La Quadrature du Net ? La "Dictature du Net" selon Beineix

La plume dans le caniveau 130
Marc Rees
Lors de la rencontre organisée par l’ARP, le 14 septembre dernier, le réalisateur Jean-Jacques Beineix a exposé devant Patrick Bloche son opinion au sujet d’Hadopi et des parlementaires qui comme lui, ont combattu cette loi.

Si le député a décrit ce texte comme « une horreur juridique » (notre actualité), le réalisateur de 37°2 aura un jugement diamétralement opposé. Après avoir dénoncé l’attitude rugueuse de Martine Aubry qu’il a rencontrée voilà peu, Beineix se souviendra des débats Hadopi dans ces termes : « Je vous ai écouté durant tous les débats sur la loi Hadopi et je vous ai trouvé extrêmement brutal voire arrogant quand il était question de parler des internautes, de la liberté avec une sorte de mélange : la liberté pour tous, la Culture pour tous… Mais en même temps on ne peut pas imaginer une liberté qui se fasse sur la suppression d’une autre liberté ! Le téléchargement illégal, le non-respect des droits d’auteur, c’est priver les auteurs de quelque chose qui les rend encore un peu libre, surtout les indépendants, car les indépendants n’ont que ça ! ».

Hadopi, donc, une horreur juridique, une loi terrible ? Pas pour Beineix : « Quand on la regarde dans les faits, personne n’a encore été en prison ». Et pour cause : Hadopi prévoit un mois de suspension et/ou 1500 euros d’amende, jamais un emprisonnement… Viendra alors la comparaison de la voiture, qui eut son succès durant les débats parlementaires : « l’adresse IP, mais c’est un peu comme la voiture et la plaque d’immatriculation. Aujourd’hui, si quelqu’un prend votre voiture et roule à 200 km/h sur l’autoroute, c’est vous qui allez en prison si vous ne dénoncez pas la personne qui était dedans. C’est une loi qu’on a tous acceptée ! »

Jean-Jacques Beineix à l'ARP, face à Patrick Bloche (député, en photo)
 
Toujours selon lui, l’attitude du PS durant ces débats aura en tout cas contribué à dévaloriser l’art chez cette jeunesse qui aujourd’hui, télécharge comme elle respire.

« Quand vous être si violent par rapport à l’Hadopi, c’est aussi une façon d’encourager toute une génération à ne pas comprendre qu’un pianiste, ça ne se fait pas en quelques jours, un cinéaste, ce n'est pas en quelques jours, ça coute très cher, les œuvres coutent très cher. Ce n’est pas juste de les télécharger. Il faut rappeler qu’il y a quelque chose là qui est de l’ordre du politique, du philosophique. Ce n’est pas gratuit. La gratuité n’existe pas, l’internet en ce moment est chaque jour un peu plus cher, et cela ne va pas s’arrêter parce que là, ce sont les forces du marché et les forces des possédants. » Les possédants ? Ces opérateurs, musclés par des ententes peu favorables à l’exception culturelle et contre lesquels Beineix juge le programme PS trop timide...

« Peut-être que je suis réac »

Quelle ligne de route pour 2012 ? « Du PS j’attends autre chose que la condamnation d’une certaine sévérité vis-à-vis d’une jeunesse qui visiblement est en train de perdre certaines notions. Mais peut-être que je suis un réac ! Je suis prêt à l’expliquer, mais entre le discours de la Quadrature du Cercle (du Net, NDLR) que j’appelle la Dictature du Net et certains de vos propos, je dis qu’il faut que vous fassiez quelque chose, car sinon vous allez rater le coche ! »

La liberté sans contrainte ? « Bien sûr qu’on voudrait que les œuvres circulent, concède Beineix, mais les œuvres ont un prix, un coût ! Un pianiste, c’est des années de travail ! Il faut revenir à certaines valeurs de travail, d’effort, l’art n’est pas juste pour faire joli, faire beau. On se bat à l’école de l’art ! On a donc besoin que les politiques se battent pour avoir une grande politique culturelle. »

Une bataille où le soldat Mitterrand reste trop loin des lignes de front à ses yeux : « J’ai l’impression que notre monde culturel est à l’image de notre ministre, un gadget » conclura le réalisateur de la Lune dans le caniveau.