Stallman le craignait, Christine Albanel invente le droit de lire

Le choc des titans 273
Marc Rees
Dans l’émission Soft Power, sur France Culture, Christine Albanel a évoqué la future stratégie d’Orange sur les contenus. Une stratégie mise en lumière par Numérama, et qui n’est pas sans nous rappeler un fameux texte de Richard Stallman.

« Dans le modèle sur lequel nous travaillons en ce moment - je ne sais pas s'il finira par aboutir, j'ai beaucoup d'espoir -, il y a l'idée d'essayer d'intégrer les libraires. Vous le savez, en France il y a un réseau de librairies absolument extraordinaire. Et bien pouvoir aller dans une librairie, acheter un bouquin, et que le libraire vous dise, je ne sais pas, que pour trois euros de plus "vous pouvez avoir la version numérique, et puis cet auteur a fait un autre bouquin que l'on ne trouve qu'en numérique, vous pouvez aussi le trouver sur cette borne...". Sachant que finalement vous achetez un droit de lecture, France Télécom Orange étant un tiers de confiance, étant celui qui va gérer votre droit de lecture, vous retrouvez beaucoup de vocations de France Télécom Orange : la capacité d'innovation, la sécurité, la pérennité,... et là je trouve que l'opérateur est complètement dans son rôle. »

Complètement.

Sans le savoir, Albanel a décrit ici les premières briques du pur cauchemar de Richard Stallman. Dans ce fameux texte de 1996 (mis à jour en 2007) intitulé le Droit de Lire, RMS anticipait l’avenir de la lecture numérique. A l’époque on évoquait seulement la protection juridique des verrous technologiques, les fameux DRM. Le texte de RMS était ainsi une forme de mise en garde. Il décrivait l’impossibilité pour une personne de prêter son ordinateur à une amie, puisque celle-ci pourrait lire des ouvrages personnellement acquis. En ces temps futurs les utilisateurs savent que le droit de lire, dument acheté et autorisé, est personnel au propriétaire de l’ordinateur. Oublier ce principe, c’est prendre le risque de se faire pincer par la future SPA, la Software Protection Authority…

richard stallman GNU linux RMS APRIL

« Dans ses cours sur les logiciels, Dan avait appris que chaque livre avait un moniteur de copyright qui rapportait quand et où il était lu, et par qui, à la Centrale des licences. (Elle utilisait ces informations pour attraper les lecteurs pirates, mais aussi pour vendre des renseignements personnels à des détaillants.) La prochaine fois que son ordinateur serait en réseau, la Centrale des licences s'en rendrait compte. Dan, comme propriétaire d'ordinateur, subirait les punitions les plus sévères — pour ne pas avoir tout tenté pour éviter le délit. »  (extrait du Droit de Lire, de RMS).