Malgré Hadopi, les sites de streaming et de DDL sont en recul en France

Et BitTorrent se paie le luxe de grimper 122
Nil Sanyas
Deux ans et demi après le vote d'Hadopi, l'autorité indépendante a été chargée de s'intéresser de près au streaming et au téléchargement direct. En pratique, Hadopi s’est exclusivement intéressée au protocole P2P vu comme l’ennemi n°1 des ayants droit. Pour beaucoup, Hadopi rimait avec la mort du P2P et l'explosion des sites de streaming et de téléchargements directs. Pourtant, ces derniers, à en croire Médiamétrie, n’ont pas spécialement augmenté leur audience depuis l’an passé. Certains ont même fortement régressé.

P2P DDL france octobre 2010 2011

Relayées par TechBiz, le blog de Capital tenu par Gilles Tanguy, ces statistiques montrent qu’entre les mois d’octobre 2010 et 2011, seul MegaUpload peut se vanter d’avoir augmenté sa visibilité, et ceci seulement de 4 % avec toute de même 5,522 millions de visiteurs uniques en octobre dernier.

Son petit frère MegaVideo et son concurrent RapidShare affichent étonnamment un recul important, de 19 et 36 % respectivement. Enfin, AlloShowTV, un site spécialisé dans le référencement de liens de streaming et de téléchargement direct pour les séries TV, s’écroule de 41 %, chutant à 833 000 visiteurs uniques en octobre 2011.

LimeWire quasi inexistant

Du côté du Peer to Peer, BitTorrent réussi la performance d’augmenter de 3 %, avec 2 millions de visiteurs uniques, loin devant Emule, qui a perdu les deux tiers de ses visiteurs, et LimeWire qui a en perdu plus des quatre cinquième.

Concernant le P2P, les chutes d’Emule et de LimeWire n’ont rien d’étonnantes dès lors qu’ils sombrent depuis de longues années. Au sujet de BitTorrent, sa stagnation est plus surprenante. Néanmoins, avec seulement 2 millions d’utilisateurs contre quasi 8 millions pour MegaVideo/MegaUpload, il reste encore particulièrement faible. Qui plus est, le protocole BitTorrent est aussi très utilisé à des fins totalement légales. Cela pourrait en partie expliquer le non-effondrement de BitTorrent. Mais il y a certainement d'autres raisons.

MegaVideo s'écroule

Néanmoins, les reculs importants de RapidShare, de MegaVideo et d’AlloShowTV, s’ils sont confirmés, ont de quoi soulever bien des questions. Depuis Hadopi, chacun sait que le P2P est l’unique protocole visé et que les sites de streaming et de téléchargement direct ne sont pour l’instant pas "traqués", pour reprendre l'expression guerrière de Frédéric Mitterrand.

On aurait pu alors penser à une forte croissance de leur niveau d’utilisation, d’autant qu’entre août 2008 et novembre 2010, comScore avait déjà pointé une croissance exponentielle de MegaUpload en France. Une croissance confirmée par Nielsen/NetRatings, puisque ce dernier créditait à MegaUpload 2,836 millions de visiteurs uniques en décembre 2009. En un an et dix mois, le service a donc doublé son audience.

Ce même Nielsen/NetRatings annonçait à l’époque que MegaVideo comptait 3,327 millions de visiteurs uniques, soit une chute de 37 % en à peine dix mois. Comparées aux données de Médiamétrie/NetRatings, cela signifie donc que MegaVideo a vu son audience croître fin 2010 avant de sombrer.

Quelles conclusions peut-on tirer ?

Si ces données sont confirmées, plusieurs conclusions peuvent être tirées :
  • Soit les Français se sont dirigés vers d’autres sites et services non référencés par NetRatings (quid de VideoBB, FileServe, etc. ?) et non bridés par leurs FAI
  • Soit les Français se sont tournés vers des sites totalement légaux
  • Soit Hadopi a eu un réel impact sur certains Français, tous protocoles confondus
  • Soit les Français n’ont jamais été les champions du monde du piratage comme on a voulu leur faire croire notamment en préparation des débats Hadopi 1 et 2.
Difficile pour l’instant de tirer des conclusions définitives au regard des données disponibles. Nous tentons d’en savoir plus sur les mesures utilisées par Médiamétrie et reviendrons sur ce sujet dès que de nouvelles mesures nous seront fournies.