Hadopi : Mitterrand et Riester taclent le PS et Hollande à l'A.N

Et selon Mitterrand, Hadopi fonctionne et la presse le sait 108
Nil Sanyas
Lors des fameuses Questions au Gouvernement (QaG), Franck Riester, député UMP et surtout rapporteur des lois Hadopi 1 et 2 et membre du collège et de la commission de protection des droits de l'Hadopi, a interrogé le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, sur la position de la majorité sur le droit d’auteur. Les deux hommes politiques en ont profité pour canarder le Parti Socialiste, et en particulier François Hollande.

Hadopi et Hollande : je t'aime, moi non plus, enfin, je ne sais pas

Le candidat PS officiel à la présidence française de 2012 est en effet critiqué pour ses déclarations contradictoires au sujet de la suppression ou non d’Hadopi. Un exercice auquel s'est déjà livrée Martine Aubry au début du mois par ailleurs.

Face aux multiples revirements de l’ex-premier secrétaire socialiste, Univers Freebox l’avait d’ailleurs interrogé afin d’obtenir sa position définitive. Alors que devant les professionnels du cinéma, il affirmait ne pas souhaiter abroger la loi Hadopi, il a cette fois tenu un discours inverse, annonçant vouloir supprimer la loi, mais pour en créer une autre.

Enfin, quelques jours plus tard, Vincent Feltesse, l’animateur de la campagne numérique de François Hollande expliquait sur son blog qu’Hadopi sera bien abrogé, sans pour autant qu’elle soit remplacée par une licence globale et une taxe sur les abonnés. Bien que l’idée de la taxe ait tout de même été formulée dans un message de François Hollande, message supprimé plus tard, mais dont la trace est malgré tout restée intacte grâce aux sites miroirs.

Finalement, la dernière position officielle semble être celle du « pacte pour la création numérique » entre les artistes, les producteurs, et les associations de consommateurs et d’internautes. Une nouvelle loi sera alors créée afin d’établir « une nouvelle donne équilibrée et bénéfique pour tous ». En somme, une position bien floue…

La presse hostile se rend compte qu'Hadopi fonctionne

Enfin, outre les diverses critiques contre François Hollande et la licence globale à 1 € de Martine Aubry, Frédéric Mitterrand nous apprend une très grande nouvelle : « Hadopi est en train de réussir, et la presse hostile est en train de s’en rendre compte ». Ah bon.

Pour ceux ne pouvant écouter voire lire la vidéo ci-dessus, voici une retranscription complète réalisée par nos soins.

Franck Riester


« Monsieur le ministre, alors que la Hadopi est au travail, et que les premiers résultats sont au rendez-vous, le Parti Socialiste fidèle à sa ligne démagogique, prone la suppression de la Hadopi. Pour la remplacer, les socialistes nous ressortent la vieille utopie de la licence globale.

Devant l’enjeu du financement de la création, cette solution simpliste est irréaliste. Qui peut croire qu’en payant 1 € par mois, on peut avoir un accès illimité à la culture sur Internet ? C’est impossible ! C’est se moquer de tous les créateurs et de toutes celles et ceux qui travaillent dans les filières culturelles. C’est aussi irresponsable, car totalement déconnecté de la réalité. En effet, la licence globale serait en contradiction totale avec le droit international qui protège le droit d’auteur.

Enfin mes chers collègues, cette question est aussi symptomatique de toute l’ambigüité de Monsieur Hollande. Qui peut en effet aujourd’hui expliquer clairement la position de Monsieur Hollande sur la Hadopi ?

Un jour, ne pouvant nier les résultats concrets et tangibles de la Hadopi et soucieux de se mettre dans la poche le vote des artistes, il rompt avec les promesses de son parti et se prononce pour le maintien de la Haute Autorité.

Le lendemain, sous l’influence de quelques-uns de ses collègues socialistes, et pour ne pas les froisser, il clame haut et fort qu’il faut la supprimer. Et puis finalement, Monsieur Hollande renvoi à plus tard cette question pourtant essentielle, et nous dit, comme souvent, « on verra ».

L’indécision, et l’ambigüité, voilà la ligne de conduite du nouveau candidat François Hollande. Alors Monsieur le ministre, pouvez-vous nous rappeler l’action claire, responsable et déterminée engagée par le président de la République et la majorité en matière de droit d’auteur ? »

Frédéric Mitterrand


« Monsieur le député Franck Riester, oui, d’évidence, le Parti Socialiste a un problème avec le droit d’auteur. Quelle est la ligne ? Abrogation des lois Hadopi un jour, revirement le lendemain, licence globale pour les uns, ralliement de dernière minute à la réponse graduée pour les autres. Qui peut oublier pourtant l’opposition acharnée de la plupart des socialistes à l’exception d’un ou deux, contre les lois Hadopi ?

Cette tentation du laisser-faire, de l’irresponsabilité, il faudra y répondre un jour ! Devant les artistes, les entreprises de cinéma et de la musique, qui ont défendu depuis le début cette pédagogie. Qui pourrait prendre au sérieux les propositions d’un parti qui compte tant de fervents partisans de la licence globale, cette négation du droit d’auteur, et de tout le travail effectué depuis des décennies par les sociétés d’auteurs ?

Au milieu de ces palinodies répétées, de ce grand écart permanent, la seule constance, c’est le principe d’ambigüité que vous pratiquez, le seul fil conducteur, c’est le flou artistique qui est le votre. En fait, vous ne savez même pas qu’Hadopi est en train de réussir, et que même la presse hostile est en train de s’en rendre compte !

Grâce au soutien déterminé de ce gouvernement, nos industries créatives prennent de surcroit, contrairement à ce que vous dîtes et ce que vous regardez dans vouloir le voir, le tournant du numérique pour le plus grand bénéfice des internautes, et de la diversité culturelle.

Nous pouvons être fiers d’appartenir à une majorité qui a tenu bon sur Hadopi, et qui est suivie maintenant pratiquement dans le monde entier. »