Gronde autour du choix Google pour l'intranet Mines-Télécom

Externaliser un intranet à Mountain View ? 422
Marc Rees
Malaise au sein de l’École des Mines et de l’Institut Télécom. L’intranet de Mines Telecom, futur institut regroupant les deux prestigieux organismes publics a été confié à Google. Une décision incomprise notamment par les syndicats Sud Solidaires - CGT – CFDT des Écoles des Mines et de l'Institut Télécom.

intranet google mines telecom

Un ingénieur de recherche en Télécom nous résume la situation : « le futur "Institut Mines Télécom", en cours de création (cible : début 2012), sous la houlette du CGIET est un dossier qui avance à marche forcée, du côté de Bercy, avec une adhésion mitigée des différentes écoles. Dans ce contexte, l'administration publique vient de créer un intranet pour le futur institut ». Intranet auquel l'ensemble des salariés est invité à se connecter.  « Seul hic, à mon sens et pour pas mal de collègues : le site intranet est hébergé sur Google applications avec la charte de conditions d'usages de Google à approuver individuellement par les agents à la clé ».

Manque de reconnaissance

Du coup, cela gronde du côté des syndicats qui ne comprennent pas ce choix jugé trop précipité. Dans un communiqué commun, Sud Solidaires - CGT – CFDT résume : « l'annonce de l'externalisation de l'intranet Mines-Télécom sur Google est perçue d'une façon très négative, tant du côté des Écoles des Mines, que dans l'Institut Télécom ». Et ce, sous plusieurs angles : « Sur le principe d'abord. Vu des Écoles des Mines, ce choix apparaît choquant. Le fait que "la plus grande école de télécommunications française" soit jugée inapte par sa propre tutelle à arrêter les choix adéquats pour ses propres outils de communication Internet est perçu de manière extrêmement défavorable. »

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Les syndicats affirment que les directeurs des services informatiques des 10 écoles ont tous émis un avis négatif sur le choix. Ils se souviennent qu’il y a cinq ans, un Centre de l’École des Mines s’était vu confier un audit énergétique de son bâtiment parisien. C’était là une « marque de reconnaissance interne des compétences et accessoirement une petite (voire grande) économie quand on connaît le coût de la moindre prestation dans le privé ».

Indépendance technologique d'un organisme public

D’autres problématiques se dessinent en coulisse. On évoque cette fois le thème de l’indépendance technologie, de l’intelligence économique et on se souvient du piratage récent des ordinateurs de Bercy alors que le sommet du G8 était en préparation...

« Le marché français ne manque pas de prestataires pouvant héberger un intranet d'un Institut public français. Mais il a fallu que le choix se porte sur Google. Nombre d'entre nous se méfient de Google, en ce qu'il paraît impensable qu'un outil aussi stratégique pour les USA ne comporte pas les portes dérobées adéquates pour l'intelligence militaire, mais également pour l'intelligence économique. Ainsi, nombreuses sont les équipes qui interdisent à leurs agents d'héberger tout document interne, ou confié par un tiers dans le cadre d'un contrat, sur des services de stockage ou bureautique en ligne. Il ne s'agit pas d'un sentiment anti-US ou autre, il s'agit d'être réaliste. Par ailleurs, Google n'a pas la réputation d'être un prestataire plus fiable qu'un autre en matière de protection de données, là encore c'est l'expérience de chacun qui parle, et nombreux sont ceux qui se sont fait « pirater » un compte Google ... »

Conservation des données

Pour les adversaires de cet intranet externalisé, on souligne aussi que « Google se réserve le droit de conserver toutes les données qui lui sont confiées, d'exploiter toutes les traces laissées par les utilisateurs, en vue d'une exploitation ultérieure... Dès qu'un utilisateur se connecte à cet intranet, l' « espionnage » peut démarrer. Que deviendront toutes les données et les traces que Google pourra récolter grâce à cet intranet utilisé par des agents de l'État ? ».

Avec ce dispositif, l’accès à l'intranet Mines-Télécom devient finalement conditionné par l'acceptation d'un contrat (conditions générales de Google) qui engage l'individu. « Tout employé devrait pouvoir accéder aux ressources que son employeur - ou affilié - met à sa disposition, sans signer quelque contrat que ce soit avec un tiers. Il est impensable de demander à chaque salarié des établissements concernés de valider ces conditions, vu les connaissances juridiques nécessaires et l'épaisseur du document en question. »

Nous attendons un retour de Mines-Télécom.