Le bide de la Carte Musique Jeune se confirme

Bide et musique 77
Marc Rees
Le rapport Riester sur la création musicale et l’aide à la diversité a été publié ce week-end. Le document fait un rapide point sur les ventes de Cartes Musique Jeune. Fait intéressant, les chiffres fournis au député par le ministère n'ont pas évolué en 7 mois : en décembre comme en août, seules 50 000 cartes ont été vendues au total.

carte musique jeunes

Le rapport Riester-Selles rappelle les fondamentaux de la Carte Musique Jeunes ; cette carte « permet aux jeunes de 12 à 25 ans de bénéficier de réductions de 50 % sur des services de musique en ligne (téléchargement ou streaming), dans la limite de 25 € par an ». Les auteurs soulignent aussi les liaisons intimes entre cette carte et la labellisation version Hadopi, déjà mises en valeur dans nos colonnes. En effet, « pour en bénéficier, il suffit de s'inscrire sur le site officiel, de choisir parmi les offres labellisées par la HADOPI, et de récupérer un code d'identification ».

Plus intéressant. On apprend que seules 50 000 cartes musique jeunes ont été vendues, un "bilan provisoire" au mois d’août 2011 : « A la date de rédaction du présent rapport, le bilan provisoire de la « carte musique » n’était pas encore disponible. Le nombre de cartes vendues s’élèverait, fin août 2011, à environ 50 000 (soit un coût potentiel pour l’Etat de 1,25 M€ au maximum) » (25 * 50 000). Un bide loin de l’objectif initial qui tablait sur un potentiel de 10 millions de jeunes et un budget de 25 M€ par an.

Mais revenons sur l’histoire de ce chiffre des 50 000. Le 9 décembre 2010, seules 22 137 personnes avaient créé un compte sur le site de la Carte Musique Jeune. Pour connaître ce secret, il suffisait de lire le lien de confirmation envoyé à chaque ouverture de compte, incrémenté de +1 dans une variable « ID ».

carte musique jeune

Après la médiatisation de cette « faille » commerciale, l’URL précitée gagne miraculeusement +30 000 ouvertures de compte en une seule journée. Soit 50 000.

carte musique jeune lien création

Le 17 décembre, dans les Echos, le ministère de la Culture soutient tranquillement que 50 000 cartes ont été vendues. Un chiffre harmonieux repris en janvier 2011 au MIDEM...

50 000 en décembre, toujours 50 000 en janvier et encore et toujours 50 000 en août. Nous attendons évidemment des explications du ministère de la Culture...

Pour Franck Riester, les causes de cet échec seraient en tout cas liés à une « communication insuffisante » mais heureusement, « le ministère envisage de la relancer », grâce au budget alloué qui n’aura été que très peu entamé. L’arrivée d’une carte physique devrait permettre de relancer le dispositif commercial.

Une autre remarque est intéressante dans le rapport Riester : elle concerne le faible impact de la CMJ sur la diversité culturelle. « Certains acteurs de la filière critiquent le caractère « aveugle du dispositif », qui finance la consommation de musique en ligne quelle qu’elle soit, sans prise en compte de l’objectif de soutien à la diversité ».

Riester rappelle à raison « que le décret exige que les éditeurs bénéficiaires du dispositif réservent, sur la page d'accueil de leur offre, une place substantielle aux oeuvres francophones ». Mais l'obligation reste cependant floue. Selon les auteurs du rapport en effet, « l’impact de cette disposition reste à évaluer ».