Édito : le MySpace d'aujourd'hui, le Facebook de demain ?

Si ça arrive, ça va faire mal 114
Nil Sanyas
Question pour un… champion. Top !

Je suis un site américain bien connu créé au début des années 2000 et connaissant une croissance incroyable. Véritable phénomène aux États-Unis, j’ai rapidement eu le titre de réseau social n°1 dans le monde. Suite à mon succès foudroyant, j’ai aussitôt tenté d’envahir des marchés comme la messagerie instantanée, les jeux en ligne casuals et sociaux, la vidéo en streaming, la vidéo à la demande, la vente de musique, etc. En un rien de temps, je suis devenu l’un des sites les plus visités au monde, au point d’attirer massivement les annonceurs et les investisseurs. Ma valeur se multiplie au fur et à mesure que les mois passent. Mon succès est aussi source de problèmes, comme la censure dans certains pays, les spams inondant les boîtes de mes membres, les virus, les chevaux de troie, les invitations à des fêtes tournant au vinaigre, et même des histoires de suicides. Je suis ? Je suiiiiiis ?

Facebook actuellement ? Non. Je suis MySpace entre 2003 et 2008/2009.

MySpace holly shit

Le parallèle entre le MySpace de « l’époque » et Facebook est saisissant. Quand on lit les archives d’actualités à son sujet au milieu des années 2000 (confer liens ci-dessus), on croirait lire les actualités de Facebook entre 2006 et aujourd’hui. Tout concorde ou presque. Les statistiques effroyables, les nouveaux services, la valeur du site qui croît constamment, les censures, les histoires morbides, etc. Tout y est.

Or aujourd’hui, après avoir été racheté à 580 millions de $ par News Corp, voilà que MySpace est finalement délaissé et revendue pour une "bouchée de pain" : 35 millions de $. Un constat d’échec terrible pour News Corp, qui voyait probablement en MySpace une pépite, ce qu’il est d’ailleurs devenu entre 2005 et 2008, pour finalement voir son puit s’assécher. La faute à un manque d’initiative et de remise en question évident, et à une concurrence plus jeune, plus fraîche et plus réactive.

Si les débuts de MySpace et Facebook sont si proches, leurs fins seront-elles pour autant similaires ? Aujourd’hui, Facebook est valorisée à plus de 70 milliards de dollars. Une somme astronomique qui pourrait même grimper à 100 milliards de dollars (voire plus) lors de sa très probable introduction en bourse en 2012. Des chiffres qui rappellent ceux complètement fous d'il y a une dizaine d’années, avant l’explosion de la bulle Internet.

Néanmoins, malgré leurs points communs, MySpace et Facebook ont aussi de nombreuses différences, dont certaines de tailles :

MySpace a surtout été un énorme succès aux États-Unis et une poignée d’autres pays. Facebook est un tsunami au niveau mondial.

MySpace n’a jamais atteint le nombre de membres et de visiteurs de Facebook. La croissance de ce dernier est d’ailleurs bien plus impressionnante.

Facebook est bien plus orienté social que MySpace, et sa gestion des photos ou encore ses jeux sociaux est nettement mieux exploitée.

Facebook a monétisé son site d’une meilleure façon et plus rapidement que MySpace. Son chiffre d’affaires annuel se compte déjà en milliards de dollars. Son bénéfice va peut-être même dépasser le milliard de dollars… Très loin des quelques centaines de millions de revenus publicitaires de MySpace lors de ses beaux jours.

Facebook est en constante évolution et les milliards dont il disposera seront certainement dévolus à des acquisitions importantes. MySpace a fait quelques rachats, mais souvent trop tard et pas des plus judicieux.

MySpace a perdu son autonomie au bout de 3 ans d’existence suite à son rachat par News Corp. Facebook, lui, est toujours indépendant 7 ans après sa création.

MySpace semble avoir été délaissé par News Corp. Nous ne voyons pas Mark Zuckerberg délaisser son bébé…

MySpace a subit de plein fouet la concurrence de… Facebook, créé peu de temps après MySpace finalement (en 2004). Mais qui pourra concurrencer sérieusement Facebook ? Google+ ? Pour le moment, difficile à (pré)dire. Son concurrent n’est peut-être même pas né…

Les points en faveur de Facebook sont donc nombreux, et nous en oublions sûrement. Sauf erreur stratégique immense, il y a peu de chance que Facebook ait un futur équivalent à celui de MySpace. Néanmoins, il y a un facteur que Facebook ne maîtrise pas et qui peut causer sa perte à tout moment : la réaction des internautes. Tout simplement. Ce sont les seuls décideurs au final, tout du moins dans les pays où on ne censure pas la concurrence (comme la Chine).

Google plus reseau social

C’est globalement la force d’Internet. Les situations de position dominante sont difficiles à sauvegarder, contrairement aux marchés du logiciel et du matériel. La concurrence n’est qu’à un clic il est vrai. Si Google écrase ses concurrents du côté de la recherche, c’est parce que les webmasters sont devenus Google-dépendants, mais aussi car la concurrence n’arrive pas à suivre (ou innove trop peu, c’est selon). Or, on le voit avec Google+, Facebook n’est pas à l’abri de l'arrivée d’un outsider sérieux. Même s'il faut concéder qu'hormis Google, personne à l’heure actuelle ne semble pouvoir proposer quelque chose de concret...

Quoi qu’il en soit, il suffirait qu’un concurrent explose et lui fasse un peu d’ombre pour que tout s’écroule autour de Facebook. Et avec, tous ces milliards de dollars, qui placent Facebook devant un géant comme Hewlett-Packard, dont le chiffre d’affaires dépasse pourtant le PIB de grands pays.

Face à cette folie et cette nouvelle bulle Internet qui explosera tôt ou tard, il ne nous reste que deux choses à faire : attendre et préparer le popcorn. Car la fin du film a des chances d’être tragi-comique.