Salarié viré par TF1 pour avoir critiqué Hadopi : début du procès

C’est ce matin que se tient devant le Conseil des Prud'hommes de Boulogne-Billancourt l’audience du procès de Jérôme Bourreau-Guggenheim (JBG) contre TF1. Cet ancien responsable web de la chaîne avait été viré pour avoir critiqué Hadopi dans un courrier électronique personnel, privé, adressé en mai 2009 à la députée UMP de sa circonscription, Françoise de Panafieu.

Renaud Veeckman Jérôme Bourreau-Guggenheim
Jérôme Bourreau-Guggenheim (à droite) avec Renaud Veeckman
cofondateurs de SOS-Hadopi

Problème : Françoise de Panafieu n’avait rien trouvé de mieux à faire que de transmettre ce courrier au ministère de la Culture au prétexte d’obtenir des informations techniques voire pour «établir une sorte de contre argumentaire à l'intention des députés du groupe ». La députée oubliera le principe de la correspondance privée : « quand l’auteur ne demande pas la confidentialité, on se sent autorisé à appuyer sur la touche forward », dira-t-elle dans l’hémicycle

Ce même jour, le 7 mai 2009, prise à partie par les députés de l’opposition, Christine Albanel dira « solennellement que je n’ai jamais demandé à personne la tête de qui que ce soit. C’est quelque chose que je ne ferai jamais ; ce n’est ni dans mes habitudes ni dans ma nature. Je ne suis jamais intervenue, jamais, ni sur les programmes ni sur la gestion des chaînes. Cela ne me viendrait même pas à l’esprit. Je ne suis naturellement pour rien dans cette affaire. Il s’agit de décisions internes à la société TF1 »;

En fait, on apprendra par la suite que le courrier de Jérôme Bourreau-Guggenheim fut pris en main par Christophe Tardieu, bras droit de la ministre de la Culture. Celui-là même qu’on voyait derrière Christine Albanel à l’Assemblée nationale (derrière, à droite sur la photo) au côté d’Olivier Henrard, architecte d’Hadopi.

Christine Albanel Henrard Karoutchi

Ce courrier, Christophe Tardieu le transmit à son tour à Jean-Michel Counillon, secrétaire général et directeur des affaires juridiques de la chaîne. Le contenu de la missive sera révélé par le Canard enchaîné le 13 mai 2009 : « Bonjour Jean-Michel, vous avez des salariés qui, manifestement, aiment tirer contre leur camp. Cordialement »

La réaction de la chaîne a la douceur d’un parpaing en béton : à réception de ce courrier, TF1 vire JBG en s’expliquant  : « le Groupe TF1 a toujours manifesté une position de soutien au projet de loi " Création et Internet " HADOPI pour mettre en place un système de réponse graduée contre le piratage (…) les prises de position particulièrement radicales exprimées publiquement à plusieurs reprises, en cette qualité, par le Responsable du Pôle Innovation Web de TF1, ont conduit l'entreprise à se séparer de ce responsable pour deux raisons : elles sont contraires aux déclarations officielles du groupe TF1, notoirement en faveur de cette loi, elles sont incompatibles avec ses responsabilités au sein d'e-TF1, filiale du groupe en charge, également, de la lutte contre le piratage sur internet. L'entreprise déplore d'avoir été contrainte de mettre sur la place publique une décision qui concerne l'un de ses collaborateurs dans une affaire strictement interne. »

Le cabinet d'Albanel se dira « extrêmement surpris » au Monde de la décision de TF1. Ajoutant au Point : « Nous avons fait une erreur en transférant ce mail ». Une petite phrase finalement caviardée sur le site du Point.

le point

Christophe Tardieu sera finalement suspendu durant un mois du cabinet Albanel en mai 2009. En août 2009, il sera cependant nommé à la tête du conseil d'administration du Centre national de la danse, sur nomination de Nicolas Sarkozy.

Débarqué de TF1, Jérôme Bourreau-Guggenheim porte finalement plainte pour « discrimination en raison des opinions politiques. »

Le 6 mai 2010, le Procureur de la République du tribunal de Nanterre, Philippe Courroye, conclut au classement sans suite de sa plainte au motif que le délit de discrimination ne pouvait être "juridiquement qualifié au regard des dispositions de l’article 225-1 du Code pénal", qui sanctionne le licenciement pour opinions politiques. « Si une telle décision devait faire autorité dans des cas similaires, aucun employé n'aurait plus la possibilité de s'exprimer sur les enjeux de société - en son nom propre, en dehors du cadre de son travail – sans l'accord explicite de son employeur. C'est donc la liberté d'expression citoyenne de tous et de chacun qui est insidieusement menacée dans cette affaire » souligne JBG dans un lettre ouverte.

TF1 salarié viré

16 mai 2011, l’audience se tient le Conseil des Prud'hommes de Boulogne-Billancourt, deux ans après les faits.

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