Interview: « une offre purement SVOD est impossible en France »

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Nil Sanyas
Suite au récent lancement du Pass Duo chez Videofutur, nous avons interviewé Rémi Tereszkiewicz, le directeur général délégué de la société française. Mêlant pour à peine 6,99 € par mois la location illimitée de DVD et de la VoD à bas prix (2,99 € l’unité), cette offre anticipe clairement l’arrivée de Netflix en France et d’éventuelles autres offres similaires.

Videofutur Pass Duo VoD DVD BD

PCi : Grâce à votre PassDuo récemment lancé, Videofutur s’attaque à une population différente, peut-être moins familiale et consommatrice de peu de nouveautés. Mais combien d’abonnés supplémentaires visez-vous ? Les premiers résultats sont-ils encourageants ?

Rémi Tereszkiewicz
: Cette offre de Videofutur conserve en fait un positionnement familial mais la cible que nous visons est recrutée par internet et présente à ce titre deux caractéristiques : Une forte sensibilité au prix : payer le moins cher possible et pour ce que je consomme uniquement, éléments très représentatifs de la culture Internet. Des usages plus numériques et donc plus ouverts à une proposition de location de films intégrant de la VOD.

Nous avons donc créé le Pass Duo à partir de ces constats marketing. En combinant le meilleur des deux mondes : DVD (choix, modèle économique par abonnement), VOD (immédiateté, portabilité), nous sommes arrivés à créer une offre très compétitive et ajustable au niveau tarif, en conservant le plus large choix du marché pour une offre de cinéma à domicile.

Notre offre tient également compte des nouveaux usages au sein du foyer : les films se voient désormais sur différents écrans et pas nécessairement tous ensemble au même moment. Les parents peuvent ainsi voir un Blu-ray pendant que les enfants voient une nouveauté VOD sur leur ordinateur, etc.

L'offre vient d'être lancée : il est trop tôt pour en tirer des premières conclusions mais les premiers retours sont très positifs et nos ambitions sont grandes !

Ce Pass Duo est clairement un message envoyé aux éventuelles futures offres que pourraient lancer Netflix ou encore TF1 en France. Pensez-vous que le futur du marché français de la location de films tend vers ce qu’on appelle la SVOD, c’est-à-dire un modèle à la Netflix avec VoD illimitée, et sans contrainte de rupture de stock, contrairement aux DVD/Blu-ray ?

Nous allons dans cette direction mais aujourd'hui, construire une offre purement "SVOD" à l'instar de ce que propose Netflix depuis quelque temps n'est pas possible en France. La restriction des contenus à 36 mois et plus, imposée par la réglementation, empêche d'inclure dans l'offre des films récents qui représentent pourtant la grande majorité des consommations. Et le choix proposé sur ces titres anciens n'est pas assez important pour apporter une promesse d'exhaustivité, comme le DVD peut le faire. Donc pas de rupture de stock... mais une rupture de titres !

Par ailleurs, beaucoup d'usages dans les foyers sont encore DVD/Blu-ray. En témoigne le marché DVD toujours largement supérieur à celui de la VOD (facteur 10). Bref, une offre hybride DVD+VOD nous parait être appropriée à l'instant où je vous parle. Nous déplacerons le curseur vers la VOD au fur et à mesure des évolutions sur les usages et sur la chronologie des médias.

Il est aujourd’hui possible, sur demande, de sortir un film en VoD 4 mois après sa sortie en salle. Cette possibilité assez récente avait d’ailleurs créé un tollé au moment des faits. Or selon la dernière étude du CNC (Centre national de la cinématographie) sur le sujet, il semble que cette possibilité est encore peu exploitée. Comment cela se fait-il ?

Les détenteurs de droits décident de l'ouverture de leurs droits à partir de 4 mois. Certains testent encore cette fenêtre pour la VOD et d'un mois à un autre, nous constatons effectivement qu'il reste toujours un certain nombre de titres toujours à 6 mois. Leur objectif est d'optimiser les recettes DVD + VOD et cela peut passer par des fenêtres d'exclusivité sur le DVD qui génère encore beaucoup de chiffre sur les ventes.

Pourquoi ne pas tout simplement supprimer les fenêtres et laisser les auteurs et les producteurs le choix de proposer leurs films quand bon leur semble selon le support ?

Laisser le marché se réguler seul recréera de toute façon des fenêtres, mais effectivement pas de façon artificielle comme la réglementation l'impose. Dans un contexte plus dynamique, nous arriverions ainsi à une position stable qui reflèterait l'intérêt de toutes les parties, y compris la demande du consommateur.

Avec la contrainte de ces fenêtres, nous préférons donc proposer des offres mixtes de façon à garantir le plus grand choix à nos clients, y compris quand les films passent en TV car ils sont alors toujours disponibles en DVD.

L’étude du CNC montre aussi que de nombreux films récents (44,6 %) sont tout bonnement absents de l’offre de VoD. Surtout les films français… Les producteurs français sont-ils frileux, contrairement aux Américains ?

La majorité des titres qui ont un peu de succès en salle sortent néanmoins en VOD. Avec la démocratisation des offres dématérialisées (et notamment leur disponibilité sur des parcs croissants d'équipements connectés), cette situation évoluera et les films seront de plus en plus proposés en dématérialisé. Le DVD restera là pour proposer la plus grande qualité (Blu-ray et 3D) et pour garantir la disponibilité des contenus pendant les fenêtres.

Le CNC, justement, aide certaines sociétés spécialisées dans la vidéo à la demande. Videofutur est-il concerné ?

Nous participons régulièrement à ces programmes.

Autre sujet : les FAI pourraient être encore plus sollicités pour venir en aide au monde du cinéma. Pensez-vous qu’il s’agit d’une bonne solution ?

Pas de commentaire sur ce sujet. Mais parlant de taxes, nous sommes très intéressés à baisser la TVA sur la VOD et la SVOD pour baisser les prix et contribuer là encore à démocratiser les usages.

Merci Rémi Tereszkiewicz.