Débits d'escargot sur Megavidéo : Cogent attaque Orange

Un lièvre dans la tortue ? 179
Marc Rees
L'américain Cogent vient d'attaquer Orange devant l'Autorité de la Concurrence. Nouvelle escalade d'un bras de fer débuté en janvier 2011 avec pour zones de conflit, MegaVideo et MegaUpload. 

MegaUpload lenteurs Orange message

Cogent estime que l'opérateur historique est coupable d'abus de position dominante, révèle ce matin La Tribune. Nœud du conflit : le traitement qu'infligerait Orange à ce fournisseur de transit et spécialement à l'un de ses encombrants clients, MegaUpload (et Megavidéo).

Entre le 12 et le 13 janvier, MegaUpload (et Megavidéo) se plaint des débits au compte-goutte dont souffrent les abonnés Orange lorsqu'ils téléchargent sur le fameux site. Un problème ancien (voir cette actu de fin 2009 sur les débits escargots entre Orange, Megavideo, Youtube)

Avec la migration du P2P vers le streaming et le DDL, les lenteurs subies par les abonnés Orange se sont évidemment répercutées sur la fréquentation de Megaupload, et donc ses revenus. Quelques heures durant, en réaction, Mega publie une pop-up invitant les abonnés Orange à contacter leur SAV ou migrer chez SFR ou Free, ceux-ci possédant "excellente connectivité mondiale" selon MU/MV.

Le 14 janvier, Orange dénonçe des "accusations fausses et mensongères", voire une "opération de dénigrement". Orange explique en substance que Megaupload est victime de son succès et qu'il doit augmenter et donc investir en capacité pour absorber cette popularité. 

Le 17 janvier, Bonnie Lam, le porte-parole de MEGA, groupe basé à Hong-Kong, donnait dans nos colonnes sa version des faits : "Les clients de FT veulent utiliser nos sites populaires avec de grandes vitesses de transfert (voire l'ensemble de nos sites sur megaworld.com), mais ils ne le peuvent pas parce que FT ne le leur permet pas. Des sites comme Megaupload et Megavideo rendent le DSL plus populaire et les clients payent davantage pour une meilleure connexion. FT bénéficie grandement de notre existence. Quel manque de professionnalisme et d’ingratitude de leur part d’essayer de nous faire payer ? La réalité est qu'ils n'ont pas assez de capacité de peering avec Cogent". 

Le 18 janvier, l’UFC reconnaît qu'« il est difficile de dire qui a tort où qui a raison, le marché de l'interconnexion comme du transit est très opaque et il est très difficile d'établir où sont les problèmes ».

Le 18 janvier encore, un opérateur français (anonyme) cible cette saturation du côté du couple Cogent-Mega : "la saturation est plutôt du côté du fournisseur de connectivité de MU qui, pour des raisons qui lui appartiennent, ne souhaite pas optimiser l'interconnexion avec Orange ou estime que c'est à Orange d'aller chercher le trafic directement chez lui aux États-Unis / Hong-Kong". 

Le 19 janvier, « Orange a refusé toutes les offres de Cogent » renchérit le fournisseur de transit américain chez PC Inpact. Cogent ajoutant chez ITEspresso que "France Telecom s’exprime volontiers publiquement sur la congestion des réseaux, mais force est de constater que lorsqu’il s’agit de fournir à ses clients des flux de données de plusieurs mégabits pour ses propres services (vidéo à la demande), cette prétendue congestion ne semble pas poser de problèmes… ".

Cogent pointait alors du doigt la fameuse segmentation des offres : à coup de droits d'entrée, les FAI peuvent ainsi "créer des offres segmentées incluant des services « maison » et les mettre en avant en dégradant la qualité de service pour les clients désirant simplement accéder à « tout Internet »." Une segmentation des offres qu'on a retrouvée fin aout dans un document de la FFT révélé chez Owni…

Le 26 janvier Orange annonce porter plainte pour dénigrement contre Cogent, en affirmant dans le même temps être de bonne foi puisque les règles de peering ne fonctionnent plus. Pierre Louette, directeur exécutif d'Orange, dans les Echos : "Alors que le modèle d'Internet repose sur des accords équilibrés, où l'on s'échange un volume de trafic à peu près équivalent (peering), la parité n'existe plus avec eux, loin s'en faut. Le rapport entre le trafic que nous leur envoyons et celui qu'ils nous envoient est plutôt de 1 à 4, voire 1 à 8, et continue de s'accroître".

Le 23 aout, Edouard Barreiro dans nos colonnes résume la situation : "il s’agit pour l’essentiel d’adapter les points d’interconnexion (on parle aussi de point de peering), c'est-à-dire les nœuds de raccordement entre les inducteurs de trafic (YouTube, DailyMotion, Apple, Akamai, etc.) et les FAI. Or, ces négociations créent d’importantes disputes qui conduisent à des blocages et parfois même dégénèrent jusqu'à la rupture des relations. Ce qui explique les ralentissements que peuvent, parfois, ressentir les consommateurs. Par conséquent, il ne s’agit pas de saturation des réseaux, mais de différents commerciaux entre des acteurs définis. "

Ce 29 août, dans la Tribune, le PDG de Cogent Dave Schaeffer affûte ses armes : « nous voulons faire entendre, devant l'Autorité de la concurrence, qu'Orange a vendu à ses clients un service d'accès Internet, qu'il espère ne pas être utilisé par ses clients. Or, comme les internautes l'utilisent, Orange ne remplit pas son contrat, et se plaint d'une surcharge due à ses abonnés ! C'est une déformation choquante de l'engagement qu'a formulé Orange à ses clients. Nous attendons de l'Autorité qu'elle impose à Orange qu'il s'interconnecte avec Cogent. Nous espérons que l'Autorité mette Orange sous surveillance, ou impose une amende à cause de ce comportement inapproprié. »