parfaitement similaire. En somme, la situation n’a pas bougé d’un iota depuis.

SAC association auteurs compositeurs canadiens


La SAC, qui représente plus de 1500 auteurs canadiens, était déjà particulièrement explicite quant à ses désirs, en totale opposition avec la plupart des acteurs du secteur. Partant du postulat qu’Internet permet d’accéder rapidement et facilement à du contenu sans que ne soient nécessairement rémunérés les auteurs, l’association militait pour monétiser les partages de fichiers musicaux numériques.

« Le plan que nous proposons n’est pas de changer ou d’interférer dans la manière dont les Canadiens se procurent leur musique. Personne ne se retrouvera en cours de justice pour avoir partagé en ligne des chansons. Au contraire, le partage en ligne entre deux usagers ou plus et l’utilisation de technologies semblables pour le partage de la musique deviendraient complètement légal. De plus, les éditeurs et les compagnies de disques seraient rémunérés correctement pour le rôle crucial qu’ils jouent en supportant les créateurs de musique. »

"Les gens ont toujours partagé de la musique et ils le feront toujours"

Ces propos datent de fin 2007 et n’ont pas changé depuis. Ainsi, aujourd’hui, l’association confirme qu’en aucun cas elle ne souhaite fermer les sites et logiciels permettant de partager des fichiers. « Les gens ont toujours partagé de la musique et ils le feront toujours. La musique que nous partageons définit qui nous sommes, et qui sont nos amis. L'importance de la musique dans le tissu de notre propre culture, ainsi que celles du monde entier, est inextricablement liée à l'expérience de partage. »

Plutôt que de dépenser de l’argent pour lutter en vain contre ses propres clients, la SAC milite plutôt pour saisir cette opportunité qu’est Internet pour monétiser le partage et mettre en place une sorte de licence, qui aura l’avantage d’être durable pendant de longues années.

« Le partage de fichiers musicaux est un système de distribution dynamique, ouvert, et mondial pour tous les genres de musique, et il présente une formidable opportunité à la fois pour les créateurs et les détenteurs de droits. De plus, une fois qu’un système de monétisation juste et raisonnable sera en place, toutes les parties prenantes, y compris les consommateurs et les fournisseurs de service Internet en profiteront considérablement. »

"Tout ce qui manque est un moyen de compensation pour les créateurs"

Mais quel est ce système juste et raisonnable ? Il y a quatre ans, l’équivalent d’une licence globale à 5 $ par mois était évoqué. Interrogé par TorrentFreak, Jean-Robert Bisaillon, le vice-président de l’association, ne cache pas son souhait de stopper immédiatement la stigmatisation des « pirates », qui sont aussi leurs publics, leurs fans, leurs consommateurs.

« Internet a considérablement augmenté le partage de musique non-commercial privé, ce que nous soutenons. Tout ce qui manque est un moyen de compensation pour les créateurs de musique de cette utilisation massive de leur travail. »

Mais pour que cela devienne réalité, tout le monde doit être d’accord, notamment les artistes, les producteurs, les FAI et les internautes bien sûr. À l’heure actuelle, ce consensus est encore loin d’être trouvé, même si une récente étude de l’Union Européenne s’est penchée sur la licence globale, preuve que le sujet commence à ne plus être rejeté d’un simple revers de main.