La Spedidam : "les artistes ne touchent rien" sur les ventes du Net

Enfin, juste lors du cachet 109
Nil Sanyas
Jean-Paul Bazin, le président de la Spedidam, la société de perception des artistes, a la dent dure envers les maisons de disques. Interrogé par le journal La Tribune, Bazin a notamment rappelé la situation incroyable qui touche les artistes sur les ventes réalisées sur Internet.

Spedidam logo

« Le problème est que les artistes interprètes ne reçoivent rien, que ce soit sur le streaming, ou les webradios, ou sur la vente de morceaux à la demande… » a ainsi expliqué Bazin au journaliste de La Tribune lui demandant ce qu’il pensait du développement des offres légales sur la toile.

Mais pourquoi les artistes ne perçoivent-ils rien ? « Ils touchent un cachet une fois lors de l’enregistrement, et ne touchent plus rien après (…) Ils abandonnent tous leurs droits numériques, car hélas ils ne sont pas en position de force face aux producteurs. »

C’est là tout le paradoxe de la situation actuelle. Plus les ventes sur Internet se développent, souvent au dépend des ventes de CD, plus les revenus des producteurs augmentent. Ceux des artistes, eux, restent stables, du moins si l'on fait exception de la rémunération pour copie privée. Ces artistes peuvent aussi se rattraper grâce aux concerts, mais cela n’empêche pas la Spedidam d’appeler à une réforme législative afin de « garantir une rémunation » aux artistes.

Hadopi n'aide en rien les artistes

Cette situation avait déjà été critiquée en juin dernier par cette même Spedidam, lors d’un communiqué titré : « Musique en ligne : avec ou sans Hadopi, les artistes ne perçoivent aucune rémunération. »

Un cri d’alarme et un véritable pamphlet envers Hadopi, censé officiellement défendre les artistes. Or en mettant en avant la vente en ligne, les artistes sont loin d’être avantagés. Et en apprenant le budget annuel de 12 millions d’€ de la Hadopi, le sang de la société n’a fait qu’un tour.

Et la gestion collective ?

Rappelons enfin que la Spedidam est aussi en faveur du système de la gestion collective afin de simplifier les rapports entre les sites et le secteur de la musique. En janvier dernier, la société avait notamment dénoncé le rejet de ce système par la mission Hoog, sous la pression de l'industrie.

« Les propositions d'Emmanuel Hoog rejettent la mise en oeuvre de la gestion collective, excluant ainsi la prise en compte des droits des artistes interprètes sur internet et la garantie de rémunérations pour les services à la demande. Ces propositions assurent également la pérennité, au bénéfice de l'industrie du disque, d'un modèle de commercialisation de la musique contrôlé et inéquitable. »

Le sujet n’est donc pas nouveau et il reviendra assurément sur le devant de la scène tôt ou tard. Reste à savoir si cette situation trouvera un jour une solution. Le Parti Socialiste version Martine Aubry milite pour sa part pour une sorte de licence globale de la musique, avec un forfait d’1 euro par mois pour dépénaliser le partage de musique (non commercial donc).

Une proposition jugée comme irréaliste et démagogique par la députée UMP Muriel Mariand-Militello. Jean-Paul Bazin, pour sa part, a répondu à La Tribune qu'il ne trouve pas choquant l'idée d'éradiquer l'Hadopi, ni de mettre en place une redevance. La question de la répartition de la redevance est par contre posée par le président de la Spedidam...