iTunes Match pourrait détecter la musique piratée, à quelles fins ?

Cet automne, Apple lancera officiellement plusieurs nouveaux services autour de son offre iCloud. Deux d'entre eux concernent iTunes : l’un permet de retrouver l’ensemble de sa musique déjà achetée depuis les applications et appareils autorisés, l’autre d’accéder à sa bibliothèque musicale de n’importe où. Ce second service, baptisé iTunes Match, soulève notamment une question : Apple est-elle capable de détecter la musique piratée ?

itunes

La musique personnelle servie par l'iTunes Store

Il faut tout d’abord rappeler le fonctionnement d’iTunes Match. Admettons que vous possédiez une bibliothèque d’environ 5000 titres, pour un poids total de 25 Go. Si vous avez plusieurs machines et/ou que vous êtes souvent en déplacement, vous souhaitez sans doute accéder à cette musique depuis n’importe où. Il existe bien sûr des offres de streaming telles que celle de Deezer, mais votre musique vient en partie d’iTunes, d’Amazon et de vos propres CD : pas question de la mettre de côté.

iTunes Match se propose pour 25 dollars par an de scanner votre bibliothèque et de mettre à disposition votre musique en ligne. Le principe de base est simple : si votre musique existe sur l’iTunes Store, c’est ce dernier qui vous fournira les données. Si elle ne s’y trouve pas, elle est uploadée vers un serveur. Dans les deux cas, la musique devient accessible à distance. Concernant la musique existante sur l’iTunes Store, elle vous sera forcément restituée en AAC 256 kb/s, même si le « rip » de votre CD avait été fait en MP3 64 kb/s ou en WMA 128 kb/s.

Comparaison de fichiers et analyse de signatures

On s’en doute, il existe au cœur de ce processus une fonction d’analyse. Apple n’en a donné aucun détail en dehors du fait qu’elle serait très rapide. La firme est obligée de comparer les morceaux pour savoir s’ils sont présents dans le Store ou non, s'il faut puiser directement dans le store ou uploader le fichier. On sait par la page Facebook de Gracenote qu’Apple utilise entre autres la technologie MusicID (un message supprimé depuis). La question est donc la suivante : cette analyse permet-elle de reconnaître un morceau qui aurait été piraté ?

itunes match gracenote 

Les informations basiques comme le nom du fichier ou ses tags ne sont pas toujours suffisantes pour identifier une musique. La méthode la plus efficace est de procéder par comparaison de signatures numériques des titres. Ars Technica s’est penché sur la question et a interrogé plusieurs experts du sujet. L’un d’entre eux, qui a demandé à ne pas être nommé, indique déjà que les plateformes officielles marquent d’une manière ou d’une autre les chansons qui y sont achetées. L’iTunes Store le fait depuis que les DRM n’y sont plus présents, de même qu’Amazon. Dans la grande majorité des cas, ce sont les tags IDv3 qui sont utilisés.

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Mais des informations peuvent être nettement moins simples à visualiser. Elles peuvent par exemple être hachées pour ne pouvoir être lues que par les applications et services qui savent où chercher. Dans tous les cas, si des centaines de personnes utilisent iTunes Match et que plusieurs possèdent de la musique que vous avez achetée, Apple le saura puisque votre signature numérique apparaîtra sur ces titres. Question : que ferait la société de cette information ?

La branche et la scie

Apple a indiqué que le service Match n’envoyait rien d’autre qu’un agrégat d’informations anonymes aux majors avec qui les accords ont été signés. Ces données ne sont censées tenir le compte que des titres eux-mêmes et non pas de leur utilisateurs. On peut facilement imaginer qu’Apple pourrait transmettre la totalité de ce qu’elle sait, mais y aurait-il réellement un intérêt ?

La politique maison sur la sécurité de ce type d’information personnelle tient en peu de mots : aucune transmission, sauf en cas de demande d’une instance autorisée, au cours d’un procès par exemple. Julie Samuels, avocate à l’EFF (Electronic Frontier Foundation), donne son avis sur la question : « Apple a probablement un intérêt à savoir comment les gens se sont procurés la musique, à des fins marketings, et ces mêmes informations pourraient très bien être utilisées pour savoir si cette musique a été piratée. Je ne pense pas que relier ces deux points soit d’une quelconque utilité pour Apple ».

Le sujet est en effet particulièrement délicat : Apple peut savoir, mais la firme scierait-elle la branche sur laquelle elle est assise ? À l’heure d’un internet où les informations circulent vite, où une page Facebook peut constituer rapidement une communauté et où un simple « tweet » peut faire le tour du monde en quelques minutes, Apple risquerait gros à tenter ce type d’action : il ne faudrait guère de temps avant que les clients ne soient au courant, se passent le message et qu’iTunes gagne une de ces réputations dont on se relève avec difficulté.

C’est en tout cas l’avis d’Evan Brown, avocat de Chicago spécialisé dans la propriété intellectuelle. Il affirme en effet que si Apple fournissait la liste de ses clients soupçonnés de piratage, ces derniers non seulement ne viendraient plus payer les 25 dollars par an du service Match, mais ne poseraient plus jamais les pieds dans l’iTunes Store.

Un nouveau modèle profitable ?

D’autres questions tournent autour du but ultime recherché par Apple avec Match. Après tout, 25 dollars par an suffisent à récupérer des versions de bonne qualité à partir de ses propres morceaux d’une qualité souvent moindre. Cette « absolution numérique » ne durerait bien sûr que le temps de l’abonnement, mais Apple disposerait d’un bon moyen pour véhiculer une notion de qualité justement : de titres sans tags et mal encodés, voici des versions AAC 256, avec tags complets et pochettes en 600x600. L’effet commercial potentiel est intéressant.

Reste le risque que les majors elles-mêmes ainsi que la RIAA cherchent à obtenir ces informations coûte-que-coûte via une décision de justice. Julie Samuels de l’EFF n’y croit guère et explique qu’iTunes Match est un produit qui découle d’accords précis. Selon elle, « le service d’Apple sait comment Internet fonctionne et qu’il y aura toujours une certaine part de partage de fichiers. C’est une manière de faire de l’argent tout en concurrençant le gratuit ». Elle précise en outre qu’une plainte serait délicate à déposer en vue d’obtenir des informations d’iTunes Match puisqu’elle devrait s’appuyer sur un signe clair qu’il y a bien eu piratage.

Quand iTunes Match sera lancé cet automne, il sera intéressant de lire les conditions d’utilisation à la recherche de ce type d’information.

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