Hadopi 3 : "loi à retardement", "aveuglement", "symbole d’un échec"

Concert de critiques contre les propos du PR 39
Marc Rees
Chez les opposants d’Hadopi 1 et 2, les réactions aux propos de Nicolas Sarkozy sur Hadopi 3 et le streaming ont été unanimes. Ils évoquent pour les uns un « aveuglement », pour les autres une « loi à retardement », quand ce n’est pas le « symbole d’un échec ».

La plateforme Création Public Internet, qui compte parmi ses membres l’UFC Que Choisir, SAMUP, Pour le Cinéma, la Quadrature du net, estime que l’annonce d’une Hadopi 3 est la marque de « l’aveuglément » du chef de l’État. Ils rappellent dans le même temps leur alternative pour légaliser le partage (non-commercial) des œuvres tout en assurant des sources de revenus supplémentaires pour les industries culturelles.

« M. Sarkozy persiste et signe dans son aveuglement en envisageant le vote d'une troisième loi en moins de trois ans censée régler la question de la rémunération des créateurs ». Le collectif CPI devine avant tout un acharnement thérapeutique : « Alors que dans son propre camp de nombreuses voix se sont élevées pour acter l'échec de l'Hadopi et que lui-même reconnaît un mécanisme pour le moins "imparfait", Le Président de la République propose aujourd'hui d'étendre son champ d'action au "streaming" des oeuvres en ligne, resté jusqu'ici en dehors des compétences de la haute autorité. Or, si l'utilisation de ce nouveau protocole de diffusion des œuvres a explosé en France, c'est précisément parce qu'il n'était pas surveillé par l'Hadopi. Demain, le direct-to-video et le VPN feront-ils l'objet de nouvelles lois, avant que de nouveaux procédés soient inventés et ridiculisent une fois de plus nos gouvernants? »

Derrière les propos de Nicolas Sarkozy, le collectif CPI considère que l’Elysée « dessine en creux la mise en place de dispositifs de filtrage, mettant ainsi en danger la liberté de communication et d'expression sur internet ». Or, « cette énième proposition acte l'échec de l'Hadopi et son incapacité à jouer le rôle illusoire qui lui a été assigné : faire de la pédagogie tout en déployant des méthodes répressives. Il est temps d'envisager des solutions alternatives qui préservent la liberté de partage, si justement légitimée par le discours du Président de la République, et la rémunération des créateurs ».

bloche

Patrick Bloche, député PS, se moque de ce Nicolas Sarkozy qui « vient de découvrir le streaming...qui serait basé, selon lui, sur l' « idéologie de l'argent : je vole d'un côté et je vends de l'autre» ». « C'est un peu court répond le député. Inlassablement, le Président de la République nous replonge dans le passé, en tentant de maintenir l'illusion que la Hadopi pourrait avoir une quelconque utilité. A tel point que la Corée du Sud réfléchirait à nous suivre dans cette voie. Quel succès ! Rappelons que dès la discussion du projet de loi dit « Hadopi 1 », les parlementaires socialistes avaient longuement indiqué au gouvernement que se focaliser sur le P2P sans voir le développement du streaming était ridicule ».

Pour le parlementaire, plus que ces « lois à retardement » et ces « effets d’annonce », la problématique centrale reste la question de la rémunération des auteurs et des ayants-droits « en fonction des usages de nos concitoyens ». « Il est plus que temps qu'une nouvelle majorité apporte de nouvelles solutions pour enfin , avec tous les acteurs du secteur concerné, prendre à bras le corps l'immense chantier de la rémunération de la création à l'ère numérique. »

Aurélie filippetti

Aurélie Filipetti, autre députée PS, devine dans cette Hadopi S03 « le symbole de l'echec de la politique culturelle de Nicolas Sarkozy. « De vision de la culture, de sa place dans la société, de l'émancipation intellectuelle qu'elle permet, de la démocratisation des pratiques, nous n'avons pas entendu parler [dans le discours du président, NDLR]. L'insécurité étant son fonds de commerce électoral, concernant la culture comme pour les autres sujets, Nicolas Sarkozy veut agiter des peurs. Il a donc une fois encore présenté la culture comme une citadelle assiégée par des hordes de jeunes, de pirates, qu'il oppose aux artistes ».

Selon la députée, cette obstination dans les lois répressives est autant « de temps et d’argent perdus ». « Tout le bilan de Nicolas Sarkozy en la matière aura été de vouloir creuser un fossé entre les artistes et la jeunesse de ce pays, entre les créateurs et leur public et de criminaliser la jeunesse quand elle a soif de culture, sans améliorer d'un iota la rémunération des créateurs ni l'éducation artistique. Il est temps que cesse cette aberration. »