Vers la fin de la musique dans les bibliothèques ?

Chut ! 68
Nil Sanyas
ACIM logoLe secteur de la musique est en continuelle évolution. D’un côté, les singles (CD) tendent à disparaître et les albums (CD) n’en ont plus pour longtemps. De l’autre, les disquaires spécialisés disparaissent les uns après les autres (de 3000 fin 1970, ils sont aujourd’hui 250), au point de créer une fête des disquaires. Enfin, la musique disparaît aussi des bibliothèques, à en croire le cri d’alarme lancé par l’ACIM, l’Association pour la Coopération des professionnels de l’Information Musicale.

Xavier Galaup, le président de cette association, s’est ainsi attelé ces derniers mois à rédiger un texte expliquant la situation actuelle. Et à l’en croire, la musique dans les médiathèques suit la même route que les disquaires. Or contrairement à ces derniers, la question économique n’est pas le centre du problème. La volonté des maisons de disques et des institutions est ainsi clairement montrée du doigt.

La mort de la diversité en ligne de mire

« Si l’écoute et la pratique musicale ne cessent de se développer dans le monde, en revanche la culture musicale est trop souvent négligée au niveau institutionnel en France, excepté dans de rares circuits, et n’a jamais été prise en compte par des acteurs économiques davantage préoccupés par la rentabilité de leurs investissements que par la diversité musicale » résume ainsi l’ACIM.

Or alors que la musique dans les médiathèques françaises est loin d’être aussi développée qu’à l’étranger, elle est même aujourd’hui « fragilisée par la baisse des prêts, le développement de l’écoute et du téléchargement en ligne ».

Des médiathèques sans division musicale

Résultat, sans grande surprise, certaines médiathèques ouvertes récemment proposent des livres, des films, mais aucune musique, que ce soit sous forme de CD ou de partitions. « Une grave erreur » pour l’ACIM, qui comprend certes que le CD est en voie de disparition, mais qui juge néanmoins que ce support a encore plusieurs années à vivre.

De plus, les médiathèques font aussi office d’archives et de lieux de mémoires. À l’heure où de nombreux albums sont introuvables via les réseaux légaux (physiques ou dématérialisés) et où seuls le P2P et les autres canaux « illégaux » permettent de trouver certains morceaux, la disparition de la musique dans les médiathèques ne fera que renforcer cette situation.

Ne pas abandonner la musique au seul secteur marchand

L’ACIM rajoute que « renoncer à la musique en bibliothèque reviendrait à l’abandonner aux acteurs du secteur marchand qui n’ont pas le souci de la diversité et de la pérennité des œuvres musicales. Tout n’est pas sur le net et tout n’y est pas visible. Malgré son apparente abondance (plus de 7 à 8 millions de titres annoncés sur des plateformes de streaming), l’offre de musique en ligne reste lacunaire dès lors que l’on sort des musiques de consommation courante. »

Dans ces conditions, les édifices ne peuvent donc plus jouer leur rôle de développement de la culture musicale, alors que dans les territoires les plus reculés, « la médiathèque est le seul point d’accès non marchand à la musique ».

Afin de pousser le sujet plus profondément, nous publierons d’ici peu une interview de Xavier Galaup, le président de l’ACIM.