Martine Aubry : Hadopi supprimée, la CNIL musclée en une CNLN

2012 en 2011 70
Marc Rees
Lors d’une rencontre-débat avec la presse, Martine Aubry a donné les grandes lignes de son programme autour du numérique. Entourée des députés Christian Paul et Patrick Bloche, la candidate défrichera de nombreuses pistes de réflexion : « Comment développer le meilleur usage du numérique avec les outils disponibles, comment créer des richesses, comment combattre ceux qui pensent qu’il faut encadrer le numérique ou l’utiliser pour contrôler et surveiller, comment réfléchir aux dérives du numérique ? »

Martine Aubry Daniel Kaplan Christian Paul Patrick Bloche

L’une des annonces faites ce matin est la Commission Nationale des Libertés Numériques. Une CNIL sous testostérone récupérant le budget de la CNIL actuelle (15 millions) et celui de la Hadopi, dont l’arrêt de mort est déjà signé pour la candidate. Cette commission naîtra « d’une transformation de la CNIL pour l’élargir », avec un budget deux fois plus important dont la moitié sera aspirée des caisses de la Rue de Texel, desertée. 

Mission dévolue à cette commission ? « Comment ne pas utiliser internet pour ficher, contrôler, surveiller » prévient Aubry qui rêve d'« une Commission nationale des libertés numériques qui permettrait de mettre le holà sur certaines pratiques qui visent à contrôler l’expression des particuliers ». 

Liberté d'expression des salariés

Exemple-type ? La candidate nous citera le cas de ces salariés sanctionnés parce qu’ils critiquent leur entreprise sur des réseaux sociaux. « Un salarié qui, sur un site ouvert, explique que sa boite est la pire des horreurs, peut être sanctionné. S’il le fait sur Facebook, je pense que l’entreprise n’a pas à avoir accès à des données personnelles, à des réseaux sociaux où [ce salarié] a le droit de s’exprimer comme on aurait envoyé une lettre hier ».

Mais encore ? « Quand on s’exprime dans un média ouvert à tous, ce n’est pas exactement la même chose que lorsqu’on s’exprime sur son Facebook ou sur Twitter. Et qu’on puisse contrôler ces pratiques quand on est une entreprise me paraît extrêmement dangereux. »

Twitter n’est-il pas ouvert à tous, demandons-nous à la candidate ? « Twitter est ouvert à un public qui suit, ce n’est pas la même chose que faire une déclaration générale ».

Une Martine Aubry qui cherche donc « réfléchir à un nouveau rôle de la CNIL contre ces pratiques liberticides, comment élargir la CNIL à l’utilisation d’Internet ».

Trousse à e-outils pour 2012

D’autres pistes seront dessinées pour son programme 2012, comme celles tournant autour de l’organisation du travail et de l’intégration de l’outil informatique, faire de l’ordinateur un levier de développement plutôt qu’un outil de surveillance dans l’entreprise. « Le meilleur du numérique est celui qui développe l’autonomie et la créativité, pas celui qui la bride » dira Martine Aubry.

Démocratie politique, neutralité, open data


Dans ce melting-pot, apparaîtra aussi le soutien à la démocratie politique. « Dans la démocratie politique, on n’utilise pas assez Internet » soutient la candidate PS qui veut pousser à des débats numériques à l’échelle locale. Elle ajoute la défense de l’open data, de la neutralité du net ou encore la création d’une fondation pour assurer la défense de la liberté d’expression dans les pays où celle-ci est menacée, ces pays « où les médias sont totalement carapacés ».

Le feu d’artifice des propositions s’étend aussi au soutien aux entreprises innovantes et à l’éducation (« L’éducation nationale doit apporter un minimum de connaissances à chaque enfant mais doit surtout lui donner envie d’aller plus loin, le numérique est une formidable chance [pour l’enfant, ndlr] à condition de lui montrer comment »).

Une trousse à e-outils 2012 bien pleine où Aubry considère en tout cas qu’« Il faut arrêter de parler du numérique comme un secteur, mais se demander plutôt comment il peut insuffler de nouvelles pratiques qui émancipent non pas qui referment ».

Aversion pour les réseaux sociaux nombrilistes


La candidate reviendra au passage sur son aversion pour Twitter et Facebook, qui avait eu un joli écho médiatique. « Si les réseaux sociaux c’est uniquement se retourner sur son nombril, alors oui je les déteste » avant de relativiser ses propos : « je sais quel est l’enjeu des réseaux sociaux dans les pays où les libertés ne sont pas là ». En marge de cette rencontre, on apprendra d’ailleurs que le PS envisage de réclamer une commission d’enquête parlementaire sur le rôle de la France dans la surveillance des réseaux libyens.