La présence de Firefox en entreprise est-elle compromise ?

En termes de support, certaines décisions sont lourdes de conséquences. Chez Mozilla, la volonté d’accélérer le rythme de développement de Firefox ne se fait sans victimes collatérales. La sortie de Firefox 5.0 illustre un problème croissant : le navigateur peut-il être réellement utilisé par les entreprises ? Mozilla a fait le choix de suivre au plus près les évolutions du web et certains utilisateurs seront nécessairement laissés sur le carreau.

firefox

Internet ou entreprise : il faut choisir

Plus tôt dans l’année, Mozilla a annoncé son intention d’accélérer le rythme de développement de Firefox. La fréquence est devenue alors trimestrielle. Tristan Nitot nous expliquait récemment que cela permettrait aux développeurs de proposer plus rapidement des nouveautés aux utilisateurs, mais également de suivre plus efficacement les évolutions du web. Et ce sont ses évolutions justement qui imposent d’elles-mêmes un choix radical.

Le web change en permanence et les éditeurs de navigateurs n’ont pas d’autre choix que de suivre. La course au support technologique (on le voit bien avec le HTML5) est devenue un critère aussi important que les performances et la sécurité. Mais cette frénésie cadre mal avec le monde de l’entreprise, comme le souligne CNet. En milieu professionnel, les systèmes d’information ne sont pas faits pour changer de version d’un produit tous les trois mois. Et ce problème va encore s’intensifier puisque Mozilla compte manifestement passer lui aussi à un rythme de six semaines.

Lui aussi ? Oui car Chrome possède déjà ce rythme. Les numéros de versions ne sont plus que de simples indicateurs pour signifier l’avancée mais on ne peut plus parler de moutures majeures et mineures. À l’extrême opposé, on trouve Internet Explorer : un rythme de sortie beaucoup plus lent, mais avec un support qui s’étale pendant des années. Chaque éditeur choisit donc l’emplacement du curseur sur la glissière qui sépare les entreprises de l’évolution du net pure et dure.

Un cas très concret... et le débat qui l'accompagne

Le meilleur exemple de la problématique exposée ici est un billet personnel rédigé par un consultant, Mike Kaply :
« J’ai 500 000 utilisateurs professionnels sur Firefox 3.6. Nous venons à peine de terminer un cycle de tests pour Firefox 4 sur plusieurs milliers d’applications web internes. Plusieurs centaines d’éditeurs de ces applications et leurs équipes ont participé. Nous leur avons donné plusieurs mois pour se préparer. Nous avons travaillé avec des dizaines de développeurs d’add-ons internes et équipes pour préparer les extensions à Firefox 4. Nous sommes supposés déployer Firefox 4 durant le troisième trimestre […]… La fin de vie de Firefox 4 est un coup à l’estomac. Je suis maintenant dans la terrible position de devoir choisir entre le déploiement de Firefox 4 et ses failles potentiellement non corrigées, recommencer les tests pour des milliers d’applications web pour valider Firefox 5, ou rester sur un Firefox 3.6.X patché. D’ici à ce que je valide Firefox 5, quelles garanties ai-je que ce dernier ne soit pas en fin de vie quand Firefox 6 sortira ? »
Un billet qui a déclenché depuis une longue chaîne de réactions.

Asa Dotzler, coordinateur de la communauté Firefox, est venu répondre en personne et la longue suite de réponses est devenue une véritable polémique. Il faut dire que les propos de Dotzler sont assez clairs : Mozilla ne s’intéresse pas aux entreprises, n’en a pas forcément les moyens, et le jeu n’en vaut pas la chandelle. Seul le grand public intéresse l’éditeur, et il en a toujours été ainsi. Il précise en outre un peu plus loin que Firefox 6 mettra bien fin à la vie de la version 5, et que le phénomène se reproduira avec Firefox 7.

Jay Sullivan, vice-président produit chez Mozilla, a indiqué sur le blog de l'éditeur que les développeurs cherchaient toutefois des solutions à ce souci particulier et plus globalement à la présence en entreprise : 

« Nous explorons actuellement des solutions qui compensent ces besoins à travers une discussion active avec notre communauté. Les logiciels open source sont adaptés pour ces défis puisque toutes les parties intéressées peuvent se réunir pour construire ce qui est nécessaire. »

Kev Needham, responsable des canaux de distribution chez Mozilla, est intervenu également sur le sujet lors d'une réponse au site PC Mag :
« Nous reconnaissons que ce changement peut ne pas être compatible avec les politiques IT des grosses entreprises et nous comprenons qu’il est problématique dans ces sociétés où ces politiques se basent sur des processus de certification intensifs. Cependant, notre processus de développement est dirigé vers la publication de produits qui supportent le web dans son état actuel […]. Attacher le développement de Firefox à un processus organisationnel que nous ne contrôlons pas rendrait plus complexe notre capacité à innover pour les utilisateurs et l’amélioration du web. »
La situation deviendra d’autant plus complexe justement que le cycle de trois mois chez Mozilla va être divisé par deux. À partir de Firefox 6, il sera de six semaines, soit exactement le même que pour Google Chrome. Et qui dit même cycle de développement dit même type de support : à la sortie d’une nouvelle version, la précédente ne sera plus supportée. Chaque nouvelle mouture devient le correctif de la précédente. Et comme si le seul problème du support ne suffisait pas, il faut ajouter deux éléments spécifiques à Mozilla et dont Chrome ne se soucie pas :
  • La pérennité des extensions tant qu’elles n’utilisent pas JetPack
  • Le processus de mise à jour qui n’est pas complètement automatique et réclame l’intervention de l’utilisateur
Au centre de cette nouvelle philosophie émergente de la rapidité, il faut noter une considération très particulière du navigateur. Ce dernier n’est plus qu’une structure évoluant sans cesse, de manière progressive, sur le même modèle… qu’une page web. Peu de gens se posent la question de savoir quelle est la version en cours de Facebook par exemple : seules les capacités du produit comptent. Évidemment, cette vision des choses interdit l’entrée du produit dans les entreprises qui ont bien d’autres critères à examiner.
 

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