Mono : son destin bascule avec la création de la société Xamarin

Vous connaissez certainement le projet Mono, longtemps affilié à Novell. Il s’agit dans les grandes lignes d’une implémentation libre de la plateforme de développement .NET de Microsoft. Le fonctionnement de la machine virtuelle et les API de base sont des standards ECMA et ISO sur lesquels Miguel di Icaza, qui avait lancé le projet, s’était basé (ce n’est pas le cas de tous les composants). Mais de récents évènements sont venus chambouler l’organisation.

mono logo

Rappel des faits 

En novembre 2010, Novell a été racheté par Attachmate pour 2,2 milliards de dollars. Novell est une société particulièrement connue pour les distributions GNU/Linux Suse et OpenSuse, le projet Mono, ainsi qu’une série de brevets sur Unix, pour laquelle SCO s’était longtemps battu. Microsoft et Novell sont partenaires depuis 2006 pour la construction de Mono : Accords de licences, engagement de Microsoft de ne pas faire valoir ses brevets sur le noyau Linux pendant cinq ans (et après ?), distribution de certifications de la distribution professionnelle Suse et autres : bien des dents avaient grincé à l’époque, Novell étant presque accusé de faire entrer le loup dans la bergerie.

Environ quatre ans après, Attachmate Corp a donc racheté Novell pour 2,2 milliards de dollars. Derrière cette somme se cachent plusieurs éléments. Tout d’abord, Attachmate Corp est une société détenue par un groupement de plusieurs fonds d’investissements, Francisco Partners, Golden Gate Capital, et Thoma Cressey Bravo. Le rachat scindait Novell en deux entités distinctes, l’une toujours appelée Novell, l’autre entièrement dédiée à Suse. Ensuite, une partie de la somme provenait de la revente d’actifs par Novell au consortium CPTN Holdings LLC, dirigé par Microsoft, et qui intègre également Oracle, Apple et EMC. Bien que des assurances aient été données sur la non-revente de brevets Unix à Microsoft, la situation est restée voilée d’un léger flou.

Les licenciements accélèrent le mouvement

Si l’on reparle de cet aspect financier, c’est que son « mystère » plane à nouveau aujourd’hui. Selon ses propres dires, Miguel di Icaza cherchait déjà depuis un moment à faire sortir le projet Mono de Novell, pour une question de liberté de gestion. Entre temps, le rachat par Attachmate a précipité les évènements, et arrive ainsi la nouvelle société Xamarin. Les équipes américaines et canadiennes ont en effet été licenciées, ce qui incluait la totalité des ingénieurs travaillant sur MonoTouch et MonoDroid.

Di Icaza indique que des investisseurs ont participé à la création de cette entreprise, sans toutefois nommer Microsoft. L’ombre de ce dernier est pourtant bien présente, et la journaliste Mary Jo Foley de ZDnet abonde en ce sens. L’information reste cependant à prendre avec des pincettes.

Une question de priorités et de rentabilité

Il faut dire que l’évolution de Mono dépasse désormais largement le cadre d’une technologie cantonnée aux distributions Linux pour faire fonctionner quelques applications. Il existe maintenant tout un environnement de développement qui permet, entre autres, aux développeurs connaissant le C# d’écrire des applications pour iOS, Android et autres. De fait, les objectifs de Xamarin ne sont guère étonnants :
  • Bâtir une nouvelle offre commerciale pour iOS
  • Bâtir une nouvelle offre commerciale pour Android
  • Continuer à contribuer, maintenir et développer les composants open source Mono et Moonlight (implémentation libre de Silverlight)
Explorer les opportunités pour Moonlight dans le monde mobile et l’App Store de Mac OS X
La construction des offres commerciales est vitale. La raison en est très simple : c’est Attachmate qui possède toujours les droits sur les plateformes commerciales qui ont été créées jusqu’à présent, et cela touche particulièrement MonoTouch et MonoDroid. Il serait logique qu’Attachmate donne les droits à Xamarin, puisque les produits peuvent être considérés comme morts sans les développeurs qui les alimentent.

Dans les commentaires du billet d’annonce par di Icaza, on en trouve même un, de « John », qui a un avis très précis sur la question : « Vous faites une erreur en dépensant vos ressources limitées sur Android. Concentrez-vous sur iOS. Mono sur iOS est spécial puisqu’il n’y a pas de plateforme code managé sur iOS. Mono sur Android n’est pas spécial puisque Android a déjà Java. Partager le code entre C# et Java est assez simple, mais partager le code entre C# et Objective-C ne l’est pas. Concentrez-vous s’il-vous-plaît sur le fait de rendre viable ce projet aussi vite que possible en sortant une version iOS »

Un futur particulièrement flou

Selon di Icaza, l’investissement couvre les besoins élémentaires et permet de lancer la société. Cela ne constitue donc pas une manne permanente. Il existe toutefois un certain nombre de priorités qui sont abordées : la création de tutoriaux pour l’ensemble des piles, une documentation pour les API spécifiques à Mono, un support dédié, la mise à jour du système de gestion des bugs, la formation, le consulting et tout ce qui touche au marketing.

Plus aucun parapluie donc désormais pour Mono. Tout ce qui a trait à cette technologie ne dépend plus que de Xamarin pour l’aspect commercial. Bien qu’ils s’agissent d’éléments open source et qui impliquent donc une communauté, la société de Miguel di Icaza en représente maintenant le principal moteur, avec des équipes d’ingénieurs dédiées.

Il sera intéressant également de surveiller les faits et gestes de Microsoft vis-à-vis de tout ce qui concerne Mono. Entre ce dernier et .NET, de nombreux éléments sont compatibles, mais une implémentation libre ne signifie pas une compatibilité parfaite. Le compilateur, la machine virtuelle, une partie des API ou encore le serveur web sont à peu près équivalents à ce que l’on trouve sous Windows, bien qu’il y ait toujours du retard. Mais les éléments d’interface ne font pas partie du groupe et une application telle que Paint.Net ne peut pas s’exécuter aussi simplement sur une distribution Linux par exemple. Il existe en outre, comme indiqué dans l’introduction, des éléments récupérés qui ne sont standardisés ni par l’ECMA, ni par l’ISO, d’où un flou potentiellement dangereux où la propriété intellectuelle règne en maître.
 

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